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Joël-François Durand - Geister

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· 6 min de lecture
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Joël-François Durand - Geister
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Les compositions de cet album double s'étendent sur une période de deux décennies et peuvent certainement être considérées comme représentatives de la variété dans l'œuvre du compositeur français Joël-François Durand (*1954), dont les caractéristiques importantes sont la microtonalité et les quarts de ton (ici expliqués de manière parfaite) et les quarts de ton. On les retrouve déjà dans son Trio à cordes datant de 1981, qui est enregistré comme son opus 1 « officiel ». Au fil du temps, l'importance des microtons dans son œuvre a considérablement augmenté, sur le plan mélodique et harmonique, mais aussi dans la texture.

Cependant, il y a environ cinq ans, un tournant important s'est produit lorsque Durand a relié la « fonctionnalité » compositionnelle de la microtonalité à ce qu'il désignait par « beating » : la pulsation entre deux hauteurs de son dont les fréquences sont très proches mais non identiques. Il l'a expliqué lui-même :

"Under ordinary circumstances, we cannot directly perceive the mathematical ratio between the frequencies of two notes played simultaneously; it remains a matter of abstraction. However, when the pitches are very close, the phenomenon of 'first-order beat' becomes an actual experience. If, for example, the frequencies are 3 Hz apart – say, 443 Hz and 440 Hz – we hear two things: first, the two original frequencies become one single tone (mathematically, it's the median value of the two); additionally, we hear a pulsation of three beats animating this single tone. The 'median value' in this case is 441.5 Hz, and the pulsation that accompanies it – the di³erence between the two original frequencies – is three beats per second, which, when we hear them, is the audible manifestation of an arithmetic equation, in this case, the subtraction 443-440 = 3! This newfound technique thus allows, among other things, for relationships to be established between motivic elements played the "regular" way (for instance, as components of melodic lines) and rhythmic patterns echoing or foretelling these motivic elements generated by first-order beats."

Cependant, nous n'en étions pas là en 2005, lorsque Mirror Land a été composé, l'œuvre la plus ancienne de cette publication, composée pour flûte et hautbois, mais aussi tout à fait exécutable dans d'autres combinaisons (flûte et clarinette, hautbois et clarinette, etc.). Sur cet album, vous entendez la combinaison flûte et clarinette.
Joël-François Durand
La même année, le Premier quatuor à cordes a été composé, une commande du BeethovenFest 2005, comme « écho » contemporain des derniers quatuors à cordes de Beethoven, avec pour point de repère le dernier quatuor à cordes de Beethoven, en Fa, op. 135. Pas une pastiche, mais un scénario imaginaire dans lequel Beethoven travaille dur, testant les idées qui lui viennent à l'esprit et les modifiant à mesure que le processus créatif progresse. Cela produit, selon Durand, des « trajets alternatifs, des images lointaines et des chronologies dramatiques ». Pas dans le langage musical de Beethoven, mais dans celui de Durand : la relation avec Beethoven se joue uniquement à un niveau abstrait. « Conceptual impetus rather than direct allusion ». Un bon exemple en est le deuxième mouvement de l'op. 135, qui est complètement démonté par Durand, puis reconfiguré et remis en place par étapes, chacune des quatre voix étant d'abord présentée individuellement avant d'être reprise par l'ensemble. Rendant compte de l'histoire, Durand a donné à son quatuor à cordes la structure de la forme sonate classique.

Dix ans plus tard, Mundus Imaginalis (2015) a été composé, son titre ne provenant pas d'un monde imaginaire, mais d'un monde « imaginal », un terme inventé par le philosophe français Henri Corbin et qui renvoie à l'ancienne mystique persane. L'« imaginal » qui se meut entre la perception sensible et l'intuition intellectuelle. Du point de vue musical de Durand, l'auditeur est invité à « voyager » entre la perception sonique et l'intuition intellectuelle.

Dix ans plus tard, Mundus Imaginalis (2015) a été composé, son titre ne provenant pas d'un monde imaginaire, mais d'un monde « imaginal », un terme inventé par le philosophe français Henri Corbin et qui renvoie à l'ancienne mystique persane. L'« imaginal » qui se meut entre la perception sensible et l'intuition intellectuelle. Du point de vue musical de Durand, l'auditeur est invité à « voyager » entre la perception sonique et l'intuition intellectuelle.

Geister, schwebende Geister (2020) est la première œuvre dans laquelle Durand utilise le principe du « (first-order) beats ». Le caractère « schwebende » ou flottant de la pièce est déterminé par l'ensemble précisément calibré de demi-tons et quarts de ton intégralement structurés. Particulièrement remarquable est aussi le fait que les modèles rythmiques semblent surgir de nulle part, bien que clairement perceptibles, mais ne sont pas produits par le ou les exécutant(s). Des esprits, des esprits flottants, ici représentés comme une composition pour alto solo et orchestre de chambre.

Deux autres œuvres datent de la même année : In a weightless quiet et le Deuxième quatuor à cordes, Cantar de Amigo.

In a weightless quiet pour violon solo, doit son nom à un poème de Ted Hughes, The Hawk in the Rain, contenant pour cette œuvre le passage clé suivant : « Effortlessly at height hangs his still eye. / His wings hold all creation in a weightless quiet, / Steady as a hallucination in the streaming air. » Mais contrairement à ce que le titre évocateur suggère, la tonalité est celle d'une agitation continuelle, avec même une sous-entendue menaçante, l'imagination étant en outre stimulée par le battement des ailes d'un faucon en vol. Mais il ne s'agit néanmoins pas de musique à programme. Dans cette œuvre aussi, les « first-order beats » sont indéniables.

Le Deuxième quatuor à cordes s'inspire également d'un poème, D. Diniz du poète portugais Fernando Pessoa, dédié au roi portugais Dinis I, surnommé le Laboureur et aussi le Poète (1279-1325). Le poème est inclus dans le livre de Pessoa Mensagem (1934). Quatre des cinq parties au total contiennent une citation de ce poème. La partie finale rappelle le Heiliger Dankgesang eines Genesenen an der Gottheit, in der Lydischen Tonart, connu du Quatuor à cordes en la, op. 132 de Beethoven. Dans le quatuor à cordes de Durand, il s'appelle Chorale - in ancient style. Il est en effet conçu dans le style de la chorale, le mouvement allant de note contre note, mais contrairement à Beethoven, il y a des lacunes inconfortables dans la texture, comme si des fragments avaient été supprimés.

En conclusion, sur cet album l'œuvre la plus récente de Durand : La descente de l'ange (2022) pour violon et clarinette. Le titre suggère une atmosphère angélique mais ce n'est pas le cas. L'ange « atterrit » selon la partition « playful and a bit clumsy » (« de façon ludique et un peu maladroite ») après être d'abord descendu en vol plané à une vitesse croissante vers la terre. À la fin de la pièce, l'ange semble remonter, mais peut-on appeler cela de la musique à programme ? Selon le compositeur, cela pourrait sembler le cas, mais ce n'était pas ce qu'il avait à l'esprit.
Cette œuvre aussi a ses racines dans la « beat », aussi bien entre les deux instruments qu'entre les cordes du violon, avec le D comme point focal, autour duquel un espace a été créé pour la microtonalité.

Sur les interprétations, je peux être bref : elles sont impeccables, avec pour principaux piliers la connaissance, l'expérience, la technique et l'engagement.

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