Cette comédie musicale a été présentée pour la première fois à Broadway en 1977. Annie est devenue entre-temps un classique et s'est transformée au fil des années en une production feel-good. Bien entendu, on peut toujours rater ce genre de choses. Ce n'est certainement pas le cas ici.
Backstage Producties propose un bijou, tout est parfait : une distribution de premier plan, la musique, le décor, les costumes, les chorégraphies. Autant d'éléments qui se fondent ensemble en un ensemble qui captive le cœur. Une production qui ramène le public à la New York effervescente des années '30 avec un décor sobre mais ingénieux. Ce qui est aussi charmant : c'est une représentation intergénérationnelle où jeunes et moins jeunes brillent.
Le début de la représentation est ludique et donne le ton immédiatement : un groupe d'enfants vêtus de haillons entrent bruyamment dans la salle et rampent sans gêne sous le rideau. Quand le rideau se lève, vous vous trouvez dans le dortoir triste d'un orphelinat.
Le metteur en scène Jaak Lema a su doser chaque chose parfaitement : un peu d'amertume et un peu de douceur, l'image triste de la pauvreté à côté de l'intérieur exubérant et coloré du magnat Oliver Warbucks, des moments tranquilles à côté de dynamiques, l'avarice face à la générosité. Il y a une belle alternance avec des chants en chœur, les enfants seuls ou l'ensemble, quelques hommes ou femmes et bien sûr les beaux solos.
Les portraits psychologiques sont fortement esquissés : il y a la méchante directrice de l'orphelinat, Miss Hannigan, qui aime un peu trop la bouteille, magnifiquement incarnée par Tine Embrechts. Pas d'humour subtil et effiloché, mais pas non plus exagéré. C'est danser sur une corde molle mais elle reste parfaitement en équilibre. Elle campe la directrice ivre avec assurance, restant élégante mais dans sa version déchue. Constamment sous l'influence, légèrement éméchée, elle marche d'un pas chancelant. Une femme désabusée et une créature sans cœur. Dans sa vie, il y a peu de place pour la chaleur ou l'affection. Son seul divertissement est l'écoute de feuilletons radio romantiques. Tine Embrechts s'empare de la scène. Son interprétation est hilarante, son chant et sa danse impressionnants.
La charmante Annie, interprétée de manière attachante par Elise Lagrou, n'est pas une couarde mais une audacieuse. Enfant trouvée, elle a atterri à l'orphelinat dirigé par Miss Hannigan. Le luxe ou la chaleur sont loin. Parmi les enfants règne une grande camaraderie. Leur empathie, leur chant, leur danse et leur joie de jouer réchauffe le cœur. La pauvreté porte sur bien plus que le manque d'argent, l'absence d'accès à l'éducation et l'école, d'autres classes sociales… Annie veut échapper à cette tyrannie de Miss Hannigan, elle peut s'enfuir avec l'aide de ses amies. Elle prend soin d'un chien errant. Sa tentative d'évasion et sa recherche de ses parents échouent. Elle est arrêtée par un policier et remise à Miss Hannigan. Mais alors, les choses changent.
La secrétaire d'Oliver Warbucks, Grace Farell, cherche un enfant orphelin pour passer la période de Noël chez le riche homme d'affaires. Il veut partager sa richesse avec quelqu'un qui est moins doté. Par hasard, Annie se trouve au bureau de Miss Hannigan. Une sorte de sympathie instantanée surgit entre elle et la secrétaire, exprimée de manière gracieuse par Free Souffriau. Le monde glamoureux dans lequel elle se trouve est complètement nouveau pour Annie. Elle y éprouve aussi la sécurité que procurent des bras chauds et aimants autour d'elle. Annie est désarmante, sans rancune, mais aimante. Une moitié de médaillon et une coupure de journal montrant que ses parents la recherchent la maintiennent sur le droit chemin.
Petit à petit, un lien particulier grandit entre le vieil homme et Annie, d'autant plus qu'il y a des parallèles avec sa propre vie. Orphelin devenu milliardaire : le rêve américain. Entre toute cette agitation et cette intensité, Lucas Van den Eynde apaise les moments avec son timbre vocal profond et chaud. Il veut l'adopter. Malgré tout le confort, Annie rêve toujours d'une réunion avec ses parents biologiques. Elle est aidée de manière altruiste par Oliver Warbucks qui offre une grosse prime pour les retrouver. Le président américain, Roosevelt, est même impliqué. Les façades hypocrites et la double morale de Miss Hannigan et de son frère sont démantelées à la fin. La jeune actrice Elise Lagrou chante juste et avec tout le charme les numéros iconiques 'Demain' et 'Une vie difficile'.
Les acteurs esquissent les personnages et leur caractère avec une grande précision. Tout est bien qui finit bien. Cette comédie musicale familiale… Un incontournable.