Opera Ballet Vlaanderen s'est transformée ces dernières années en une organisation hybride où l'interdisciplinarité s'exprime abondamment. Cela confère à cette institution une position unique en Belgique et au-delà. « Vonk », une plateforme d'éducation artistique et d'inclusion, forme le troisième pilier d'Opera Ballet Vlaanderen, aux côtés de l'opéra et du ballet/danse. Les représentations sont composées d'un impressionnant mélange d'éléments familiers tirés de l'univers des jeunes, avec l'opéra comme facteur de cohésion. Que ce projet comble une lacune est confirmé par le public jeune qui remplit la salle.
Le nom de ce nouveau projet évoque immédiatement des réminiscences du livre pour enfants historique de Thea Beckman de 1973, « Kruistocht in spijkerbroek ». Mais la comparaison s'arrête là.
Avec « Kruistocht » tout court, Opera Ballet Vlaanderen et KOPERGIETERY créent un opéra familial où les « droits de l'enfant » constituent le point de départ d'une protestation musicale contre l'oppression. Ils le font dans une production multimédia et aventureuse qui explore les frontières entre la musique, l'image et la performance. Un laboratoire créatif.
Plus de 40 enfants revendiquent leur place sur scène : 14 enfants des ateliers de théâtre de KOPERGIETERY et 27 petits chanteurs du Chœur d'enfants d'Opera Ballet Vlaanderen. Frederik Neyrinck a composé la musique. Les émotions, la solidarité et l'empathie font partie de la signification et aussi de la fonction de la musique. Le duo Lennert & Janus Coorevits, mieux connu sous le nom de Compact Disk Dummies, fournit un son électrisants avec leur electropunk et jouent avec conviction les méchants. Ils placent la platine tournante dans le cadre séculaire de l'orchestre symphonique.
Mise en scène
Une scène vide. Rosa, une femme déplacée, s'échoue dans un endroit déconcertant. Elle cherche une issue, mais ne la trouve pas. Elle sursaute quand l'orchestre commence. Derrière elle descend un voile fin sur lequel des vaguelettes sont projetées. Dans la vaste mer bleue, votre attention est attirée par du mouvement. D'abord minuscule. On zoom dedans. Une fille risque de se noyer. Elle lutte pour sa vie. Le sort de nombreux migrants, dont beaucoup d'enfants, dans des petits bateaux branlants et surpeuplés en quête d'un avenir meilleur est immédiatement mis en lumière.
Le voile est levé et sur la scène se tient une deuxième femme, Clio, la conscience chantante de Rosa. Rosa rencontre Niemandskind, un enfant qui n'a jamais reçu de nom. Niemandskind relie Rosa à un groupe d'enfants qui entrent lentement en scène. Des enfants qui n'ont pas reçu ce qui leur revenait de droit : une place à eux, un avenir, l'amour d'un parent, la sécurité. Ils chantent et scandent des slogans. Une sorte de vaisseau spatial descend, et sur différents écrans, des images sont projetées. Le temps passe. Des remarques délicates sont apportées au sort des enfants soldats et des très jeunes travailleurs, sans sombrer dans la sentimentalité. Les scènes de groupe animées trouvent l'équilibre entre l'énergie collective et la réflexion individuelle. Il est judicieux de maintenir la chorégraphie modeste et de la limiter à des mouvements ordinaires : marcher, petites danses rondes dans un chaos ordonné. Très belle est la scène qui reflète leur vulnérabilité et leur désir d'amour. Ce que le philosophe français Levinas décrit comme « la caresse ». Emballé dans une belle mélodie douce, atmosphérique et apaisante. Certains succès sont intégrés dans l'ensemble, comme le glissement rythmique des pots et des applaudissements. Une belle image visuelle est la scène avec les oiseaux.
« Kruistocht » se termine par une image finale impressionnante. L'ensemble de la distribution est disposé en une ligne verticale à l'avant de la scène. Dans un lent mouvement d'onde commençant par la gauche, les acteurs se couvrent les yeux des mains. Silence, douleur, beauté. Monde, ne sois pas aveugle aux besoins des enfants.
L'actrice Marjan De Schutter dirige le jeu de scène avec élégance. C'est dommage qu'elle n'ait qu'une seule chanson à chanter car elle a une belle voix chaude. La soprano Laurence Servaes, Jaouad Alloul et les frères Coorevits font un excellent travail. Pourtant, ce spectacle vous laisse sur votre faim. Le message atteint le public de manière fragmentaire et saccadée. C'est tout un peu trop beau, trop poli, trop lissé pour avoir de l'impact. Le spectacle manque de puissance émotionnelle, bien que la collaboration subtile entre le compositeur et les musiciens tienne bon.
QUOI : VONK 'Kruistocht' OÙ : Opera Antwerpen
QUAND : vendredi 27 octobre, 20h
CRÉDITS :Opera Ballet Vlaanderen / de KOPERGIETERY
Composition : Frederik Neyrinck
Youth Orchestra Flanders
Chœur d'enfants Opera Ballet Vlaanderen
Enfants Ateliers de théâtre KOPERGIETERY
Musiciens de scène : Alice Van Leuven (violon), Pablo Aranda (clarinette), Sara Salvérius (accordéon)
Texte, livret, mise en scène : Johan De Smet
Conception vidéo : Kenneth Michiels
Jeu & chant : Marjan de Schutter (Rosa), Laurence Servaes (Clio), Jaouad Alloul (Apex), Lennert & Janus Coorevits