Il y a des histoires à la solidité inébranlable qu'on ne peut pas modifier, adapter, interpréter, réinterpréter ou quoi que ce soit. C'est le cas de l'histoire du ballet perpétuellement célèbre Casse-Noisette.
Au Koninklijk Circus, le public a souhaité, comme toujours et partout, se laisser emporter dans le rêve particulier rempli de surprises avec une famille joyeuse pendant la Nuit de Noël avec un grand-père plongé un peu trop profondément dans le verre, des enfants sautillants, des membres de la famille dansant, un magicien, une poupée - LA poupée Casse-Noisette - des soldats de plomb devenus vivants, des soldats sur des chevaux de bois, une bataille de souris, des flocons de neige dansants, des danseurs exotiques d'Espagne, d'Arabie, de Chine, de Russie et puis peut-être bien le plus beau et émotionnellement le plus particulier pas de deux de tout le répertoire de ballet. Ce pas de deux n'est vraisemblablement pas l'histoire d'amour entre elle et lui, mais issue de la vie cachée du compositeur : une danse de deux hommes qui s'aiment. Cela ne remonte pas à la surface, mais la musique trahit du moins ce désir réprimé.
Mis à part le magicien et quelques scènes exotiques réussies - les Chinois et les Arabes : très habiles et originaux et d'agréables flocons de neige - rien du tout de l'histoire n'a fonctionné. Pas de famille, pas de grand-père ivre, pas de soldats de plomb, un pas de deux misérablement tiré vers le ridicule et des sauts stupides répétés du début à la fin avec des gestes des bras. Où étaient les tutus ? Où étaient les chaussons de ballet pointus ? Où étaient les enfants et les chevaux de bois ? Sans parler seulement de la position des mains, l'égalité, l'harmonie des mouvements... Et la musique, dont toutes les répétitions ont été supprimées, a été jouée trop fortement, ce qui au fil du temps faisait presque mal aux oreilles.
Le chorégraphe de la troupe de danse, orientée vers la danse contemporaine, n'a pas le ballet classique et tout ce qui en découle aux doigts. Pourquoi vouloir présenter des choses qui ne te conviennent pas ? La danse moderne attire moins de public, mais ce que ce critique rigoureux veut transmettre comme leçon de sagesse est celle-ci : « Cordonnier, tiens-toi à ton métier ». Vu les bonnes prestations en soi des danseurs, on peut supposer que cette compagnie mérite une place dans la danse plus moderne.