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Critiques

Le romantisme qui respire : Mendelssohn et Schumann sous la direction de Herreweghe

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· 5 min de lecture
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Le romantisme qui respire : Mendelssohn et Schumann sous la direction de Herreweghe
© Marco Borggreve

Celui qui voit une soirée Mendelssohn et Schumann au programme entre dans un paysage familier mais riche. Dans la Koningin Elisabethzaal, l'Antwerp Symphony Orchestra a montré jeudi 30 avril, sous la direction du chef d'honneur Philippe Herreweghe, comment la clarté et la vision peuvent encore donner une direction à cette musique. Avec Kristian Bezuidenhout comme soliste, la soirée a en outre acquis un profil prononcé et personnel.

L'ouverture du Songe d'une nuit d'été de Felix Mendelssohn (1809-1847) a reçu une lecture qui d'emblée trouva le ton juste : légère, brillante et naturellement respirante. Herreweghe a volontairement maintenu la musique svelte et mobile, ce qui fit l'ensemble commencer à scintiller de lui-même. Les cordes ont fourni une base souple, tandis que les bois se sont déplacés avec une quasi-spontanéité ludique à travers le tissu sonore. Ce qui a frappé, c'est combien les attaques sonnaient soignées et précises, donnant l'impression d'un orchestre qui se trouvait sans effort les uns les autres. Le monde des elfes s'est ainsi déployé dans toute sa légèreté et sa finesse, avec un charme évident qui conquit immédiatement le public.

Cette tension trouva une suite naturelle dans le Deuxième concerto pour piano de Mendelssohn – une œuvre qui est trop souvent traitée en parent pauvre, alors qu'elle possède justement dans sa richesse mélodique un charme si direct. Kristian Bezuidenhout n'a pas opté pour le grand geste, mais pour l'intimité du jeu d'ensemble, et s'est placé dès le départ comme partenaire au sein du tout.

Son jeu avait quelque chose de désarmant : léger, résilient et porté par un toucher doux et délicat qui donnait à la musique une élégance presque évidente. Dans le deuxième mouvement, où le pianiste a plus d'espace pour prendre la parole, cette approche devint particulièrement palpable. Les passages en solo s'épanouirent avec une respiration naturelle, comme une pensée musicale qui se laisse suivre sans accent – un moment d'apaisement, presque intemporel de caractère.

Dans les parties plus rapides, Bezuidenhout maintint le discours clair et ludique, sans perdre de vue la ligne. Herreweghe veillait cependant à un accompagnement qui ne devint jamais purement supportif : l'orchestre enveloppa le piano d'une sonorité chaude et transparente et laissa le dialogue se développer organiquement. Ainsi s'épanouit une interprétation où le soliste et l'orchestre se trouvèrent comme naturellement dans une musicalité partagée – fluide de respiration et évidente dans sa cohésion.

En bis, Bezuidenhout choisit l'intime Duetto des Lieder ohne Worte de Felix Mendelssohn – un choix qui n'aurait pas pu être plus pertinent. La salle s'assombrit lentement, la lumière se retira autour du piano, et tout ce qui restait de l'agitation du concert s'apaisa.

Dans ce silence, Bezuidenhout laissa les deux voix de la pièce se mouvoir comme des ombres autour l'une de l'autre : cherchant, effleurant, se relâchant à nouveau. Le jeu prit quelque chose de fragile et en même temps d'inévitable, comme si la musique se déployait sur place et se dissolvait à nouveau. La salle retint son souffle, captive d'un moment difficile à saisir. C'était la sorte de conclusion qui ne veut rien ajouter, mais qui résume tout – et rappelle en même temps combien de beauté discrète se cache encore dans la musique pour piano de Mendelssohn.

Après l'entracte, l'accent s'est déplacé vers la Symphonie n° 3 « Rhénane » de Robert Schumann (1810-1856). Alors que cette œuvre est trop souvent déroulée à larges coups de pinceau romantiques, Philippe Herreweghe a opté pour une lecture qui, dès le départ, restait tendue de l'intérieur : aucun geste rhétorique pour le geste, mais une quête régulière de cohésion, de respiration et de direction.

Ce qui frappa surtout, c'est la familiarité quasi évidente entre le chef et l'orchestre. Herreweghe n'avait guère besoin de modeler la musique : de petits gestes à peine visibles suffisaient pour laisser le son respirer, se décaler et se colorer. La symphonie acquit ainsi, dès les premières attaques, un courant naturel, clair et fluide, mais avec une tension sous-jacente qui se poursuivit tout au long de l'œuvre.

Au sein de ce mouvement, une cohésion remarquable s'épanouit sur tous les mouvements. Les passages plus lyriques eurent de l'espace et de la chaleur, tandis que les moments mobiles restèrent légers et transparents, sans perdre leur direction. Les subtiles variations de tempo – les petites accélérations et ralentissements – ne furent pas perçus comme des interventions, mais firent partie de la respiration musicale naturelle.

Dans le quatrième mouvement, avec sa référence apaisée à la Cathédrale de Cologne, cette approche devint presque tangiblement concentrée. Herreweghe évita toute trace d'emphase monumentale et garda plutôt la musique sobre et tournée vers l'intérieur, ce qui lui conféra une intensité plus profonde qu'on en obtient habituellement dans cette symphonie.

Ensuite, la finale ne s'ouvrit pas comme un contraste, mais comme une continuation logique de ce qui précédait. La tension accumulée y trouva une issue dans le mouvement et la légèreté, la musique redirigeant son énergie vers l'extérieur sans perdre sa cohésion intérieure.

Ainsi naquit un Schumann qui ne consistait pas en épisodes détachés, mais en un seul courant respiratoire continu – porté par un orchestre et un chef qui s'étaient clairement trouvés dans cette partition et la laissaient parler avec une clarté évidente.

Ce qui caractérisa ultimement cette soirée, c'était le choix conséquent de la clarté, de l'équilibre et de la structure, sans que la respiration romantique ne fut jamais perdue. Tout était au service d'une lecture transparente qui donnait de l'espace à la musique pour parler. Cela ne livra pas un spectacle accablant, mais plutôt une interprétation qui convainquit par son intégrité et sa logique intérieure. Mendelssohn et Schumann sonnaient ici non comme des véhicules d'excès émotionnels, mais comme des compositeurs de nuance et de précision.

De plus, tout au long de la soirée, le plaisir de jeu manifeste de l'Antwerp Symphony Orchestra s'est démarqué : un abandon palpable à ces partitions, dans lequel le savoir-faire et l'enthousiasme se renforçaient mutuellement.

En fin de compte, ce n'était pas une soirée pleine d'originalité qui s'est distinguée, mais une soirée de choix conséquents. Herreweghe et ses musiciens ne cherchaient pas l'effet, mais le sens ; pas de grandeur pour la grandeur, mais une musique qui, dans sa propre clarté, trouvait pleinement sa justification – simple, honnête et convaincante dans chaque détail.

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