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Salzburger Festspiele 2018 nouvel oppressant

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· 7 min de lecture
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Salzburger Festspiele 2018 nouvel oppressant

Cette année, les Salzburger Festspiele proposent six nouvelles mises en scène d'opéra : Die Zauberflöte (Mozart), Salome (R. Strauss), Pique Dame (Tsjaikovski), L'Italiana in Algeri (Rossini), L'Incoronazione di Poppea (Monteverdi), The Bassarids (Henze), plus deux opéras en forme de concert Der Prozess (von Einem), Les Pêcheures de Perles (Bizet) et un opéra pour enfants : une adaptation de Die Zauberflöte de Mozart.

Die Zauberflöte conclut : « Die Strahlen der Sonne vertreiben die Nacht »

C'était depuis 2012 que Die Zauberflöte n'avait plus figuré au programme du Festival de la ville de Mozart, dans une mise en scène de Jens-Daniel Herzog et dirigée par Nikolaus Harnoncourt. Celle-ci n'a duré qu'une seule saison, contrairement à d'autres productions qui ont généralement été reprises plus d'une fois. Le record absolu a été atteint par la splendide et désormais légendaire mise en scène de Jean-Pierre Ponnelle à la Felsenreitschule, qui a figuré au programme chaque année de 1978 à 1986, dirigée par James Levine.

C'est Ponnelle qui, selon ses propres dires, inspira quelque peu la jeune Américaine Lydia Steier, bien qu'elle emprunte des chemins très différents. Elle a choisi de moderniser quelque peu l'histoire et de faire regarder le public dans un miroir sans le rebuter pour autant. Elle fait débuter l'opéra, pendant l'ouverture, dans une maison bourgeoise à Vienne vers 1913 où un grand-père lit une histoire à ses trois petits-enfants avant le coucher : Die Zauberflöte.

La plupart des personnages qui y apparaissent sont en quelque sorte des créatures fantastiques inspirées par les membres de la famille et le personnel : la mère se transforme en Reine de la Nuit, le ramoneur qui rend visite à la cuisinière devient Papageno, les servantes deviennent les trois dames et les petits-enfants deviennent les Drei Knaben, les trois garçons qui accompagnent Tamino et Papageno et jouent ici un rôle très actif dans cette version.

D'où vient l'idée de transférer le royaume de Sarastro vers le monde des curiosités et du cirque de Barnum n'est pas clair, sinon pour rendre les principes de Sarastro plus humains en général et plus favorables aux femmes et pour souligner que les gens peuvent avoir une apparence différente, mais sont au final tous des êtres humains et méritent le même respect. Pour ce faire, un fragment du Marchand de Venise de Shakespeare est paraphrasé et inséré dans le texte parlé. Les dialogues parlés ont d'ailleurs été entièrement reworkés et raccourcis par Ina Karr et Lydia Steier qui ont supprimé presque tous les exposés philosophiques et les références à la franc-maçonnerie.

Les contrastes entre le noble et déterminé Tamino et le Papageno nature, moins stable et plein de joie de vivre, ont été effacés, les différentes confrontations avec Papagena fortement réduites et la motivation de certains airs, par exemple, « Ach, ich fühl's » de Pamina ou « Der Hölle Rache » de la Reine de la Nuit, à peine clarifiée. Le spectacle, en revanche, ne manque pas avec des décors mobiles, des acrobates et des projections. Pas d'épreuves du feu et de l'eau pour Tamino et Pamina mais des images de misère de guerre de la Première Guerre mondiale.

C'est finalement le grand-père qui prononce la conclusion « Die Strahlen der Sonne vertreiben die Nacht ». Nous sommes donc de retour dans la chambre à coucher des garçons où le grand-père les borde une fois de plus avec affection. Le conte de fées est raconté. Malheureusement, cela s'est passé, du moins selon mon impression, avec une mise en scène beaucoup trop chargée (décor Katharina Schlipf, costumes Ursula Kudrna, lumière Olaf Freese, vidéo fettFilm) où l'histoire et les personnages ont eu du mal et où surtout l'aspect musical en a souffert.

Pourtant, Constantinos Carydis avec les Wiener Philharmoniker a offert une exécution orchestrale vivante avec des tempi frais et un bon accompagnement des chanteurs. Ils ne pouvaient pas cacher que Matthias Goerne comme Sarastro était un mauvais choix de casting. C'était douloureux d'écouter ce chanteur excellent lutter avec une partie bien trop basse pour sa voix tandis que son personnage de Barnum manquait de relief ou d'autorité. Mauro Peter était un Tamino solide avec quelques difficultés d'aigu et Christiane Karg une Pamina un peu poupée mais chantant avec sensibilité, avec un soprano cristallin. Albina Shagimuratova (Reine de la Nuit) a chanté toutes les notes mais manquait de puissance vocale dramatique.

