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Né avec la forme de sonate : les premières sonates de Medtner par Diego Petrella

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· 8 min de lecture
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Né avec la forme de sonate : les premières sonates de Medtner par Diego Petrella

Il y a des compositeurs qui ne se trouvent qu'après des années d'errance, et il y en a d'autres qui, comme Nikolaj Medtner (1880-1951), apportent déjà une voix presque adulte au moment où ils parlent pour la première fois. Taneyev, son maître au Conservatoire de Moscou, aurait un jour dit que Medtner « était né avec la forme sonate » – une affirmation qui, après l'écoute de ce nouvel enregistrement de Diego Petrella, ne semble nullement exagérée. À une époque où la vie musicale russe était dominée par l'imagination orchestrale colorée de Rimski-Korsakov, les mondes dramatiques de Tsjaikovski et plus tard le langage sonore révolutionnaire de Skrjabin, Medtner a choisi une autre voie : celle de la musique absolue, enracinée dans les formes classiques mais imprégnée d'un univers émotionnel russe prononcé. Da Vinci Classics réunit avec Piano Sonatas I la Sonate en fa mineur op. 5, la Triade complète de sonates op. 11 et la Sonate en sol mineur op. 22 : non pas un florilège arbitraire, mais la chronique d'une vocation qui s'accomplit en l'espace de quelques années.

Les premiers contours d'un maître

Celui qui écoute pour la première fois la Sonate en fa mineur op. 5 de Medtner remarque immédiatement qu'il ne s'agit pas ici d'un débutant qui cherche encore sa voix. Les quatre mouvements – inhabituels pour un compositeur qui louerait plus tard justement l'unité organique de la sonate – révèlent un jeune Medtner qui expérimente encore avec la multiplicité classique, mais qui possède déjà un sentiment remarquable pour le développement thématique et la cohérence interne. L'Allegro d'ouverture se débat avec des questions inquiètes qui ne trouvent pas de réponse, parsemé de ces figures de cloches résonnantes qui sont si caractéristiques de l'imagination russe. Petrella résiste à la tentation de forcer immédiatement cela jusqu'à un climax ; il laisse la tension respirer, donne aux silences entre les phrases autant de poids qu'aux notes elles-mêmes.

L'Intermezzo : Allegro qui suit révèle un autre aspect de la personnalité de Medtner : plus léger, plus mobile et presque ludique, mais jamais sans une nervosité sous-jacente. Petrella trouve ici exactement le bon ton entre l'élégance et la tension interne ; la virtuosité reste transparente et vivante, tandis que les courants sombres de la musique ne sont pas lissés. Dans le Largo divoto, où la musique se plie ensuite en une sorte de sarabande sacrée, le pianiste sait trouver cette lourdeur chorale sans se figer dans la dévotion – un équilibre que ne tous les interprètes de Medtner ne maîtrisent. Ici, Petrella sonne particulièrement convaincant : là où la musique tend vers le silence, il la laisse s'éteindre sans perdre sa tension ; là où la mélodie saisit à la gorge, l'émotion naît non pas par l'emphase, mais par une compréhension profonde du mouvement intérieur de la phrase.

La Finale : Allegro risoluto ne forme pas un dénouement simplement triomphal, mais un dernier affrontement où l'énergie du mouvement d'ouverture et la gravité contenue du Largo divoto se rencontrent. Petrella choisit une conclusion résolue mais jamais superficielle : la force rythmique reste liée à la ligne dramatique de toute l'œuvre. Là où la musique doit devenir tempétueuse, il la laisse éclater ; là où le doute et la tension restent cachés derrière la virtuosité, il les maintient perceptibles. Il n'en résulte pas une démonstration de maîtrise pianistique, mais le portrait d'un jeune compositeur qui sait déjà, dans sa première sonate publiée, unir un monde de contrastes et qui a trouvé en Petrella un interprète qui ramène ce monde précoce à la vie avec une perspective nouvelle et une compréhension profonde.

Un retable en trois panneaux

La Triade de sonates op. 11 est peut-être le cœur de ce disque, et ce n'est pas un hasard. Inspirées par le poème Aussöhnung de Goethe, ces trois sonates autonomes – écoutées l'une après l'autre – donnent l'impression de trois panneaux d'un même retable. La réconciliation – entre le combat et le repos, entre l'obscurité et la lumière – constitue la dramaturgie cachée du cycle, à la fois poétiquement et musicalement. Ici, Medtner sonde continuellement les limites de la capacité pianistique, sans que la virtuosité ne se détache jamais de la nécessité expressive. Les défis techniques – la polyphonie complexe, le rythme stratifié, l'interaction continue entre des voix qui se complètent, se contredisent et se retrouvent – ne sont pas pour lui des obstacles à surmonter, mais des moyens par lesquels un monde intérieur est révélé.

C'est précisément dans cette interaction continue entre la virtuosité extérieure et la nécessité intérieure que réside le défi de ce cycle. Petrella démontre ici non seulement une maîtrise technique stupéfiante, mais surtout la capacité à soumettre chaque difficulté de la partition à la pensée musicale qui la sous-tend. Son jeu possède la clarté pour rendre audible l'architecture contrapuntique souvent dense de Medtner, mais aussi la liberté de laisser la musique respirer et parler. Nulle part on n'a l'impression que le pianiste veut étaler les obstacles techniques de la partition ; au contraire, précisément parce que tout semble si naturel, il devient clair combien de contrôle, de perspicacité et d'imagination se cachent derrière cette interprétation. Pour Petrella, la virtuosité n'est jamais une fin en soi, mais un moyen de déverrouiller les nombreuses couches de l'univers musical de Medtner.

