Une représentation prétentieuse comique du Le Comte Ory, un opéra rarement joué de Gioacchino Rossini : cela aboutit à une production réussie de fin d'année à l'Opéra Royal de Wallonie. Avec comme plus grand atout, des chanteurs idéaux dans les rôles principaux, ce qui satisfait à une exigence absolument rossinienne.
Certes, Rossini a aussi écrit une sorte de « conte de gredin ». C'est son avant-dernier opéra et le premier qu'il compose originalement en français. Il habite en effet à Paris depuis une bonne quinzaine d'années et souhaite se soumettre quelque peu à la mode française. Il y parviendra surtout avec son dernier opéra, le tragique Guillaume Tell, avec lequel il vise le Grand Opéra.
Le Comte Ory est donc en même temps son dernier travail « buffo ». Il a plutôt l'allure d'un fait divers comique sans grandes prétentions. C'est ainsi que l'opéra est aussi présenté à l'ORW. Le metteur en scène Denis Podalydès raconte les péripéties du Comte Ory, de la Comtesse Adèle de Formoutiers et de leur compagnie de manière drôle et directe dans un décor sobre d'Eric Ruf. Les murs gris neutres de la scène forment dans le premier acte le cadre dans lequel un pupitre est placé au centre, qui peut servir en même temps de confessionnal. Un meuble qui est utilement mis à profit pour « réconforter » les dames du château de Formoutiers et leur comtesse, ou d'autre part les divertir pendant l'absence des chevaliers, qui sont en croisade.
Avec leurs ruses de séduction, les dames sont astucieusement bernées par le prétendu ermite – nul autre que le « véritable » bon-vivant Comte Ory - et son ami Raimbaud. Cela mène à des petites scènes comiques, qui sont parfois aussi des gags ratés. Comme par exemple quand le comte Ory déguisé drapait son gros ventre avec le costume de moine sur le pupitre. Dans le deuxième acte, les « chevaliers » tentent encore plus habilement leur chance de séduire les dames – surtout la comtesse. Maintenant ils se sont déguisés en nonnes et lors d'une terrible tempête, ils demandent l'hospitalité au château. Une ruse dans laquelle ils réussissent magnifiquement et qui est aussi représentée de manière amusante dans la production, avec des gestes stupides et des mimiques, qui correspondent parfaitement à l'histoire comique. Les « nonnes » ivres - elles ont découvert la cave à vin du château - incarnent avec verve et un plaisir visible leur triomphe !
L'acte culmine dans un faux trio entre la comtesse, le Comte Ory et Isolier, la page du Comte Ory, qui est lui-même amoureux de la comtesse et qui avait d'ailleurs conçu le plan de se déguiser en nonnes. Dans l'obscurité de la chambre de la comtesse, le Comte Ory fait passer sa page Isolier pour la comtesse et toute la cour des amoureux reçoit une conclusion burlesque. D'autant plus qu'à ce moment est annoncé le retour des chevaliers et les « nonnes » doivent se dépêcher de partir. Le deuxième acte apparaît en tout cas dans la représentation encore plus drôle et piquant que le premier et le chœur des « nonnes » jouit clairement de son comportement insensé.
Panache rossinien
Le jeune chef d'orchestre espagnol Jordi Bernacèr se sent comme un poisson dans l'eau dans cette partition de Rossini étincelante pleine de vivacité et de ludisme rossinien, que l'orchestre fait ainsi retentir avec élan et panache. Les différents passages que Rossini a empruntés à sa cantate Il viaggio a Reims composée antérieurement s'adaptent parfaitement à l'exécution. Ainsi, les répétitions de passages textuels ne font pas stagner l'action, mais au contraire assurent la tension et accentuent l'accumulation de situations amusantes. Il prête aussi attention à la fonction que des instruments spécifiques, comme les cors, les bois et les trompettes, ont dans le texte de Rossini.
Les chanteurs se sentent également apparemment soutenus par sa direction, car ils se distinguent par les vocalises scintillantes et l'« esprit » dans le jeu. Les deux rôles principaux en tête. Jodie Devos se révèle être une magnifique chanteuse de belcanto avec une voix lumineuse et agréable. Et elle a également belle allure en tant que comtesse distinguée. Antonino Siragusa confirme non seulement sa réputation de ténor léger typique du belcanto, mais aussi scéniquement ce qu'il révèle dans le petit clip YouTube sympa (voir ci-dessous) : que le buffo est son genre ! Les rôles d'Isolier, Raimbaud, Dame Ragonde et du gouverneur sont aussi joliment distribués. Une fois de plus une production avec laquelle l'ORW confirme que les opéras moins connus valent la peine d'être programmés.
- QUOI : Gioacchino Rossini Le Comte Ory
- QUI : Mise en scène : Denis Podalydès
- Avec : Antonino Siragusa, Jodie Devos, Josè Maria Lo Monaco, Enrico Marabelli, Laurent Kubla, Alexise Yerna, Julie Mossay - Orchestre et Chœur Opéra Royal de Wallonie-Liège dir. Jordi Bernacèr
- OÙ : Opéra Royal de Wallonie-Liège
- Représentation vue : 23-12-2018 - Jusqu'au 2 janvier 2019
https://www.rtc.be/le_comte_ory_a_l_opera_pour_les_fetes_de_fin_d_annee-1500442-999-325.htm
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