Il n'y a rien de nouveau sous le soleil ! Trois compagnies de différentes disciplines de scène : théâtre, théâtre visuel et musique se concentrent sur la légende de Faust, l'œuvre majeure de l'écrivain allemand Johann Wolfgang von Goethe. La tradition chrétienne du bien et du mal y est pesée et examinée. Faust se laisse séduire pour conclure un pacte avec le diable. Cette donnée reste centrale, mais Joris Van den Brande en crée sa propre adaptation dans un monde qui s'agrandit constamment et devient plus difficile à comprendre et prolifère avec des idées. C'est l'horreur et la beauté constamment récurrentes que nous, en tant qu'humains, ne comprenons pas, mais dont nous faisons partie. La vie en un mot : le quotidien, l'exubérance, la sensualité et la spiritualité. Joris Van den Brande remplit diaboliquement le rôle de manipulateur.
Mathias Coppens a composé un paysage sonore raffiné à cet effet, délicat et bruyant. Musique pour violon, harpe, contrebasse, flûte traversière, accordéon et trombone à coulisse. La musique nouvellement composée reflète le monde intérieur des personnages et soutient la représentation. Des paysages sonores brumeux alternant avec des rythmes ondulants.
La pauvreté d'idées n'est certainement pas au programme ici. DE MAAN (théâtre visuel) s'est chargé des masques et des marionnettes. La représentation est jouée dans un style alternant de jeu de marionnettes virtuose et de narration colorée et intense. On réussit à bien canaliser cette richesse.
La représentation commence sur un plateau ouvert. Dans un éclairage diffus, vous voyez les musiciens, les acteurs se tiennent nonchalamment et discutent entre eux. Le décor évoque des images d'une cave de jazz.
Les acteurs, notamment Ariane van Vliet et Greet Jacobs, qui manipule la plupart des marionnettes, font impression. Avec une fantaisie débridée et ici et là un peu d'humour absurde, les personnages sont dédoublés. Un grand masque et des mains manipulées créent un personnage comme s'il sortait de lui-même. Une marionnette d'ombre avec des doigts en forme de larve. Admirable, les moyens minimes avec lesquels un univers entièrement nouveau est créé. Les marionnettes et masques de Paul Contryn montrent à nouveau son savoir-faire. Koen De Graeve caractérise de manière mignonne l'homme timide, maladroit et amoureux avec une tête géante.
'Faust' une représentation auditive et visuelle. Aucune qui éblouit mais où l'on a travaillé avec fantaisie, empathie et souci du détail. Cela ressort particulièrement d'une des images de fin. Le grand masque féminin est réduit à la tête d'une petite marionnette, les mains d'Ariane van Vliet bougent comme les grandes mains rigides du marionnettiste Paul Contryn. Il ne reste plus qu'un petit tas d'humanité.