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Voix du grenier : Troll & Roemhildt redécouverts

W
· 10 min de lecture
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Voix du grenier : Troll & Roemhildt redécouverts

Il y a des découvertes qui ne se font pas dans les archives, mais à des endroits où personne n'attend encore la musique. En 1968, lors de travaux de restauration à l'église de Großfahner, à 20 kilomètres au nord-ouest d'Erfurt, des ouvriers ont découvert haut dans les charpentes du toit un espace fermé derrière une cloison en bois. Là reposaient près de trois cents manuscrits de musique sacrée des dix-septième et dix-huitième siècles, exposés pendant des années à l'humidité et à la poussière, comme si le temps avait voulu les effacer lentement de la mémoire. Pourtant, les notes se sont avérées suffisamment lisibles pour résonner à nouveau. Cette édition de Davinci Edition est donc bien plus qu'un enregistrement de cantates inconnues : c'est une réhabilitation musicale de voix qui ont gardé le silence pendant des siècles sous les poutres d'une petite église du village de Thuringe et laisse entendre à quel point de nombreux mondes musicaux attendent encore d'être découverts.

Celui qui raconte l'histoire de la musique en Thuringe le fait presque automatiquement du point de vue de Johann Sebastian Bach. Compréhensible, mais incomplet : tout un réseau de musiciens d'église y écrivait semaine après semaine une nouvelle musique pour le service divin. Les éditeurs de ce cd n'ont pas abandonné ce contexte liturgique, mais l'ont transposé en une dramaturgie soigneusement construite. Les cantates, les œuvres pour orgue et un concerto instrumental s'alternent comme cela aurait pu se faire lors d'un service luthérien du dix-huitième siècle. De cette manière, l'enregistrement devient bien plus qu'une collection de compositions inconnues : il fait revivre un monde musical dans lequel la parole, la prière et le son sont en dialogue constant.

Le programme s'ouvre avec la musique du mystérieux « Herr Troll », un compositeur dont même le prénom n'a pas été transmis et dont les œuvres ne nous sont parvenues que grâce au manuscrit du copiste Johann Christian Starckloff. Pourtant, dès les premières mesures, il apparaît clairement qu'un épigone provincial ne parle pas ici. Tandis que l'aria da capo s'était établie partout en Allemagne, Troll reste fidèle à une tradition plus ancienne du nord de l'Allemagne qui rappelle Buxtehude. Ses arias se développent organiquement à partir du texte, chaque changement d'affect recevant sa propre couleur harmonique et la musique semblant continuellement respirer avec les paroles.

Ces qualités se manifestent immédiatement dans la cantate de Noël Siehe, ich verkündige euch. Partant des paroles de l'Evangile de Luc, Troll n'écrit pas une musique de fête superficielle, mais une méditation musicale réfléchie sur l'incarnation du Christ. Les lignes mélodiques suivent le sens des paroles elles-mêmes : l'émerveillement, la joie et l'adoration reçoivent chacun leur propre couleur musicale. Ce qui frappe, c'est l'orchestration riche. Les trois trompettes et les timbales ne fonctionnent jamais comme un simple décor festif, mais réagissent continuellement au contenu du texte. Dans les moments plus contemplatifs, le cuivre se retire à un continuo presque nu ; quand les paroles basculent vers la joie et la louange, l'effectif complet s'ouvre à nouveau dans une splendeur rayonnante. Des concepts comme Freude, Hoffnung et l'incarnation du Christ reçoivent ainsi non seulement un cadre musical, mais une signification audible. Troll se révèle ici comme un compositeur qui comprend pleinement la puissance rhétorique de la cantate luthérienne et met chaque choix musical au service du texte.

I Contrappuntisti apporte ces qualités à la vie de manière convaincante. Marcello Trinchero dirige avec une souplesse naturelle qui évite toute tendance à une monumentalité pompeuse. Les trompettes naturelles brillent sans jamais sonner aigus ou forcés, tandis que la basse Marco Grattarola soutient la cantate avec une voix sombre et chaleureuse dans laquelle l'autorité et la retenue s'alternent continuellement. Sa diction allemande soignée fait que les paroles ne se perdent pas dans l'orchestration riche, mais restent toujours le point de départ du développement musical.

