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Jacques Offenbach, Orphée aux enfers

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· 5 min de lecture
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Jacques Offenbach, Orphée aux enfers
Jacques Offenbach est surtout connu de l'amateur d'opéra pour son magnifique opéra Les Contes d'Hoffmann, mais à son époque, il est avant tout un porte-étendard de l'Opéra Bouffe, un genre pour lequel il fonde même son propre théâtre, les Bouffes Parisiennes. Orphée aux enfers, La belle Hélène et d'autres opérettes sont des chefs-d'œuvre du Paris du Second Empire. Ce sont des pièces brillantes, dans lesquelles l'ironie est la tonalité principale et la satire de la bourgeoisie parisienne lui crée parfois des difficultés. Mais il confère au genre de l'opérette française sa réputation internationale. Offenbach est né à Cologne sous le nom de Jacob Offenbach, fils d'un cantor. En 1833, la famille Offenbach s'installe à Paris, mais il n'a jamais complètement perdu son accent allemand. Offenbach est l'un des premiers à critiquer clairement le genre du grand opéra, en se reflétant simplement sur ce dont il s'occupe. Cela rend la relativisation de son propre travail si polyvalente et Opera Zuid a très bien compris cela. L'histoire classique d'Orphée et Eurydice est bouleversée dans l'opéra bouffe d'Offenbach. Orphée et Eurydice ne forment nullement un couple inséparable, au contraire, ils ne désirent rien d'autre que de se quitter ! Les dieux leur donnent un bon coup de main, notamment Aristée, qui se présente d'abord comme un berger honnête, mais qui n'est en réalité que Pluton, qui entraîne Eurydice dans les enfers et l'emprisonne.

Du pastoral au démoniaque

« Sans scrupules, hilarant et un peu brutal ». C'est ainsi qu'Opera Zuid décrit sa nouvelle production dans sa brochure de programme. Opera Zuid joue la bonne carte de la parodie et de l'ironie dès les premières scènes. L'Opinion Publique en robe de cocktail chic et voyante doit d'abord attirer l'attention du public sur son rôle : aborder la « tragédie antique » avec respect ! Le fait qu'elle puisse ensuite se révéler comme une (!) drag queen fière est l'une des allusions actuelles du metteur en scène Benjamin Prins. La satire de l'opéra « classique » (et de l'art en général) devient évidente dès que le rideau se lève sur le premier acte et se poursuit magnifiquement jusqu'au bout. Le décor semble un peu kitsch au premier abord, mais il renvoie aux panneaux de décoration du théâtre d'opéra baroque. En plus de l'ironie sur le théâtre antique, il offre également la possibilité de passer très rapidement à la belle scène de l'Olympe avec les dieux en vêtements grotesques et avec des coiffures tout aussi ridicules trônant selon leurs rangs, et ensuite au terrible trou noir infernal où Pluton garde Eurydice prisonnière et où les moutons idiots du début deviennent des diables réels. Dans la dernière scène, le décor contient des références aux arts de pratiquement toute l'histoire occidentale, des statues grecques antiques à une figure d'échecs surréaliste. Pluton a une apparence gothique et punk terrifiante, Jupiter brandit sans cesse son « éclair ». Son apparition en tant que mouche pour pouvoir approcher Eurydice montre les petits défauts du dieu « antique » (me too n'est pas loin) et John Styx (Olivier Hernandez) a apparemment le droit, en tant que « technicien » d'Opera Zuid (logo sur son t-shirt), de maintenir l'enfer en ordre ! En effet, par moments hilarant ! © Joost Milde © Joost Milde © Joost Milde © Joost Milde © Joost Milde

Couche double

Orphée est présenté comme un violoniste « classique », qui ne regarde que son instrument (le violoniste dans la fosse d'orchestre fournit d'ailleurs une belle prestation). En clin d'œil à l'Orphée de Gluck, il cite littéralement dans la deuxième partie J'ai perdu mon Eurydice. En tant que protagonistes, Orphée et Eurydice restent les représentants des aspects lyriques de l'opéra. Eurydice en particulier possède des passages tendres et nostalgiques qui contrastent avec les ensembles animés. L'alternance des fragments constitue la richesse de l'opéra et souligne la double couche de l'œuvre : la caricature reste en même temps un opéra de qualité. Nous l'avons également eu ici dans la représentation d'Opera Zuid. Les interprètes se sont totalement plongés dans leurs rôles et jouent avec enthousiasme. Amel Brahim-Djelloul chante Eurydice avec une belle voix lyrique dans les moments pleins de mélancolie, mais aussi avec force dans sa curiosité et sa révolte. Seules les notes les plus hautes posaient parfois problème. Pluton (Mark Omvlee) n'a eu aucune difficulté avec ses diverses sonorités de ténor en tant que séducteur faux et mauvais. La voix de Roger Smeets en tant que Jupiter ambigu manquait d'éclat et il convaincait davantage en tant qu'acteur qu'en tant que chanteur. Thomas Morris s'amusait clairement en tant qu'Opinion Publique. Enrico Delamboye a dirigé la Philharmonie Zuidnederland avec grâce et finesse. Les passages sensibles ont offert une pause bienvenue entre les moments amusants et animés. Mais l'orchestre a bien sûr surtout brillé dans les passages qui sonnent rythmés et entraînants. La galop infernal et le cancan ont rempli la salle, qui a scandé les applaudissements exubérants et bien mérités au même rythme ! QUOI : Jacques Offenbach, Orphée aux enfers QUI : Benjamin Prins [mise en scène], Enrico Delamboye [chef d'orchestre], Amel Brahim Djelloul, Mark Omvlee, Roger Smeets, Francis van Broekhuizen, Mathys Lagier, Thomas Morris Philharmonie Zuidnederland, Théâtre Chœur Opera Zuid OÙ : Schouwburg Tilburg QUAND : Mardi 23-5-2023

Autres représentations jusqu'au 22 juin voir : www.operazuid.nl

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