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Entretiens

Nemanja Radulović : la musique comme souffle de vie

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· 5 min de lecture
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Nemanja Radulović : la musique comme souffle de vie
© Jean-Marie Fox, Sever Zolak, Misha Obradovic

Pour de nombreux lecteurs de Klassiek Centraal, Nemanja Radulović est encore un nom qui suscite la curiosité. Cependant, celui qui l'a vu une fois sur scène ne l'oublie pas rapidement : une présence aussi affirmée que son jeu, et une musicalité qui se laisse difficilement capturer dans les conventions. Mais derrière cette intensité se cache, il s'avère, surtout une motivation simple : la joie. À l'occasion de son concert vendredi 24 avril avec le Belgian National Orchestra au BOZAR, Werner De Smet s'est entretenu avec lui.

« Avant tout, je suis un homme heureux », dit Radulović sans détour. « Et un musicien heureux. » Cela semble presque désarmant, mais c'est tout à fait caractéristique. Son parcours – de la Serbie à la France, et de là aux scènes internationales – l'a formé en un artiste qui ne se laisse pas limiter par ses origines ou la tradition. Au contraire, il embrasse les influences de partout. La musique n'est pas pour lui une identité bien définie, mais un paysage en perpétuelle évolution où chaque expérience laisse une trace.

Cette ouverture remonte à ses souvenirs les plus anciens. Après seulement quelques mois d'études de violon, il était sur scène. « Cette première expérience, jouer pour des gens, m'a donné tellement de joie. À partir de ce moment, j'ai su : ce sera ma vie. » C'est un moment de vocation rare et limpide, une certitude intuitive qui a formé sa boussole depuis.

Celui qui écoute son jeu entend souvent des mots comme intense, spontané et imprévisible. Radulović lui-même reste humble à ce sujet. « C'est difficile de parler de soi », sourit-il en quelque sorte entre les lignes. Pourtant, il reconnaît que la spontanéité est une partie essentielle de sa personnalité – à la fois sur et hors de la scène. Ses interprétations se meuvent entre les extrêmes : intensité et quiétude, surprise et simplicité, toujours en dialogue avec la partition. Il a la tendance à se donner complètement, tout en se laissant guider par la partition quand celle-ci demande de la retenue.

Cet équilibre entre fidélité au texte et liberté personnelle, il ne le voit pas comme une contradiction. Au contraire : l'un nourrit l'autre. « J'essaie toujours de creuser plus profondément pour trouver les émotions dans la musique. Et souvent, cela me ramène finalement à la simplicité. » C'est une pensée remarquable : que la complexité n'est pas le point final, mais un chemin vers la clarté.

Sa présence sur scène aussi – frappante, mais jamais forcée – grandit organiquement de cette attitude. Pour Radulović, la liberté est une condition pour pouvoir partager. « Si j'essaie d'imposer quelque chose qui ne correspond pas à ma personnalité, cela limite la création. » L'authenticité n'est pas une stratégie, mais une nécessité.

Sa jeunesse en Serbie, pendant une période d'agitation politique et sociale, a sans doute laissé des traces. Sans s'y concentrer explicitement, il reconnaît que chaque expérience de vie trouve son chemin dans la musique. La musique devient ainsi un miroir de l'existence – et en même temps un langage qui s'étend au-delà des mots. « Avec la musique, nous pouvons partager des émotions qui ne peuvent pas être exprimées. »

Ce regard large se traduit aussi dans ses habitudes d'écoute. Des enregistrements historiques aux productions contemporaines, de la musique du monde au jazz, au rock et à la pop : tout nourrit son imagination. Les frontières entre les genres sont pour lui poreuses, peut-être même sans pertinence.

Pourtant, le cœur de son choix de répertoire reste surprenamment simple : la beauté. « Je joue de la musique que j'aime vraiment. » C'est un critère à la fois personnel et universel – et qui caractérise aussi son travail avec l'ensemble Double Sens. Depuis sa création en 2008, il a construit un collectif musical qui se sent presque familial. « Je voulais faire de la musique avec des gens que j'aime voir, et qui veulent ensemble explorer de nouvelles interprétations. » L'idée de connexion – entre les gens, entre les cultures – est au cœur de cela.

Il n'esquive pas les risques. Ou plutôt : il les voit comme une partie essentielle du processus. « La liberté d'essayer différentes interprétations est importante. C'est ainsi que nous devenons plus courageux et trouvons la meilleure façon de partager notre passion. » Cela sonne presque comme une philosophie de la vie, non seulement dans la musique, mais aussi dans la vie elle-même.

Vendredi 24 avril, Radulović apporte au Bozar (et ensuite à Hasselt et Paris), avec le Belgian National Orchestra sous la direction d'Antony Hermus, l'œuvre de Sergei Prokofiev, un compositeur qui lui tient à cœur. « J'aime le monde imaginaire dans lequel il te transporte. Tellement de personnages, tellement d'histoires sans paroles. » Plus d'info : https://www.nationalorchestra.be/nl/kalender/antony-hermus-nemanja-radulovic

Avec l'orchestre belge, il entretient également un lien particulier. Ses débuts remontent à quinze ans, et depuis, il y est revenu régulièrement. « J'aime leur flexibilité, leur capacité à changer le son et l'expression selon le répertoire. » La collaboration lui semble être un dialogue naturel, plutôt qu'une relation hiérarchique entre soliste et orchestre. « Je ne me vois jamais vraiment comme un soliste, mais comme une partie d'un ensemble plus large. » Il se réjouit en outre de retravailler avec le chef Antony Hermus, qu'il loue pour son énergie positive et son intelligence musicale.

Même dans le répertoire de soliste, ce sentiment de polyphonie reste présent : différentes voix, caractères et perspectives qui forment ensemble un dialogue intérieur. La musique est pour Radulović toujours un réseau de connexions.

Le lieu de la performance joue également un rôle : une salle comme Bozar signifie pour lui bien plus qu'une simple scène, mais aussi une acoustique particulière, une histoire et les personnes qui y travaillent.

Et que signifie la musique pour lui aujourd'hui, après toutes ces années sur les scènes internationales ?

La réponse est à la fois simple et englobante :

« Mon oxygène. Ma vie. Mon bonheur. Ma joie. »

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