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Zemlinsky's Der Zwerg

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· 6 min de lecture
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Zemlinsky's Der Zwerg

En réalité, Der Zwerg du compositeur austro-juif Alexander Zemlinsky est loin d'être un succès public. Intéressant donc que l'Opéra National à Amsterdam ouvre la nouvelle saison avec cette œuvre. Une saison qui réserve encore bien d'autres surprises. C'est révélateur d'une vision audacieuse du genre du théâtre musical.

Alexander Zemlinsky (1871-1942) n'était pas vraiment un avant-gardiste, certainement pas auprès de ses contemporains tels que Schönberg ou Webern. Bien qu'il soit resté fidèle à la tonalité « traditionnelle », il a donné à la musique romantique du 19e siècle une interprétation très personnelle et nouvelle, incontestablement adaptée à un contenu psychologique contemporain. Son opéra Der Zwerg en est un excellent exemple.

À juste titre, l'opéra porte comme sous-titre « un conte de fées tragique ». Zemlinsky a composé l'opéra en 1921 d'après un conte de fées de 1891 d'Oscar Wilde : The birthday of the Infanta. L'histoire est apparemment très simple. L'intérêt réside dans les relations complexes entre les personnages et leur monde intérieur, ce qui est parfaitement en accord avec l'esprit du temps du début du 20e siècle.

L'infante espagnole Donna Clara fête ses 18 ans et à la cour, ses demoiselles de service préparent une fête pour elle. Le cadeau le plus important est conservé pour la fin. C'est aussi le plus surprenant et le plus fascinant, à savoir un nain horriblement laid qui devrait l'amuser. Le particulier est surtout qu'il ne sait pas lui-même comme il est laid. Il tombe instantanément amoureux de l'infante et chante une chanson d'amour touchante. L'infante joue un jeu d'attraction et de répulsion et le nain croit sincèrement qu'elle l'aime. À la cour, seule la dame d'honneur Ghita se soucie du nain. Elle veut briser l'illusion et libérer le nain de son délire en lui faire voir la réalité. Sa douce naïveté est finalement brutalement écrasée quand il est confronté à un miroir. Il voit enfin comme il est laid et difforme. Son désespoir sans limites le pousse au suicide. L'infante danse sans sentiment et souhaite pour son prochain anniversaire un jouet qui n'a pas de cœur.

Une rose blanche comme illusion

Pour cette histoire poignante, qui n'a pas besoin de beaucoup de représentation pour être émouvante, la réalisatrice Nanouk Leopold a construit un décor très sobre. Mais elle joue avec un écran d'images extrêmement suggestif. L'écran est disposé dans une courbe douce tout autour du mur arrière de la grande scène de l'Opéra National, derrière l'énorme orchestre, qui est assis sur le podium. Chaque personnage se tient dans son propre cadre devant l'orchestre. Cette disposition a peut-être aussi été dictée par les règles de distanciation, lorsque la production a été préparée, mais elle correspond parfaitement à la relation distante entre l'infante et les demoiselles de service. Les filles se ferment les unes aux autres et n'ont aucun contact direct entre elles : chacune est dans son « box ». Seule Ghita, la dame de compagnie préférée de Clara, fait un pas de plus près. Le Nain est couché au début sur une estrade dans une tenue plutôt grise et discrète. Cette réalisation scénique révèle l'arrière-plan cinématographique de la réalisatrice Nanouk Leopold, qui fait ses débuts à l'opéra avec cette production. Dans leurs petits cadres, les personnages sont statiques, mais sur l'écran ils flottent et se meuvent parfaitement en harmonie avec leur ligne de chant et avec ce qu'ils expriment. Dans le film, les filles portent un masque rose pastel d'une tête de cochon et ont des pattes de porc. Le rose délicat accentue leur sournoiserie ou leur sympathie hypocrite, qui est leur vrai caractère. Leopold explique ce « camouflage » plutôt surprenant par le fait qu'elle voulait revenir à la fantaisie du conte de fées d'Oscar Wilde, ce qui l'a menée au monde des animaux. Le Nain est projeté sur le fond cinématographique comme un oiseau exotique paradisiaque qui peut magnifiquement déployer ses plumes brillantes. Comme cadeau du sultan, il est exotique et donc un véritable outsider. La tragédie est qu'il n'a jamais vu à quoi il ressemble réellement. Il interprète le défi de l'infante comme une déclaration d'amour. La phrase qu'il chante à plusieurs reprises – Sie hat mir eine weisse Rose geschenkt – résonne alors comme une auto-illusion pure et douloureuse. Son déclin est puissamment mis en image visuellement par le costume de plumes colorées qui devient progressivement barbouillé d'une couche de boue. Suggestivité cinématographique oppressante.

Art total grâce à la puissance de la musique

Le visuel et la mise en scène cinématographiquement réussie de Nanouk Leopold s'accompagnent bien sûr d'une interprétation musicale forte des chanteurs et de l'orchestre. Clay Hilley incarne le Nain avec une voix de ténor héroïque claire et très flexible. Il maîtrise parfaitement chaque nuance de sa partie vocalement exigeante. Sa chanson d'amour lyrique à l'infante révèle une émotion pure. Sa peur et surtout son stupéfaction à la découverte fatale de son vrai visage sont interprétées de manière déchirante. Hilley se projette complètement dans ce personnage exigeant. Lenneke Ruiten en tant qu'infante hautaine et gâtée, et Annette Dasch comme son contrepoint, ont la souplesse vocale appropriée pour interpréter le jeu psychologique que Zemlinsky a subtilement intégré dans la partition. Ruiten joue avec hauteur et distance, Dasch avec un charisme authentique.

Zemlinsky est un maître dans l'art de réunir l'épaisseur émotionnelle des mouvements psychologiques les plus profonds en une musique expressive d'une grande unité. La star collective du spectacle est l'immense orchestre. Le Nederlands Philharmonisch Orkest joue de manière admirable tant dans les longues phrases des tutti souvent ultra-dramatiques que dans les nombreux passages solistiques. La harpe et la flûte/piccolo se distinguent par des passages extrêmement raffinés et détaillés, tandis que la touche viennoise lors des passages dansants est délicieusement entraînante, aussi grâce à la jolie sonorité de mandoline. Lorenzo Viotti aborde avec cette production sa tâche de chef-directeur de De Nationale Opera et cette première production est d'emblée une réussite sur tous les plans. Le point dramatique dans l'orchestre quand le Nain reconnaît sa laideur a littéralement donné des frissons. On quittait la salle en silence et sous le choc.

Cette production fait aussi penser à la brillante représentation à De Nationale Opera de Eine Florentinische Tragödie de Zemlinsky, en novembre 2017 dirigée par le chef-directeur de l'époque Marc Albrecht. Ainsi, De Nationale Opera peut, en l'espace de quelques saisons, déjà se féliciter d'avoir à son crédit deux productions du rarement joué Zemlinsky.


  • QUOI : Alexander Zemlinsky's Der Zwerg
  • VOIX : Clay Hilley, Lenneke Ruiten, Annette Dasch, Derek Walton
  • MISE EN SCÈNE : Nanouk Leopold
  • MUSIQUE : Nederlands Philharmonisch Orkest, Koor van De Nationale Opera sous la direction de Lorenzo Viotti
  • : De Nationale Opera, Amsterdam
  • QUAND : samedi 4 septembre 2021 (première) – représentations également les 8, 12 et 18 septembre, chaque fois à 20h (pour plus d'info et les billets, cliquez ici)
  • PHOTO : © Marco Borggreve
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