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À propos d'une classe de saxophone du 19e siècle à Bruxelles et d'une chorale de saxophones belge contemporaine

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· 8 min de lecture
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À propos d'une classe de saxophone du 19e siècle à Bruxelles et d'une chorale de saxophones belge contemporaine

C'était un heureux hasard. Le jour où j'ai reçu un livre à propos pour discussion sur l'histoire de la classe de musique du 19e siècle du conservatoire de Bruxelles, j'ai aussi reçu une invitation pour assister à l'enregistrement vidéo de la première CD que le Belgian Saxophone Choir-BSC souhaite lancer en mai à Tour & Taxis.

Aujourd'hui aussi, il y a donc un intérêt florissant pour un instrument qu'"notre" Adolphe Sax a "inventé" il y a plus d'un siècle et demi et a commencé à produire en série dans sa fabrique d'instruments à Paris. Dans le pays lui-même, le monde musical semblait n'y avoir vu que peu d'intérêt.

Pourtant, une « classe de saxophone » a démarré en 1867 au Conservatoire de Bruxelles. C'est l'histoire de cette classe que Kurt Bertels traite. On y entendait « Un son inouï ». C'est d'ailleurs le titre du livre. C'est la thèse avec laquelle l'auteur a obtenu son doctorat en arts à la VUB. C'est un livre d'un scientifique mais aussi d'un praticien, d'un saxophoniste renommé. Et cela garantit un récit à la fois rigoureux et touchant sur cette période fascinante : la découverte d'un nouvel instrument, comment et par qui il s'est développé et institutionnalisé, et quels compositeurs y ont vu une opportunité. Dans le contexte de la musique ancienne, c'est devenu évident, mais ici cela peut sembler un peu étrange : l'auteur recherche aussi ce qu'une « pratique d'exécution historiquement informée » peut signifier pour le saxophone. Il décrit en détail comment ce concept s'est formé au siècle dernier et comment lui aussi en a tiré des leçons pour pouvoir appliquer ce cadre conceptuel au répertoire de saxophone du 19e siècle.

La classe de saxophone du 19e siècle du Conservatoire de Bruxelles

De 1867 jusqu'à l'arrêt de cette classe en 1904, le Conservatoire de Bruxelles a joué un rôle de pionnier, également soutenu par la création de la Chapelle musicale des Guides. Un souhait explicite de Léopold Ier qui avait été fortement impressionné par les chapelles musicales des différentes cours royales. Il nomma son propre chef de chapelle Valentin Bender comme responsable. Et ce Bender avait été le professeur d'Adolphe Sax. Pas étonnant donc qu'il ait introduit les instruments que son excellent élève a inventés plus tard dans sa fanfare militaire. C'est dans ce contexte que la question s'est posée d'ajouter une classe de saxophone au programme du Conservatoire de Bruxelles. Suit une description détaillée du travail de Nazaire Beeckman et Charles Gustave Poncelet, les deux premiers professeurs de saxophone du Conservatoire de Bruxelles (d'ailleurs tous deux clarinettistes à la fanfare militaire), de leurs élèves, de leurs méthodes didactiques et de leurs compositions. L'œuvre de saxophone de Beeckman figure dans le livre sous le titre interrogateur : « Musique de salon bruxelloise ? » Celui du travail de Paul Gilson porte le titre « Père du concerto pour saxophone ». En tant que non-saxophoniste, il a écrit le tout premier « concerto » au monde où le saxophone rivalise effectivement avec le reste d'un orchestre symphonique. Cela signifiait la professionnalisation du saxophone en tant qu'instrument solo. Bertels raconte très captivant la redécouverte de l'autographe de ce concerto, ce qui a permis à cette pièce d'être enregistrée dans sa version originale l'année dernière seulement. Une première mondiale. Gilson a d'ailleurs composé un deuxième concerto pour saxophone. Celui-ci était aussi techniquement virtuose.

À la recherche d'une pratique du saxophone historiquement informée

Kurt Bertels ajoute une réflexion artistique à ce récit historique. Cela forme un chapitre séparé « musicologie appliquée » et porte sur la pratique musicale. Et dans cela aussi, l'auteur est motivé et compétent. Comment pourrait-il en être autrement quand on joue du saxophone depuis son plus jeune âge. Et pour étudier cette pratique d'exécution historique, il a appris à jouer lui-même sur un ancien saxophone alto « Buffet-Crampon », un bel exemplaire de 1898, a cherché des becs assortis et a recherché des enregistrements historiques, a étudié les pratiques de l'époque concernant les positions de jeu, les doigtés, la norme de hauteur, le vibrato… tout fait partie de sa « recherche saxologique vers une pratique d'exécution historiquement informée ». Vous trouverez ici sans doute une véritable mine d'informations. Pourtant, il ne cherchait pas LA vérité mais la possibilité de reconstruire cet idiome sonore et cette pratique, en accordant aussi de l'attention à ce répertoire ancien. C'était un processus d'apprentissage qui a abouti à deux CD : The Saxophone in 19th Century Brussels et Works for Saxophone and Orchestra by Paul Gilson, publiés l'année dernière chez Etcetera Records.

