La musique de ballet de Schmitt La tragédie de Salomé date de 1907 et s'inspire de Salomé telle qu'elle est mise en scène dans le traité détaillé de Flavius Josephus sur l'histoire juive ancienne (ca. 94 après Jésus-Christ). On retrouve cette thématique dans deux évangiles : celui de Matteüs (14) et Marc (6).
Le souverain Herodes Antipas, roi vassal de Galilée et de Pérée, demande à sa belle-fille Salomé de danser pour lui lors d'une fête qu'il donne, en échange de quoi il satisfera tous ses désirs. Salomé danse (la célèbre danse des sept voiles) et exige de son beau-père, poussée par sa mère Herodias, la tête de Jean le Baptiste. Sur scène, cela finit par devenir une affaire extrêmement sanglante qui a inspiré non seulement de nombreux compositeurs mais aussi de nombreux metteurs en scène un nombre innombrable de fois. Le scénario n'y va pas de main morte : la luxure, la jalousie et la trahison dominent, dans un tourbillon étouffant, souvent même tumultueux.
Pour la complétude : la Salomé de Schmitt n'est littérairement pas basée sur la nouvelle du même nom de Flaubert (1877) ni sur la pièce de théâtre du même nom de Wilde (1891), mais sur le drame The Tragedy of Salome de Robert d'Humières, directeur artistique du Parijse Théâtre des Arts de 1907 à 1909 (auparavant le Théâtre des Batignolles). Diaghilev utiliserait plus tard le poème pour ses Ballets Russes (1913).
Le chef d'orchestre français Alain Altinoglu (*1975) a acquis une grande expérience opératique et on l'entend aussi dans cette exécution de ballet : comme s'il respirait littéralement avec le ballet (une 'opéra sans paroles', comme l'a une fois remarqué le compositeur), en formant les phrases avec souplesse, mais en même temps avec une acuité et une vigilance rythmiques. L'ensemble se présente comme l'une des meilleures exécutions de cette œuvre captivante qui n'a pas d'égale dans son genre. Il convient de noter que la direction orchestrale est considérablement moins décadente que dans l'opéra du même nom de Richard Strauss.
Les Francfortois se présentent avec un jeu orchestral ardent et élaboré jusque dans les moindres détails. Les magnifiques palettes de couleurs et l'excellent enregistrement forment une combinaison idéale pour cette musique de ballet qui est rarement entendue et vue sur scène. Tout aussi atmosphérique est la contribution de la soprano Ambur Braid dans 'Chant d'Aiea'.
L'ensemble se termine particulièrement joliment avec le Chant élégiaque d'une durée de moins de sept minutes, dans lequel un rôle particulier est réservé au magnifique solo de violoncelle tendre et plongé dans la lyrique, auquel Philipp Staemmler donne une forme extrêmement imaginative. Bref, ceci est une publication de grand format.