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Le compositeur Luc Brewaeys sans détour : « Shit happens ».

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· 5 min de lecture
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Le compositeur Luc Brewaeys sans détour : « Shit happens ».
© Avec l'aimable autorisation de la VRT

Dans ce livre sur Brewaeys, quelques partitions sont imprimées. Une copie de l'une d'elles se trouve toujours dans le classeur « musique » sur mon bureau. Je l'ai reçue de Katelijne Boon lorsque je préparais un Journaal item sur ce « pièce de devoir » sensationnel qu'il a écrit pour la demi-finale du Concours de chant Elisabeth 2011. C'était une commande de l'organisation belge du concours, mais le jury international du concours l'a jugée inexécutable et l'a supprimée de la pièce obligatoire. À tort, car la soprano Laure Delcampe a donné une interprétation mémorable de « speechless song, being many, seeming one » sur le texte du sonnet n° 8 de Shakespeare à BOZAR le 31 mars 2011.

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C'est une histoire que l'auteur Johan Huys raconte également en détail dans ce livre. Et c'est un ami qui raconte. On s'en aperçoit à chaque page de cette œuvre. Cela scintille dans les nombreux témoignages, conversations, citations d'interviews et d'e-mails sur la vie et l'œuvre de Brewaeys. Ce n'est pas vraiment une biographie, mais un hommage monumental, ça oui. Un portait « kaléidoscopique » en 56 petits chapitres très fluides.

Un farceur, amateur de whisky, qui aimait aussi les cigares et les repas entre amis. C'est ainsi que Johan Huys décrit ce compositeur, pianiste, chef d'orchestre et régisseur musical. Mais ce n'étaient loin de là ses seules qualités. Génial, ajoute-t-il, et l'illustre de témoignages abondants, les siens et ceux d'autres : de ses parents et son épouse, de compositeurs de son époque comme Jonathan Harvey et Annelies Van Parys, de chefs d'orchestre et d'interprètes comme Arturo Tamayo et Arne Deforce, et de son maître André Laporte. Celui-ci disait de lui : « un élève flamboyant avec une oreille musicale phénoménale » et il voulait aussi lui enseigner les « notions de contrepoint », mais « toutes ces petites règles, commandements et interdictions ne l'intéressaient pas. Il avait quelque chose d'autre à raconter ». Et c'était vrai.

Une fois la musique spectrale trouvée, il a détruit presque tout ce qu'il avait écrit auparavant. C'est le genre musical avec lequel il est caractérisé. Vous voyez un vrai aperçu dans, sur et derrière les coulisses du cerveau compositeur de Brewaeys et comment cela s'est déroulé pendant sa vie. C'est très beau à voir dans le fragment d'entretien de Brewaeys avec le musicologue Maarten Beirens sur les différentes phases de son processus de composition compliqué. On ne peut qu'admirer le travail de recherche que l'auteur a effectué pour trouver tous ces noms et surnoms, dates et lieux de premières, d'interprétations, de résidences, de festivals. Et des analyses sur ses principales œuvres, comme ses orchestrations des préludes de Debussy, son œuvre pour violoncelle Black rock unfolding et ses « Whiskystukken » (traitées dans un chapitre séparé), ses symphonies, son unique opéra L'uomo con fiore in bocca, créé à De Munt en 2007. C'était aussi l'année de son premier traitement du cancer et pas le dernier. Une lutte épuisante mais aussi acharnée, c'est certain, jusqu'à sa mort en 2015. À travers la description de tous ces travaux, vous apprenez, tragiquement, tout sur ce long chemin de souffrance que Brewaeys a parcouru. Huys appelle son œuvre « une biographie transposée en son », sa vraie bio. C'est pourquoi il était toujours occupé à faire des plans d'avenir, interrompus par des périodes de maladie, des opérations, des rétablissements, des rechutes. Beaucoup est resté inachevé. Il était rationnel et pragmatique là-dedans, mais aimait toujours vivre avec avidité. Comme cela a souvent été écrit : il avait un sens particulier de l'« h(t)umour ». Il pouvait chercher les limites extrêmes dans à peu près tout ce qu'il faisait, c'est indiqué ici. Ce livre contient assez de passages touchants, avec des fragments de conversations avec sa femme et son médecin personnel, parfois décemment intimes. Huys cite Brewaeys sur sa composition « E pur si muove » : « Et pourtant j'écris de la musique, même si je suis malade et je resterai malade ».

Il est remarquable comment tout au long du livre apparaissent les noms de personnes qui ont motivé Brewaeys. Le leitmotiv en tête du livre est donc très approprié. Une citation de l'artiste Gerhard Richter : « je n'ai pas de motif, seulement de la motivation ».

Après la lecture de ce livre extrêmement captivant, vous réalisez – peut-être trop tard – que, vraiment, Luc Brewaeys était peut-être difficile et complexe, mais c'était quelqu'un de génial.


ndlr : Luc Brewaeys a ajouté une dimension supplémentaire à Klassiek Centraal. Mi-décembre 2008, le magazine, porté par Koen et Ludwig, a reçu un mail. Avec des éloges sur l'initiative et le contenu et une demande s'il pouvait collaborer, bénévolement. Pour notre jeune magazine, c'était une reconnaissance qui surpassait toutes les autres. Il est devenu immédiatement le premier collaborateur en dehors des initiateurs. Hélas, la collaboration ne s'est pas déroulée comme Luc et nous l'aurions souhaité. Le vilain cancer, qui frapperait aussi Koen, a jeté une clé à molette dans la collaboration. Après 1,5 an de collaboration, nous avons nommé Luc Rédacteur honoraire lors de la célébration Cinq ans Klassiek Centraal à l'hôtel de ville de Bruxelles. Luc ne pouvait pas y être. Lucrèce Maeckelberg et le regretté Wim Henderickx ont apporté le certificat à Luc à la maison. Entre les cigares et le whisky, bien sûr. Wim, Koen et Luc ne sont plus parmi nous, mais ne nous lâchent pas. Chacun à leur manière est une source d'inspiration pour nous de continuer. Oui Luc, sois tranquille, on continue à y aller, aussi grâce à toi !

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