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Duos finement accordés de Davidsfonds et SWUK

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· 5 min de lecture
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Duos finement accordés de Davidsfonds et SWUK

Veronique De Raedemaeker est une jeune violoniste, cette année l'une des vingtaines chez Radio Klara. Un nom qui ces dernières années réapparaît comme un jeune talent prometteur. Elle a déjà remporté de nombreux prix et l'année dernière a obtenu le Konzertexamen à la Musikhochschule Koln auprès de Mikhail Ovrutsky avec summa cum laude. D'ailleurs, pas seulement pour le violon, mais aussi pour l'interprétation de la Neue Musik.

Avec la harpiste Mathilde Wauters, qui s'est également fait un nom ces dernières années, elle a joué un récital à l'Église Notre-Dame de Mariakerke, sous les auspices du Davidsfonds Mariakerke et de SWUK. Au programme : des compositeurs français de la belle époque : Debussy, Ravel, Jean Cras, Fauré, ainsi que Chopin, Saint-Saëns et quelques noms inconnus.

SWUK signifie œuvres sociales des artistes exécutants en Flandre. Depuis 2010, ils ont lancé beaucoup de jeunes talents. On peut prendre cela presque littéralement. Certains parmi eux, comme la clarinettiste Annelien Van Wauwe et la harpiste Anneleen Lenaerts, font une carrière internationale.

Phénomène rare

17 mars, Saint Patrick's Day, fête nationale de l'Irlande. Ce pourrait aussi être le Jour de la Harpe. Le violon et la harpe est bien sûr moins fréquent que le violon et le piano, mais a son propre charme intime. La harpe est un peu un phénomène rare dans la musique classique. On les voit parfois dans l'orchestre. Les concertos pour harpe ne sont pas souvent exécutés. Le tintement et le tintamarre de la harpe ont quelque chose de féerique. Que la harpe en tant qu'instrument soit moins prise au sérieux qu'un violon ou un piano est un peu exagéré, mais il y a quelque chose. La Concours Reine Élisabeth pour la harpe, peu de gens pourraient l'imaginer. Mathilde Wauters a brisé cette image aujourd'hui.

Avant même qu'elle ne place le violon sous son menton, le sourire charmant de Veronique De Raedemaeker frappe. Une apparition rayonnante qui captive le public avant même qu'elle ne commence à jouer. Un sourire assuré qui disparaît et laisse place à une profonde gravité aux premières notes. Le timbre de son violon, construit par le luthier allemand Stefan-Peter Greiner en 2005, frappe immédiatement. Un son granuleux, un son particulier qui a du relief. Un son de violon puissant avec lequel elle crée de belles phrases, tantôt lyriques, tantôt gaies, tantôt agitées.

Flèche

Ils jouent une suite et un duo de Jean Cras, c'est indiqué au programme. Après la pièce, Mathilde Wauters prend la parole : nous vous avons induits en erreur, car c'était la Fantaisie pour violon et harpe de Camille Saint-Saëns, qui était la dernière pièce du livret. Cela sonnait pourtant peu saënsien, rêveur impressionniste comme nous n'en avons pas l'habitude. Ils poursuivent avec des transcriptions de mélodies de Debussy et des variations de Chopin. Ensuite, Veronique prend brièvement la parole pour annoncer la célèbre Pavane pour une enfante défunte de Ravel. Elles la dédient à tous les enfants qui meurent aujourd'hui dans le monde de la faim et de la guerre. Après l'Après un rêve de Gabriel Fauré, je suis complètement pris dans les rêves de la belle époque, touché et enveloppé par le jeu gracieux et le charme envoûtant de cette violoniste extraordinaire. Je ne serai pas le seul homme du public à avoir senti son archet comme une flèche au cœur.

Baleine

C'est surtout dans ces pièces sereines et lyriques qu'elle joue si magnifiquement, je suppose. Cela ressort encore une fois dans la pièce encore plus connue après l'intermède : Spiegel im Spiegel d'Arvo Pärt. Elle la joue avec une maîtrise et une incantation presque surnaturelles. Glaçant, sans trop miser sur un effet senza vibrato. La pièce dure dix longues minutes hyper sereines. Nous sommes sur un champ de glace, au loin nous voyons quelques ours polaires, tout près une baleine emerge. Quand les dernières notes se sont éteintes, c'est le silence total. Nous sommes cloués sur place par autant de sérénité, de maîtrise, de beauté glaçante.

Mathilde joue ensuite une œuvre de Marcel Tournier pour harpe solo. Fascinant de voir comment elle pince et caresse les cordes avec virtuosité et grâce, comment elle actionne les pédales avec ses pieds comme un organiste le fait toujours. Elle me persuade de la richesse et du raffinement du jeu de harpe. Si j'ai senti une flèche au cœur chez Veronique, la harpiste Mathilde Wauters m'émeut tout autant, mais d'une manière totalement différente. La harpe est aussi un instrument beaucoup plus lourd. Un instant, je me sens comme la baleine touchée par son harpon.

Ange

Avec la dernière œuvre, nous sommes de nouveau en haute mer, car Jean Cras était outre compositeur aussi amiral de la marine française. On entend toujours les vagues et le vent marin dans son œuvre. Les vagues avec lesquelles Veronique et Mathilde nous ont emportés pendant plus d'une heure dans ce voyage aventureux à travers la belle époque.

J'aimerais bien les entendre dans une œuvre d'une autre période, me dis-je, et j'achète après le concert un cd dans lequel Veronique De Raedemaeker joue Ysaÿe et Prokofiev. Le cd MALINCONIA a été salué comme Choix de Klara en 2020. Très bien joué, mais dans le Prokofiev je manque un peu de feu. L'Allegro brusco de la première sonate de Prokofiev par exemple, il faut vraiment y aller comme un démon. Là, je n'entends et ne vois en pensée une violoniste comme Patricia Kopatchinskaya. C'est un peu moins le répertoire d'un ange comme Veronique De Raedemaeker.

  • QUOI : Duos pour violon et harpe
  • QUI : Violoniste Veronique De Raedemaeker et harpiste Mathilde Wauters
  • ORGANISATION : Davidsfonds et SWUK
  • OÙ & QUAND : 17 mars 2024, Église Notre-Dame de Mariakerke
  • PHOTOS : © Pieter Van Haute
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