S'il devait y avoir un jour un Prix Nobel de Musique, il devrait être décerné à bon droit à Raimund Lissy. Vous ne le connaissez pas ? C'est possible. Mais regardez donc le célèbre Concert du Nouvel An de la Wiener Philharmoniker.
Vous le verrez en tant que chef des 2e violons. Et les autres membres du Lissy Quartett Wien, qu'il a fondé en 2008, excellent aussi dans le paysage musical viennois. L'altiste Robert Bauerstatter a fait carrière : en 2004, chef de la section des altos à la Wiener Staatsoper, il est devenu membre de la Wiener Philharmoniker. La violoncelliste Maria Grün fait partie depuis 2014 de la section des violoncelles de la Wiener Philharmoniker. La violoniste Regina Brandstätter a choisi une carrière pédagogique, la musique de chambre et les récitals en solo.
Pour leur concert en l'église Sint-Pieter-en-Paulkerk dans le cadre du cycle Amazing Haydn, le quatuor a été renforcé par la pianiste Srebra Gelleva, active à Vienne et bien au-delà en tant que professeure, chambriste et soliste.
Cinq musiciens de talent, au service de Haydn, Mozart, de Balduin Sulzer décédé cette année et... Joseph Mayseder. Que ce nom ne suscite que des points d'interrogation est une véritable honte, dont notre enseignement musical, la radio, les médias et les organisations de concerts doivent se partager la responsabilité.
Car il y a beaucoup à dire sur ce Mayseder. Raimund Lissy, qui l'a redécouvert, a écrit à ce sujet un gros livre qui sera bientôt disponible sur Amazon. Mayseder, qui a vécu de 1789 à 1863, a activement croisé la route de tous ceux qui avaient un nom à Vienne, Paris et en Italie : Wranitzky, Haydn, Salieri, Kozeluch,
Schuppanzigh, Schubert, Czerny, Spohr, Beethoven, Hummel, Giuliani, Moscheles, Baillot, Viotti, Kreutzer, Cherubini, Vieuxtemps, les Schumann, Liszt, Carl Loewe, Meyerbeer, Chopin... Ce n'étaient pas des rencontres fortuites, mais une collaboration musicale avec un virtuose du violon hautement estimé par Paganini, qui en 1827, avec Schubert, Czerny et Grillparzer, était porteur de torche à l'enterrement de Beethoven et qui a reçu à Vienne une tombe d'honneur et une Maysedergasse.
D'ailleurs, Mayseder lui-même avait aussi beaucoup à dire, en notes. De son riche catalogue, Gramola a publié un CD avec ses trois Concertos pour violon et trois CD de musique de chambre.
De cette musique de chambre, Raimund Lissy en a retenu trois œuvres exquises.
Dans le premier Quatuor à cordes, une œuvre prometteuse d'un jeune homme de seize ans, l'influence de Beethoven ne faisait aucun doute. Bien que le son soit encore un peu scolaire, l'expérimentation juvénile de Mayseder exigeait néanmoins une virtuosité extrême du violon et il parlait déjà sa propre langue romantique dans l'Adagio. Le rondo final était tout simplement charmant.
De 1806 à 1820. C'est alors que Mayseder composa son attachant premier Trio avec piano, plein de mélodies séduisantes, de parties de piano ludiques, d'effets surprenants comme les pizzicati et le col legno et l'occasion d'admirer la sonorité chaleureuse de l'altiste Robert Bauerstatter.
Un plaisir identique a conclu le concert : les Variations concertantes d'une vingtaine d'années plus tard.
Ici, l'originalité était maître et une exubérance virtuose, à laquelle la pianiste Srebra Gelleva a clairement participé.
Le bis aussi était la preuve éclatante que les Autrichiens ont plus de talent que nous pour tout ce que la musique classique a à offrir. Ils ont fièrement présenté un joyau sans pareil de Richard Strauss : Liebesliedchen.
- QUOI : Concert Amazing Haydn avec des œuvres de Haydn, Mozart, Mayseder, Sulzer
- QUI : Lissy Quartett Wien
- OÙ & QUAND : Église Sint-Pieter-en-Paulkerk Mechelen, 12 octobre 2019
- PHOTOS : © Carine Peeraer