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À travers la moelle – Bernard Haitink explore la Quatrième de Mahler jusqu'aux ses couches les plus profondes

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· 5 min de lecture
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À travers la moelle – Bernard Haitink explore la Quatrième de Mahler jusqu'aux ses couches les plus profondes

Il y a des exécutions qui impressionnent, et il y a des exécutions qui s'gravent indélébilement dans la mémoire. Cet enregistrement live de la Quatrième symphonie de Gustav Mahler (1860-1911) avec Bernard Haitink, le Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks et Juliane Banse appartient sans aucun doute à cette dernière catégorie. Ce qui a été enregistré en novembre 2005 à la Philharmonie im Gasteig et qui est maintenant publié séparément en cd par BR-Klassik, est une interprétation inimitable, profondément émouvante et incomparable qui tient l'auditeur en son pouvoir du début à la fin. L'enregistrement faisait déjà partie de la coffret de onze cd intitulé Bernard Haitink Portrait Vol. 1, que BR-Klassik a publié en 2019 à l'occasion du quatre-vingt-dix-neuvième anniversaire de Haitink – un hommage à une collaboration avec le BRSO qui remonte à 1958. Maintenant que Haitink n'est plus parmi nous, cette édition séparée acquiert une charge émotionnelle supplémentaire : non seulement elle documente une exécution magnifique, mais aussi une collaboration artistique unique qui appartient à jamais au passé.

Haitink confirme une fois de plus pourquoi il est à juste titre considéré comme l'un des plus grands chefs Mahler de l'histoire de la musique. Son approche respire une sagesse allant de soi et une autorité naturelle rare. Pas de recherche d'effets, pas de sentimentalité exagérée, mais un flair infaillible pour l'architecture de l'œuvre. Précisément parce que Haitink ne met l'accent nulle part et laisse la musique parler entièrement d'elle-même, l'impact émotionnel est d'autant plus grand. Chaque tempo est parfaitement choisi, chaque transition sonne organique et inévitable. Avec une durée totale de près de 57 minutes, et un Adagio qui occupe plus de vingt minutes, Haitink choisit consciemment un tempo spacieux et contemplatif – sans jamais s'enliser. Il prend le temps que la musique a besoin de prendre, révélant ainsi que la lenteur et la tension ne doivent pas s'exclure mutuellement. Ainsi, Haitink met à nu toutes les couches de cette symphonie. À première écoute, elle sonne transparente et idyllique, mais en réalité – Mahler le savait bien lui-même – elle est imbibée d'ironie et d'humour que tout le monde ne reconnaît pas immédiatement. Dès l'ouverture, Haitink sent avec flair comment Mahler joue avec une vieille procédure classique que Haydn et Beethoven aimaient aussi utiliser. Juste avant la fin de la première partie, le ralentissement célèbre du thème principal reçoit précisément le bon dosage : subtilement ironique, mais jamais emphatique ou caricatural. L'ironie ludique, la menace sous-jacente, l'innocence enfantine et la mélancolie existentielle obtiennent tous leur place à part entière dans une interprétation qui s'infiltre profondément. L'auditeur n'est guidé nulle part ; tout semble se dérouler avec une logique quasi allant de soi. C'est là que réside le vrai savoir-faire de Haitink.

Le Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks se montre être un partenaire plus que congénial. La transparence des bois aux mesures d'ouverture, le violon solo phénoménal dans le scherzo grotesque – où la Mort, comme Mahler l'a lui-même décrit, joue « schreiend und roh » comme sur un violon désaccordé –, la chaleur veloutée des cordes dans l'Adagio céleste et l'équilibre exemplaire entre tous les groupes orchestraux témoignent d'un orchestre qui fait de la musique au niveau mondial absolu. La construction dynamique est exemplaire : des plus délicats pianissimi aux climax majestueux, l'orchestre maintient un contrôle admirable, sans jamais perdre l'intensité émotionnelle. En particulier, la conclusion de la troisième partie compte parmi les plus impressionnantes jamais enregistrées en cd : un moment de beauté presque surnaturelle où le temps et l'espace semblent s'arrêter, et où la porte vers le ciel chantée dans la finale semble d'une certaine manière déjà s'ouvrir. Rarement l'extase recueillie de cet Adagio ne sonne-t-elle aussi naturelle et en même temps aussi poignante.

Également dans la finale, l'orchestre fait preuve de sa classe exceptionnelle. L'accompagnement respire, colore et soutient continuellement la ligne vocale sans jamais s'imposer. Chaque contribution instrumentale semble tomber exactement à sa place, ce qui permet au monde sonore merveilleux de Mahler – ce mélange personnel d'innocence céleste et de fugacité terrestre de Das himmlische Leben – de s'épanouir dans toute sa richesse.

Juliane Banse complète cette dream team avec une interprétation poignante de cette finale. Son soprano clair possède précisément le bon mélange d'innocence, de chaleur et d'expressivité. Son articulation est exemplaire, ce qui permet à chaque nuance de texte de rester compréhensible, mais surtout elle vit son texte. Elle raconte, peint et émeut, sans jamais outrer – et restitue ainsi précisément cette double perspective qui est propre à cet « enfant au ciel » : naïf à la surface, vécu dans le cœur. Banse ne chante pas simplement la vie céleste ; elle la rend véritablement croyable à l'auditeur. Sa musicalité naturelle fait de cette finale une culmination émouvante d'une exécution exceptionnelle.

Le fait que cette exécution live magistrale soit maintenant disponible séparément en cd peut sans exagération être qualifié de cadeau pour tout mélomane. C'est Mahler au plus haut niveau : profondément ressenti, techniquement insurpassable et musicalement parfaitement équilibré. Une exécution qui non seulement force l'admiration, mais qui laisse également l'auditeur en silence longtemps après. Indispensable pour tout mélomane de Mahler, et sans doute une exécution qui s'ajoute sans effort aux plus grandes interprétations de la Quatrième de Mahler en cd.

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