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Message d'utilité universelle

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· 4 min de lecture
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Message d'utilité universelle

Deuxième jour de la semaine des quatuors à cordes au festival Midis-Minimes, et à nouveau un jeune quatuor français a fait son apparition. L'année dernière, le Quatuor Akilone a dû déclarer forfait parce que la deuxième violoniste ne se sentait pas tout à fait bien. Aujourd'hui, les quatre jeunes femmes se sont toutes présentées avec un Mozart sans affectation venant droit du cœur.

Sur les pupitres se trouvait l'avant-dernier des six quatuors à cordes au total Composti e Dedicati al Signor Guiseppe Haydn (1785). Vous savez, c'est le recueil qui, selon les propres termes de Mozart, était le vrai fruit d'efforts longs et épuisants. D'ailleurs, le matériel autographe montre que Wolfgang a eu le plus de mal avec le quatuor à cordes en la majeur : le Menuetto a été retouché, les variations de l'Andante ont été réarrangées et un projet alternatif pour le finale a été jeté à la poubelle. Mais le résultat final en vaut la peine. C'est Haydn himself qui, à l'occasion d'une exécution de cette musique, a confié au père Mozart : « Ich sage ihnen vor gott, als ein ehrlicher Mann, ihr Sohn ist der grösste Componist, den ich von Person und den Nahmen nach kenne: er hat geschmack, und über das die grösste Compositionswissenschaft. » Beethoven aussi s'en est montré fort impressionné et a utilisé K464 comme modèle pour son propre quatuor dans la même tonalité extrait de son opus 18. Selon le professeur John Irving, auteur d'une monographie qui est devenue classique sur les quatuors de Haydn, chaque génération découvre quelque chose de nouveau dans ces six pièces : « […] so 'universal' in its message that it allows each subsequent generation to reinterpret it according to the agenda of its own times, though without diminishing its essence. The 'Haydn' quartets continue to appeal to every time and to every taste […] » (p. 83-84).

Libre et dégagée

Cela s'est confirmé une fois de plus cet après-midi. Une salle quasi pleine attendait le Quatuor Akilone. Les attentes étaient très élevées, car on attend quelque chose du lauréat de la dernière édition (pour l'instant) du Concours International de Quatuor à Cordes de Bordeaux (2016). Et les quatre jeunes femmes n'ont pas déçu, bien au contraire. Pour vraiment comprendre la beauté de la musique de Mozart, il faut être libre et dégagée. Le quatuor s'est présenté exactement de cette manière. Tout soupçon d'affectation était exclu. La section d'ouverture à la fois galante et ingénieuse était en revanche toute raffinée. Les finesses rhétoriques de cet Allegro ont été mises en évidence de manière éloquente et se sont exprimées au mieux lors du développement étendu, avec son incessant jeu de va-et-vient entre thème et contre-thème. Des nuances dynamiques subtiles ont animé le menuet léger qui a suivi. Chaque phrase du trio a été posée avec grâce. Les points d'exclamation sonnaient sans crier, mais retenaient l'auditeur d'une main mi-douce. L'Andante est le cœur vénéré de ce quatuor : une série de six variations dans laquelle l'épaississement harmonique impose constamment de nouvelles exigences à l'ensemble. Notamment les deux premières variations se sont mises à chanter magnifiquement grâce à un vibrato bien réfléchi, bien que dans la deuxième variation les ostinatos du deuxième violon n'aient pas suffisamment ressort. Dans la quatrième variante acerbe, la nervosité a été astucieusement intensifiée aussi par un dialogue attentif entre la première violon et la violoncelliste, tandis que cette dernière semblait complètement absorbée par le pouls remarquable de la variante ultime. La finale contrapuntique (Allegro), un autre tour de force compositeur, a fourni finalement une pédale variée ; un exemple de musique alertée et énergique.

Après quelques profonds saluts – d'ailleurs parfaitement synchronisés – le Quatuor Akilone a encore proposé un bis. Par ces températures, il n'est pas opportun de relancer la vitesse, doivent avoir pensé les jeunes femmes. Et ainsi l'Adagio cantabile e sostenuto insouciant du quatrième quatuor d'opus 64 de Haydn a été présenté : un aria élaboré qui faisait rêver d'un monde meilleur.


  • QUOI : Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Quatuor à cordes n° 18 en la majeur (K464)
  • QUI : Quatuor Akilone [Emeline Concé (violon), Elise De-Bendelac (violon), Louise Desjardins (alto), Lucie Mercat (violoncelle)]
  • : Koninklijk Conservatorium, Brussel (dans le cadre du festival Midis-Minimes)
  • QUAND : mardi 31 juillet 2018
  • PHOTO : © Natacha Colmez-Collard

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