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Jedermann à nouveau parmi les gens

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· 4 min de lecture
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Jedermann à nouveau parmi les gens
© Austrian Archives

Il existe des textes de théâtre qui ne perdent pas leur signification culturelle par l'usure, mais par une surcharge. Jedermann de Hugo von Hofmannsthal (1874–1929) en est un exemple frappant. Ce qui était autrefois destiné à être une réinterprétation contemporaine du jeu de moralité médiéval s'est développé au cours du vingtième siècle en une tradition quasi sacrée au sein des Salzburger Festspiele. Les représentations annuelles sur la Domplatz ont non seulement élevé la pièce, mais l'ont aussi figée : d'un texte vivant à un rituel, du théâtre à une institution.

C'est précisément là que réside le défi d'aujourd'hui. Quand une œuvre s'enracine trop profondément dans la cérémonie et le patrimoine, elle risque de perdre sa force de parole directe. Le Jedermann Theater allemand s'efforce depuis quelques années de briser ce mécanisme. Sous la direction de l'acteur et metteur en scène Nicolai Tegeler, la compagnie parcourt les places et les sites historiques d'Allemagne et d'Autriche avec une production itinérante en plein air. Ce qui prime, ce n'est pas le lieu du festival, mais à nouveau l'espace public lui-même.

Ce choix est bien plus que pratique ou esthétique. Il touche aux origines du genre. Jedermann s'enracine en effet dans la tradition des jeux de moralité, où l'homme se tenait littéralement parmi les gens et ne vivait pas sa finitude dans un contexte théâtral clos, mais dans une réalité publique partagée. L'adaptation de Hofmannsthal de 1911 a donné à cette tradition une intensité symboliste et religieuse, tout en en conservant le noyau existentiel : l'homme qui, confronté à la mort, découvre combien la richesse, le statut et l'apparence sociale finissent par être relatifs.

Le Jedermann Theater itinérant restaure précisément cette tension entre proximité et métaphysique. Il évite délibérément à la fois la rhétorique du théâtre de metteur en scène conceptuel et la tentation du jeu patrimonial nostalgique. À la place, il opte pour une approche sobre et centrée sur le texte, où le rythme, l'intelligibilité et la qualité du jeu sont au cœur. Le résultat est une forme de théâtre populaire qui ne simplifie pas le texte, mais – en le laissant résonner aussi directement et sans protection que sur un marché médiéval – l'approfondit au contraire.

La structure d'ensemble flexible est également remarquable. La production fonctionne avec des distributions de rôles changeantes dans lesquelles des acteurs expérimentés du théâtre et de la télévision se relaient. Des noms comme André Eisermann, Erol Sander, Thomas Thieme et Wolfgang Bahro donnent au projet une signature artistique reconnaissable, sans que l'ensemble ne devienne fragmentaire. Au contraire : ces styles de jeu changeants renforcent précisément la vivacité de la représentation.

Ce qui rend cette mise en scène particulière, c'est le sérieux et la clarté avec lesquels la dimension existentielle et religieuse du texte est à nouveau abordée. Non pas comme un dogme ou une curiosité historique, mais comme une question théâtrale. Dans un climat théâtral qui oscille souvent entre la distance ironique et l'actualisation sociale, ce Jedermann opte de façon remarquablement conséquente pour la directitude. C'est pourquoi la langue de Hofmannsthal retrouve l'espace pour résonner sans filtre.

Et c'est précisément là que réside la pertinence actuelle de la pièce. Derrière les figures allégoriques et le décor historique se cache une thématique qui n'a guère perdu de sa pertinence : la fragilité d'une existence de plus en plus déterminée par la possession, la performance et la visibilité. Quand toutes ces certitudes s'effondrent, il ne reste finalement que la question de ce que nous avons vraiment vécu.

Le fait que le Jedermann Theater ramène ce texte sur les places et les sites en plein air est donc bien plus qu'un choix artistique. C'est une tentative de réinscrire le théâtre comme expérience commune, en dehors du contexte protégé des festivals et des institutions culturelles. Non pas comme un monument, mais comme une confrontation vivante – précisément là où ce genre a autrefois ses origines : parmi les gens.

Werner De Smet a assisté à une représentation l'année dernière pour Klassiek Centraal et en est revenu tellement touché qu'il y retourne en août cette année (https://klassiek-centraal.be/jedermann-in-weimar-tussen-sterfelijkheid-en-stilte/). En amont de la nouvelle mise en scène, il s'est entretenu avec le metteur en scène Nicolai Tegeler (https://klassiek-centraal.be/jedermann-in-weimar-nicolai-tegeler-zoekt-de-mens-achter-het-monument/) et Julian Weigend (https://klassiek-centraal.be/weimar-is-geen-decor-het-is-een-gesprekspartner-julian-weigend-over-jedermann-eeuwige-vragen-en-de-kracht-van-een-marktplein/), qui incarne le rôle de Jedermann depuis le début du projet.

Représentations à Weimar du 12 au 15 août, ainsi qu'à Bremen le 4 août et à Coburg, Graz et Bayreuth.

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