Les trois dames ont été bien défendues par la Flamande Ilse Eerens (bientôt à entendre à la Munt en tant que Pamina), Paula Murrihy et Geneviève King. Adam Plachetka était un Papageno un peu abandonné par la mise en scène mais a chanté correctement. Maria Nazarova a fait ce qu'elle pouvait avec son rôle limité de Papagena et Michael Porter était un Monostatos plutôt insignifiant. Des rôles mineurs solides et de bonnes interventions de la Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor.

Je ne dois certainement pas oublier de mentionner que la jeune soprano gantoise Emma Posman a été l'ange salvateur de la représentation de Die Zauberflöte du 4 août. Albina Shagimuratova, l'interprète du rôle de la reine de la Nuit, s'est déclarée malade et un remplacement a été difficile à trouver en quelques heures. On a donc demandé, en dernier recours, à Emma Posman, qui jouait ce rôle dans les représentations de la version pour enfants de Die Zauberflöte, de le faire également dans la production du Grosses Festspielhaus. Après quelque hésitation, elle a accepté et l'a fait avec succès. Bravo !


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L'Italiana in Algeri dans une meilleure mise en scène

Également beaucoup d'agitation, mais mieux réglée, complètement dans l'esprit de l'œuvre et sans compromettre l'exécution musicale dans L'Italiana in Algeri, la production des Salzburger Pfingstfestspiele (direction artistique Cecilia Bartoli) qui a été reprise au festival d'été.

Ici, le duo de metteurs en scène belgo-français Moshe Leiser et Patrice Caurier était responsable d'une action colorée transposée à notre époque dans un cadre oriental plutôt délabré sans orientalisme de carte postale (une chamelle pittoresque exceptée !) dans un décor de Christian Fenouillat, avec des costumes d'Agostino Cavalca, la lumière de Christophe Forey et la vidéo d'Ettienne Guiol. La mise en scène avec beaucoup de gags et de clins d'œil a assuré une action (parfois un peu trop) tourbillonnante portée par une distribution entièrement engagée, mais aussi beaucoup de gaieté chez le public.

Cecilia Bartoli était Isabella, la belle Italienne qui vient chercher son bien-aimé Lindoro à Alger où Mustafà, qui en a assez de sa femme Elvira, règne en maître et voit en Isabella une proie facile. Il sera bien déçu car Isabella, maligne et déterminée, va maîtriser la situation et rentrer chez elle avec son Lindoro. Un rôle sur mesure pour Cecilia Bartoli, fraîche et séduisante dans une robe d'été fleurie, qui s'engage résolument dans l'action et laisse sa voix souple se laisser séduire comme d'habitude et enchaîne les coloratures, te faisant fondre lors de sa cavatine « Per lui che adoro » par les délicieuses phrases de legato et le timbre parfois presque éthéré.

Son bien-aimé Lindoro, avec culotte courte, sandales et cheveux longs, avait le ténor souple, léger mais aussi un peu sec d'Edgardo Rocha, un chanteur virtuose et interprète solide. Ildar Abdrazakov était Mustafa, un bel homme, bien qu'avec un ventre un peu plus rond, qui est convaincu qu'il est irrésistible et conquerra Isabella sans problème. Abdrazakov a visiblement apprécié la partie comique qu'il a enrichie de couleurs supplémentaires et s'est bien acquitté avec sa basse sonore, chaleureusement colorée et son chant virtuose.

Alessandro Corbelli a prouvé une fois de plus en tant que Taddeo qu'il est l'un des meilleurs interprètes Rossini tant vocalement que sur le plan scénique. Rebeca Olvera a prêté son soprano frais à Elvira, la femme répudiée de Mustafa. Bonnes performances aussi de Rosa Bove (Zulma), José Coca Loza (Haly) et du Philharmonia Chor Wien. Dans la fosse d'orchestre se trouvait l'Ensemble Matheus sous la direction de Jean-Christophe Spinosi, peut-être pas la combinaison idéale pour Rossini, surtout en ce qui concerne le timbre. Aussi belles et surprenantes que soient les interventions des instruments à vent individuels et aussi inattendus et captivants que soient les accents dynamiques, on souhaite souvent une sonorité plus pleine et plus musclée, moins dans le style de la musique ancienne. Ce qui n'enlève rien au fait que Spinosi et ses musiciens ont apporté à la représentation l'allure et la fraîcheur nécessaires.


  • QUOI : Salzburger Festspiele : Die Zauberflöte (Wolfgang Amadeus Mozart) et L'Italiana in Algeri (Giacomo Rossini)
  • OÙ & QUAND : Salzbourg 7 et 8 août 2018
  • MATÉRIEL VISUEL : © Salzburger Festspiele
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