Après cette première cantate, Johann Gottfried Walther (1684-1748) offre avec son arrangement de choral pour orgue Von Gott will ich nicht lassen la première pause respiratoire liturgique. Walther – cousin et ami intime de Bach et auteur ultérieur du prestigieux Musicalisches Lexicon – représente la stricte tradition contrapuntique du jeu d'orgue de Thuringe. Le choix de ce choral en particulier n'est d'ailleurs pas du tout arbitraire : le texte sur la présence perpétuelle de Dieu forme une continuation naturelle du message de Noël de la cantate d'ouverture de Troll. Roberto Passerini choisit une registration claire et une approche sobre qui ne romantise nulle part la musique. De cette façon, l'auditeur reçoit exactement le repos qui avait aussi sa place dans un service divin luthérien du dix-huitième siècle entre les plus grandes œuvres vocales.

Ensuite, l'auditeur fait connaissance avec Johann Theodor Roemhildt (1684-1756), un compositeur qui jouissait pendant sa vie d'une réputation considérablement plus grande que son mystérieux contemporain. Ses œuvres ont été jouées des dizaines de fois à Danzig, mais cette ancienne gloire n'a finalement pas été une protection contre l'oubli. Que même un compositeur qui jouissait autrefois d'un tel prestige ait pu finalement disparaître de la mémoire musicale collective en dit long sur l'imprévisibilité de l'histoire de la musique. Tandis que Troll surprend continuellement l'auditeur par sa netteté rhétorique et ses tournants harmoniques inattendus, Roemhildt convainc par son équilibre naturel, son élégance mélodique et une fusion subtile de la rigueur allemande avec la mélodicité italienne.

Cela apparaît immédiatement dans Herr Jesu, deiner Trost ich mich, une cantate qui n'a été préservée que dans une copie photographique après la perte du manuscrit original. C'est peut-être la page la plus retenue de tout l'enregistrement. Roemhildt ne porte pas son regard sur le grand geste, mais sur le croyant individuel qui se tourne vers le Christ avec confiance. La ligne vocale acquiert ainsi un caractère presque parlé : non dramatiquement exagéré, mais porté par une profonde paix intérieure. Matteo Straffi s'y inscrit excellemment. Son ténor lyrique possède assez de chaleur pour donner forme aux longues arcs mélodiques avec une souplesse naturelle, sans jamais tomber dans le sentiment exagéré. C'est justement cette simplicité qui rend cette cantate particulièrement émouvante.

Entre les deux cantates de Roemhildt retentit ensuite un concerto pour flûte dont l'attribution reste incertaine, bien que Johann Georg Pisendel (1687-1755) soit souvent nommé comme le compositeur le plus probable. Les sections vives pétillent de vitalité à la Vivaldi, mais c'est surtout le mouvement lent du milieu qui continue de résonner. Au-dessus d'une basse à peine mouvante, le flûtiste à bec Valerio Febbroni développe une longue ligne mélodique, jouée avec un sens raffiné de la respiration, de la tension et de la phrasé. La musique semble arrêter le temps un instant et atteint une intensité presque figée. I Contrappuntisti accompagne avec une grande sensibilité, sans jamais éclipser le soliste, de sorte que la transparence de la partition est entièrement préservée. L'attribution peut bien rester incertaine, il n'y a guère de doute sur la qualité de cette musique. Dans la structure du cd, ce concerto obtient ainsi exactement la bonne place : pas un intermède sans engagement, mais un moment de contemplation où les paroles se taisent un instant et l'expression instrumentale poursuit le récit spirituel.

Après cette méditation instrumentale, le disque revient à l'orgue avec une deuxième adaptation de choral de Johann Gottfried Walther : Herr Christ, der einig Gottes Sohn. Ici aussi, le compositeur montre comment une mélodie de choral familière peut donner naissance à une polyphonie raffinée, où le contrepoint reste toujours au service du contenu spirituel du texte. Roberto Passerini choisit à nouveau une approche claire et transparente, grâce à laquelle les lignes individuelles parlent naturellement les unes aux autres. Après la virtuosité et la couleur du concerto, cette œuvre forme une transition discrète vers la scène vocale suivante, où Roemhildt revient au centre.

