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Le Festival des Compositrices à Essen se concentre à nouveau sur l'œuvre majeure mais oubliée des femmes

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· 6 min de lecture
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Le Festival des Compositrices à Essen se concentre à nouveau sur l'œuvre majeure mais oubliée des femmes

À partir du 20 mars se tient à Essen, en Allemagne, la deuxième édition du Komponistinnenfestival her:voice. Le programme accueille à nouveau des œuvres d'(orchestre) de compositrices femmes complètement oubliées, comme Charlotte Sohy. Dans un bel équilibre, des œuvres contemporaines sont également présentées, cette fois de Missy Mazzoli et Kaija Saariaho. Une attention particulière est accordée à Alma Mahler-Werfel. Le Folkwang Museum accueille une exposition présentant des œuvres d'Oskar Kokoschka de l'époque où il était fasciné par la veuve de Gustav Mahler.

Les compositrices femmes retiennent de plus en plus l'attention. Leurs œuvres sont – enfin et heureusement – redécouvertes et publiées et jouées à nouveau ou pour la première fois. Il s'agit souvent de mélodies, d'œuvres pour piano seul et pour petits effectifs. Les compositrices femmes apparaissent rarement au programme des orchestres, comme l'a montré de manière convaincante une étude de l'organisation anglaise Donne.

On suppose trop facilement que les femmes n'ont pas composé de symphonies, de concertos ou d'opéras autrefois. Cela aurait notamment été dû à leur formation plus limitée et à un manque de moyens et de réseau pour présenter publiquement des compositions pour des effectifs plus importants. Pourtant, il s'avère de plus en plus que c'est une idée fausse que les femmes n'ont pas écrit de grandes œuvres. Si on y est ouvert et qu'on le cherche délibérément si nécessaire, il s'avère qu'il y a encore beaucoup de chefs-d'œuvre à découvrir.

Le festival her:voice au Aalto-Theater à Essen s'est donc donné pour mission de présenter pendant quatre ans quatre grandes œuvres orchestrales (presque) inconnues jusqu'à présent de compositrices femmes sur scène. L'année dernière, il y avait l'opéra Fausto de la compositrice française Louise Bertin (1805-1877) et la troisième symphonie de Florence Price (1887-1953). Nous avons découvert une œuvre orchestrale contemporaine de la New-Yorkaise Missy Mazzoli (1980), qui s'est inspirée de l'industrie de Détroit pour River Rouge Transfiguration. C'était un programme magnifique, comme nous avons pu le constater nous-mêmes, et il en demandait davantage.

La grande guerre


Le Fausto acclamé de Louise Bertin, pratiquement inconnue de presque tout le monde jusqu'à l'année dernière, a d'ailleurs été repris cette saison et est le point culminant de la deuxième édition du Komponistinnenfestival, du 20 au 23 mars. Le nouveau nom au programme de her:voice cette fois-ci est Charlotte Sohy (1887-1955), une femme ayant une grande famille de sept enfants qui a, tout comme Clara Schumann avec ses huit enfants, réussi à vivre des aventures artistiques. Malgré sa formation très complète – notamment auprès de Vincent d'Indy à la Schola Cantorum à Paris – et le soutien de son mari, elle a dû publier ses œuvres sous le nom d'homme Charles.

Lors d'un 'concert-discussion', la pianiste Juriko Akimoto illustre la vie et l'œuvre de Charlotte Sohy avec des compositions de musique de chambre au piano à queue. Lors d'un autre concert à la Philharmoniker, nous pouvons découvrir la symphonie post-romantique La grande guerre de Sohy, une œuvre orchestrale oubliée jusqu'en 2014 qui n'a jamais été jouée de son vivant. Elle a commencé cette symphonie pendant la Première Guerre mondiale et y a exprimé son désir de paix et de fraternité. Pourrait-ce être plus actuel ?

Deux pièces contemporaines complètent le programme de ce concert : Color Field de la compositrice anglaise Anna Clyne (1980), inspirée par un tableau de Mark Rothko, et Winterhimmel de la compositrice finlandaise primée à plusieurs reprises Kaija Saariaho (1952-2023).

