Le deuxième soir de The Queen and her favourite/The King and his favourite, De Munt présente une valeur sûre de Gaetano Donizetti : l'opéra La Favorita (1840). Avec cette production, à nouveau dirigée par le chef d'orchestre Francesco Lanzillotta, la maison d'opéra bruxelloise conclut ainsi l'histoire du Bel Canto. Sur fond de lutte de pouvoir entre l'Église et l'État se développe une tragédie amoureuse qui continue à résonner musicalement. Des mélodies douces et des suppliques émotionnelles sont au cœur de cet opéra tragique.
Lors de la création de La Favorita, Donizetti, et son prédécesseur compositionnel L'Ange de Nisida (1839), avait un pied dans son ancien berceau musical en Italie et l'autre dans la capitale française Paris. Dans ce nouveau monde musical, il espérait réaliser un renouvellement de son œuvre. Dans son pays natal, ses œuvres étaient de moins en moins appréciées à cette époque. C'est pourquoi de nombreux compositeurs italiens ont choisi de s'installer en France. Beaucoup ont ensuite connu de grands succès au Théâtre-Italien parisien. Le public français appréciait bien cet afflux italien nouveau. Le résultat était une symbiose où le « grand opéra français » et la tradition de la musique vocale italienne s'embrassaient mutuellement.
Dans la musique de Donizetti, les sentiments personnels se développent sur un tableau de tensions politiques et religieuses. Les passages de chœur - un facteur populaire du Grand Opéra français - jouent également un rôle manifeste. Mais au-delà de tous ces stimuli français, le compositeur italien applique son influence du Bel Canto comme un courant sous-jacent doux mais stable. Les sons lyriques se développent sur un fond de cordes pathétiques et de passages d'une puissance dynamique. Donizetti est avant tout un compositeur à la veille de l'opéra de bravoure à la Verdi. Le résultat est un langage musical qui s'exprime dans un Bel Canto dramatique et lyrique.
La puissance de la fatalité
Le cadre de The king and his favourite présente des parallèles avec sa coproduction précédente. Ici aussi, le public est invité symboliquement - cette fois par le biais de la relation d'une jeune fille fascinée par Donizetti - au théâtre de La Monnaie. En tant que spectateur, elle vit la production en interaction avec les acteurs principaux. Au centre se trouve le jeu fatal entre Fernando (ténor Enea Scala), sa bien-aimée tourmentée Leonora (mezzo-soprano Raffaella Lupinacci) et le prince Alfonso XI (baryton Vittorio Prato). De tous côtés, les personnages sont ballottés entre leurs valeurs et leurs passions. Alfonso souhaite répudier sa femme au profit de sa « favorita » Leonora. Elle est à son tour déchirée entre ses sentiments pour Fernando et l'amour autrefois promis du souverain. Sur le fond de la foi - magistralement exprimée dans les dialogues avec Baldassare, le chef du monastère (basse Luca Tittoto) - et les jeux politiques du prince se développe un complot d'intrigues avec une fin fatale pour la condamnée Leonora.
Des exploits lyriques
La Favorita est un tour de force du Bel Canto. Parmi les voix féminines, le contraste entre les passages d'Ines (soprano Valentina Mastrangelo) et Leonora s'est démarqué comme le jour et la nuit. Alors que le premier contenait une clarté lyrique qui se rapprochait le plus du pur Bel Canto, le second était d'une souplesse d'une éloquence dramatique. Dans un répertoire où les sopranos colorature osent parfois dominer, c'était une expérience rafraîchissante. La diversité des timbres parmi les chanteurs masculins a également parlé à l'imagination. Le résultat était une palette de couleurs tourbillonnante et expressive. Et quand les voix se taisaient, l'orchestre parlait d'autant plus fort dans des passages de cordes énergiques, une sérénité sombre et des tons clairs - l'alternance était puissante. La complexité de l'histoire et l'intensité de la musique étaient à la hauteur l'une de l'autre. De grands sauts, des passages soutenus et l'expression émotionnelle - The king and his favourite raconte une histoire où les passions sont palpables et audibles dans chaque note. L'épilogue fatal - un contraste par rapport au traditionnel « lieto fine » (conclusion heureuse) - porte les désirs fatals à une fin éloquente mais triste.
Des oasis musicales
Avec The king and his favourite, De Munt termine un diptyque qui ne pourrait pas contraster davantage dans son unité : l'un un Rossini coloré et lumineux, et l'autre un Donizetti dramatique et lyrique. Néanmoins, la dernière partie est une histoire éloquente, avec un langage musical tout aussi puissant qui parle à l'imagination. En cette période étrange, la maison d'opéra bruxelloise offre deux soirées comme des oasis symboliques de calme sonore - une pause musicale bienvenue.
- QUOI : The King and his favourite : La Favorita de Gaetano Donizetti (1840)
- QUI : De Munt/La Monnaie
- QUAND : à partir du 12 mars, diffusion en direct disponible jusqu'une semaine après la première
- PRODUCTION : Production De Munt/La Monnaie (coproduction avec Shelter Prod et Prospero MM Productions), vue le 12 mars 2021
- DIFFUSIONS : Klara le 24 avril 2021, Musiq3 le 24 avril 2021
- LIENS : https://fb.watch/4ah8zi7EDH/ Ténor Enea Scala sur le Bel Canto
- PHOTOS : © Hugo Segers