Tandis que la cantate précédente de celui-ci laissait entendre la voix retenue du croyant individuel, Herr, wie groß ist deine Güte se déploie comme une cantate de louange festive où le chœur, les trompettes et les timbales remplissent complètement l'espace. Ici, Roemhildt montre son large registre compositionnel : l'attention allemande à la rhétorique du texte s'associe sans effort à une souplesse mélodique qui révèle des influences italiennes claires. Des paroles comme Verderben reçoivent une couleur harmonique sombre, presque menaçante, tandis que Hoffnung s'ouvre en lignes plus légères et ascendantes qui rendent la signification du texte pour ainsi dire audible. Cette interaction constante entre la parole et la musique donne à la cantate sa courbe de tension naturelle. Lorsque dans le choral final trompettes, chœur et continuo se fondent dans un hymne à la Güte de Dieu, surgit une profession de foi imposante qui sonne à la fois monumentale et sincère. I Contrappuntisti sait également, dans cet ensemble plus large, maintenir le juste équilibre : Marcello Trinchero laisse complètement s'exprimer le riche monde sonore de Roemhildt sans que l'intelligibilité du texte ne soit perdue, tandis que Matteo Straffi conserve sa clarté lyrique et que le chœur et l'orchestre se complètent avec une musicalité évidente.

Après la cantate festive de Roemhildt suit à nouveau un moment de silence à l'orgue. Friedrich Wilhelm Zachow (1663-1712) – surtout connu comme le maître du jeune Händel à Halle – est ici représenté par son adaptation de choral Christ lag in Todesbanden, une mélodie que Bach traiterait également plusieurs fois par la suite. Le choix de cette œuvre s'inscrit parfaitement dans la construction de l'enregistrement : après l'exubérance du chœur, des trompettes et des timbales, la musique revient à l'essence du culte luthérien, le choral comme témoignage de foi collectif. Roberto Passerini joue à nouveau avec une élégance sobre et un sentiment clair de la ligne, ce qui met en avant la richesse contrapuntique sans que l'œuvre ne devienne jamais pesante.

Mais le dernier mot revient à nouveau à Troll. C'est un choix programmatique particulièrement réfléchi. Avec la cantate pascale Singet dem Herrn ein neues Lied, le compositeur revient aux qualités qui l'ont rendu si convaincant auparavant : un sens aigu de la rhétorique musicale et la capacité à convertir directement la signification théologique d'un texte en son. Alors que Siehe, ich verkündige euch incarne l'émerveillement face à l'incarnation du Christ, cette cantate tourne le regard vers la joie et la victoire de Pâques.

Cette pensée pascale trouve sa forme surtout dans la façon dont le mot Auf est traité, où la musique de Troll semble littéralement faire un mouvement vers le haut. Les lignes ascendantes et l'énergie joyeuse suscitent le sentiment d'une résurrection musicale : comme si le son lui-même se détachait de la terre et était attiré vers la lumière. Les trompettes et les timbales ne fonctionnent pas comme un simple ornement festif, mais comme des participants actifs au discours musical. Les passages festifs reçoivent ainsi non pas une splendeur superficielle, mais deviennent l'expression de l'espoir et de la foi. Marcello Trinchero construit les courbes de tension avec soin : les moments discrets conservent leur force intérieure, tandis que les éclatements joyeux ne sombrent jamais dans la recherche d'effet. Marco Grattarola ferme ici le cercle qui s'était ouvert avec la cantate de Noël : la même voix qui y portait l'intimité de l'incarnation sonne maintenant avec une conviction inchangée dans la jubilation de la résurrection. La capacité à relier les deux extrêmes – l'attente silencieuse de Noël et la joie écrasante de Pâques – de manière convaincante dans un seul enregistrement fait sa contribution à l'un des points culminants de cette édition.

De ce fait, non seulement la beauté des œuvres individuelles perdure, mais aussi l'histoire plus large que ce disque raconte. Troll et Roemhildt s'avèrent ne pas être des notes insignifiantes dans l'ombre de Bach, mais des compositeurs ayant leur propre voix, leur propre idiome et une place significative dans la musique d'église luthérienne de leur époque.

Cette édition récrira-t-elle donc le canon baroque ? Probablement pas. Mais ce n'est pas nécessaire. Sa valeur réside précisément dans le fait de rendre visible – et audible – la richesse qui est restée cachée en dehors des noms connus. Lorsque les dernières notes de Troll s'éteignent, la pensée revient inévitablement à cette charpente de toit fermée à Großfahner, où ces manuscrits ont attendu leurs siècles avant leur redécouverte. Si les centaines de pages encore non examinées possèdent la même qualité que la musique de cet enregistrement, alors attendent peut-être là encore de nombreuses voix qui veulent être à nouveau entendues. Que cet enregistrement impressionnant ne soit donc pas seulement le résultat d'une découverte exceptionnelle, mais peut-être aussi le début d'une nouvelle redécouverte musicale.

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