Pour une autre œuvre de Saariaho, on se déplace vers Gelsenkirchen, à 30 km de là. À la Musiktheater, l'opéra Innocence est au programme. « Un sujet actuel et pourtant intemporel, emballé de manière émouvante et palpitante dans un mélange rapide de théâtre musical contemporain, de théâtre et de tragédie ancienne », indique-t-on. Ce « thriller opéra célébré » traite du « traumatisme, du chagrin, de la colère et de l'impuissance des gens ».

Gekmakend gebrom


Encore plus de suspense promet la Missy Mazzoli américaine à nouveau invitée au Aalto-Theater à Essen avec The Listeners, un opéra en deux parties. Claire souffre d'insomnies à cause d'un bourdonnement profond et permanent qui la rend folle. Avec son élève Kyle, qui perçoit aussi ce ton basse fréquence, elle visite la maison de Howard Bard, un philosophe charismatique qui aurait aidé d'autres personnes en souffrance. Elle est chaleureusement accueillie par Howard et le groupe des « Listeners ». Et Claire apprend à accepter le bourdonnement inexplicable et ses pouvoirs croissants. Mais dès que les réunions des auditeurs acquièrent un statut de culte, la situation s'échappe à tout contrôle.

Missy Mazzoli est l'une des artistes les plus connues et les plus demandées de sa génération. L'opéra a provoqué beaucoup de remous lors de sa création en Norvège en 2022 et connaît maintenant sa première allemande. La compositrice elle-même, qui s'entretiendra avec le public lors du festival, décrit The Listeners comme un opéra sur « notre désir désespéré de connexion, notre quête de communauté et de sens, et le pouvoir des leaders charismatiques qui abusent de ce désir ». D'autres compositions de l'Américaine, comme un quatuor à cordes et un air de son premier opéra Breaking the Waves, seront également à entendre.

Teinte belge


Le festival allemand prend aussi une teinte un peu belge avec un concert du B'Rock Orchestra et du Vocal Consort sous la direction d'Andreas Küppers. Sous le titre Seraphim, ils présentent avec la mezzo-soprano Lucile Richardot la musique « céleste » de Francesca Caccini, Hildegard von Bingen, Isabella Leonarda et toute une série de compositrices moins connues.

Kokoschka et Alma Mahler


Au Musée Folkwang, un peu plus loin, s'ouvre en parallèle avec le festival l'exposition Frau im Blau avec l'œuvre d'Oskar Kokoschka. Le jeune peintre s'est complètement épris au début du XXe siècle d'Alma Mahler-Schindler. L'amour obsessionnel qu'il a développé en peu de temps pour la veuve de Gustav Mahler s'exprime dans des peintures, des dessins, des éventails et une peinture murale. Il a atteint l'apogée de cette obsession créative quand il demanda à la fabricante de poupées Hermine Moos de créer une poupée grandeur nature d'après l'exemple de son amour inaccessible, qui était maintenant mariée à Walter Gropius. Femme en bleu (1919) était le premier tableau ayant pour sujet cette poupée. Il annonçait un tournant dans son style pictural. L'exposition au musée Folkwang, par ailleurs digne d'intérêt, est la première en 30 ans à réunir tous les travaux de Kokoschka inspirés par Alma Mahler. Elle se poursuit jusqu'au 22 juin.

Les mélodies d'Alma Mahler – ses autres compositions n'ont pas été conservées – sont à entendre dans un « salon viennois » lors du festival, accompagnées de mélodies et de musique de chambre de ses contemporaines et connaissances Berta Zuckerkandl, Evelyn Faltis et Kralik von Meyrswalden (une condisciple de Gustav Mahler). Par ailleurs, dans un concert symphonique, cinq mélodies d'Alma Mahler seront entendues dans une version pour orchestre de Jorma Panula.

Avec le projet interdisciplinaire Doppelbindnisse, auquel participent outre le Aalto-Musiktheater, la Essener Philharmoniker et Folkwang, notamment aussi la Alte Synagoge, on souhaite éclairer d'un jour nouveau à la fois la biographie d'Alma Mahler et son œuvre, qui resta dans l'ombre de ses célèbres époux.

Le Komponistinnenfestival est donc à nouveau encadré par des conférences prometteuses. Celles de l'année précédente ont entretemps été rassemblées dans cette édition.

Cet article a également été publié précédemment sur le blog notities.vrouwaandepiano.be.

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