On ne peut qu'admirer non seulement le scientifique en Kurt Bertels mais aussi l'artiste interprète qui a entrepris et achevé ce travail « par nécessité intérieure artistique ».

Le Belgian Saxophone Choir-BSC

Quelqu'un d'autre qui nourrit l'admiration pour Kurt Bertels est Wouter Versavel, saxophoniste, responsable de la direction artistique et chef du Belgian Saxophone Choir-BSC. Il a rencontré Kurt Bertels pour la première fois dans le train et pendant tout le trajet on n'a parlé de rien d'autre que du saxophone. « J'ai été énormément impressionné. Et c'était avant qu'il n'écrive son doctorat. C'est une personne avec une vision. Très clair dans ses idées. Il a ramené à la surface toute cette histoire belge du saxophone et il a appliqué cette pensée de la pratique d'exécution historique au saxophone. Personne ne l'avait jamais fait auparavant, jusqu'à ces nouveaux enregistrements avec le Symphonie Orkest Vlaanderen. Nous, cependant, jouons seulement avec des instruments modernes et présentons le répertoire classique et contemporain.

Le répertoire de saxophone du 19e siècle de Paul Gilson est magnifique, mais moi, en tant que jeune chef d'orchestre, je désire vraiment découvrir les grands compositeurs classiques et je le fais en écrivant des arrangements et des transcriptions pour le BSC de ces œuvres célèbres de Dvorak, Strauss, Wagner. Et c'est un énorme défi pour nous de nous approprier ce répertoire. Tout le monde connaît la Siegfried Idylle mais l'entendre jouée avec toute cette gamme d'instruments d'Adolphe Sax, avec tous ces timbres divers de tous nos saxophones, cela donne vraiment une couleur merveilleuse."

Le Belgian Saxophone Choir-BSC est un jeune ensemble composé principalement d'étudiants et de diplômés (entre 20 et 30 ans) qui veut croître et s'épanouir. Il organise régulièrement des auditions pour son "ensemble de relais". Ainsi, ils veulent également élargir et stimuler le paysage du saxophone au niveau international. Après un premier concert en 2019 à Antwerpen et quelques autres projets, voici qu'un projet CD voit le jour pour la première fois, "Serenade". En raison des mesures actuelles liées au coronavirus, ils vont diffuser ce programme en direct le 15 mai. Je les ai rencontrés alors qu'ils étaient quatorze à enregistrer des vidéos dans les magnifiques halls rénovés de la Gare Maritime bruxelloise de Tour & Taxis pour cet premier CD. L'environnement des halls tout neuf et verdoyant doit donner à la vidéo et aux saxophonistes une allure jeune et ouverte et cela leur convient parfaitement. Ici, pas d'instruments historiques mais des saxophones modernes qui brillent de mille feux.

Leur directeur artistique et chef d'orchestre Wouter Versavel, maintenant 25 ans, a autrefois commencé par la guitare classique, mais quand il a soufflé une note dans un saxophone, quand il a pu tenir cet instrument, il a été tellement fasciné par ce son et tombé amoureux de ce magnifique instrument "doré" qu'il a fait rapidement le changement. Il suit maintenant encore une formation en direction d'orchestre à l'Institut Lemmens. Comment s'en sortent-ils ? Le BSC peut continuer à exister notamment grâce au soutien du gouvernement flamand, de la Loterie Nationale et de sponsors des grandes marques de leur secteur comme notamment le fabricant de saxophones parisien Selmer et D'Addario, un fabricant de anche et d'autres accessoires.

C'est Dries Meerts, responsable de la gestion administrative, qui doit maintenir financièrement et organisationnellement le fonctionnement du groupe. Car il est finalement aussi cofondateur de l'ensemble. Il y a quelques années, au début de ses études au Conservatorium Antwerpen, il s'est plaint avec sa collègue Andrea Van Acker qu'il y avait très peu de contact entre les étudiants en saxophone classique des différents conservatoires. Et ils voulaient y remédier. Nous serons finalement un jour des collègues et il est mieux de nous stimuler mutuellement que de nous concurrencer, pensaient-ils. Et ainsi, ils ont créé un point central où ils peuvent se rencontrer et faire de la musique. Pas immédiatement un "orchestre national de saxophone" mais tout de même un ensemble de saxophone belge.

Le 15 mai à 20h, tu peux les entendre en ligne avec leur nouveau CD "Serenade". Garde un œil sur leur site web et les réseaux sociaux et clique sur le lien au moment opportun. Tu seras surpris.


  • QUOI : Kurt Bertels, « Een ongehoord geluid. De saxofoonklas van het Koninklijk Conservatorium Brussel tussen 1868 en 1904 », VUB Press, Academic Scientific Publishers, Brussel, 2020
  • QUOI : Belgian Saxophone Choir, direction artistique Wouter Versavel, gestion administrative Dries Meerts
  • : enregistrement vidéo et séance photo à la Gare Maritime, Thurn & Taxis, Brussel, 16 avril 2021 pour enregistrement CD de « Serenade ». Sortie en mai, diffusion en direct le 15 mai 2021
  • SITE WEB : Belgian Saxophone Choir
  • PHOTOS : Glare Agency, Aulos, VUB Press
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