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Dichterliebe personnelle

L
· 4 min de lecture
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Dichterliebe personnelle

**** Le nom Prégardien est progressivement devenu une marque de fabrique pour l'art sublime dans la musique vocale. Il y a d'abord eu le célèbre père Christoph Prégardien, et peu à peu, le fils Julian s'engage de plus en plus dans ses pas. Cet enregistrement intitulé Dichterliebe n'est donc pas l'énième version de ce célèbre cycle de mélodies de Schumann. Car l'ensemble du programme a été choisi en toute conscience et surtout l'interprétation de Julian Prégardien est trop personnelle pour cela.

Le célèbre cycle Dichterliebe est entouré de quelques mélodies moins populaires du répertoire de mélodies de Schumann, antérieures et postérieures. Ainsi, Prégardien montre immédiatement que l'art de la mélodie de Schumann ne peut pas seulement être admiré dans la célèbre année de mélodie 1840, lorsque son art s'est épanoui pleinement grâce à son mariage avec Clara Wieck. Le cd s'ouvre avec In der Nacht, un duo du Spanisches Liederspiel (opus 74) – un cycle peu connu de dix mélodies pour ténor et soprano – et se termine par la ballade magnifique tardive, Mein Wagen rollet langsam des 4 Gesänge (opus 142). Le Die Löwenbraut, émouvant et tragique, évoque un amour de conte de fées entre un lion et une jeune fille. Il y a aussi quelques pièces de Clara Schumann, bien que très peu pour parler d'un véritable hommage à la compositrice bicentenaire. Son œuvre – Trois Romances pour piano et la mélodie Wenn ich in Vöglein wär – est plutôt intégrée comme une sorte d'intermède pour donner au programme l'atmosphère d'un concert de salon.

Nouvelle édition

Avec le « programme préalable », Julian Prégardien prépare en quelque sorte l'auditeur au monde du bonheur et du désespoir, de l'extrême délice et de la vulnérabilité qui font de Dichterliebe un cycle si intime et poignant. Dans sa préface, Prégardien explique qu'il utilise la nouvelle édition du cycle par Bärenreiter, mais en tout cas il l'interprète de manière très personnelle et n'hésite pas à appliquer sa propre phrasé et çà et là de petits ornements selon sa propre sensibilité. Avec la pianiste Eric Lesage, il entraîne l'auditeur dans un voyage fluide et captivant à travers l'amour du poète. Piau y ajoute sa voix et confesse son amour en arrière-plan de Wenn ich in deine Augen seh.

Prégardien confirme ses nombreuses possibilités de couleur et de nuance. Sa voix de ténor a un registre étendu avec à la fois l'amertume (Ich grolle nicht) et la tendresse. L'écoute d'une mélodie comme Das ist ein Flöten und Geigen vous fait presque parler d'art du chant expressionniste. Je le considère comme un chanteur dont l'art d'interpréter est comparable à celui d'Ian Bostridge. Il a un timbre de voix complètement différent, mais impose aussi des accents très spécifiques et possède une forte interprétation personnelle du texte.

Postlude artistique

Je ne suis pas sûr que le choix de Sandrine Piau dans ce répertoire soit le bon. Piau a indéniablement une très belle voix, pure et sensible, mais lui manque la projection. Elle sonne intime et poétique, mais aussi incertaine. Et quand Julian Prégardien apparaît sur scène, la différence de présence est si grande que Piau fait défaut en tant que partenaire.

Et puis il y a le merveilleux jeu d'Eric Lesage au pianoforte doux. Il assure la proportion idéale entre la voix et le piano, l'approfondissement de l'émotion ou la résolution de la tension. Chaque postlude est une œuvre d'art en soi.

Cet enregistrement offre une expérience d'écoute renouvelée de la musique de Schumann. Tout le cd et le cycle Dichterliebe prennent une profondeur de signification grâce à la puissance de l'interprétation, aux accents, au rythme et au merveilleux son du piano.


  • QUOI: Robert Schumann (1810-1856) | Dichterliebe
  • QUI: Julian Prégardien (ténor), Sandrine Piau (soprano) et Eric Lesage (piano)
  • ÉDITION: Alpha Classics 457
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