La première sonate de la triade, en si bémol majeur, s'ouvre avec une simplicité presque enfantine que Petrella ne laisse jamais sonner naïve – ici la joie est gagnée, non donnée. Sous la clarté apparente, on ressent constamment le souvenir du combat qui l'a précédée ; le pianiste fait entendre que la lyrique de Medtner n'est jamais superficielle, mais toujours nourrie par une conscience plus profonde de la fragilité humaine. Dans la Sonate-Élégie en ré mineur, le point focal émotionnel de la triade, Petrella sait colorer l'ombre du Dies irae avec une telle retenue qu'elle devient plutôt un souvenir qu'une citation. Les couleurs sombres, les longs arcs de tension et les moments contenues acquièrent chez lui une intensité naturelle : nulle part la tragédie n'est exagérée, mais c'est justement pour cela qu'elle frappe d'autant plus fort.

Et la troisième sonate, en do majeur, con passione innocente – une indication que peu de pianistes osent prendre littéralement – sonne véritablement innocente chez Petrella, sans jamais devenir sotte. Ici aussi, ce qui persuade n'est pas seulement l'agilité des doigts stupéfiante avec laquelle le pianiste maîtrise les passages les plus exigeants, mais surtout la manière dont il fait entendre une intention derrière chaque note. Les mouvements virtuoses acquièrent quelque chose d'une joie spontanée, comme si la musique se découvrait elle-même en sonnant. Chez Petrella, cette sonate finale ne devient pas une libération superficielle, mais le point terminal naturel d'un chemin musical où le combat, la réflexion et la joie finissent par se fondre en un tout.

Vers la sonate organique

Avec la Sonate en sol mineur op. 22, Medtner opte pour un arc musical ininterrompu dans lequel les ténèbres et la lumière, le doute et la conviction, l'apaisement et l'explosion semblent s'écouler organiquement les uns des autres. Le fait que cette sonate soit devenue plus tard l'œuvre la plus jouée de Medtner n'a guère à surprendre. À partir de l'ouverture sombre Tenebroso, toute la sonate semble déjà contenue dans le geste d'ouverture. Petrella laisse cet arc de tension long se déployer presque organiquement, comme si chaque nouvelle idée découlait inévitablement de ce qui l'avait précédée. Il refuse de diviser la musique en épisodes isolés, mais veille constamment à sa grande architecture, de sorte que la forme ininterrompue conserve toute sa force de conviction. Son jeu reste remarquablement clair : même dans les passages les plus densément écrits, les différentes voix conservent leurs propres contours, sans que le flux naturel de la musique ne soit jamais interrompu.

À cette clarté, Petrella ajoute un sens infaillible du dosage. Les points culminants ne sont jamais joués prématurément ou lancés avec emphase, mais se développent naturellement à partir du matériau précédent. Les passages sombres conservent leur intensité menaçante sans devenir pesants, tandis que les moments lyriques émettent d'autant plus de lumière. Ici aussi, la technique impressionnante de Petrella n'est jamais une fin en soi, mais un moyen naturel de rendre la grande ligne de tension de Medtner audible. Cette sonate ne se déploie donc pas comme une succession de moments pianistiques impressionnants, mais comme une seule pensée musicale respirante qui conserve sa logique interne de la première à la dernière mesure.

Un dialogue vivant avec Medtner

Diego Petrella n'est pas le nom qui s'impose pour ce répertoire. Formé au Conservatoire de Milan et façonné artistiquement par ses rencontres avec Sylvano Bussotti et les traditions expérimentales autour de Fluxus, entre autres, il apporte un bagage musical qui semble très éloigné du monde tardromantique de Medtner. C'est justement cette distance apparente au monde de Medtner qui s'avère être la plus grande force de cet enregistrement. Petrella n'aborde pas cette musique comme un monument historique qui doit être respectueusement reconstruit, mais comme une partition vivante qui prend sens à nouveau à chaque moment de l'exécution. De ce fait, son interprétation reste constamment en mouvement : analytique là où la structure l'exige, libre là où la musique a besoin d'espace, mais toujours fidèle au développement organique qui rend les sonates de Medtner si uniques.

Que cet enregistrement détrônera les références établies – on pense à Hamelin ou Demidenko – est moins important que la question de la place qu'il occupera dans la discographie grandissante de Medtner. En tant que premier volet d'une intégrale prévue, c'est avant tout une visite de carte très prometteuse. Petrella traite ces sonates précoces non pas comme des œuvres de jeunesse dans lesquelles le maître ultérieur s'annonce prudemment, mais comme des mondes musicaux complètement élaborés, dont chacun possède son propre caractère et sa propre dramaturgie. Ce faisant, Petrella fait entendre de manière convaincante pourquoi ces sonates, et leur compositeur, méritent une place bien plus en évidence dans le grand répertoire pianistique. Celui qui écoute ce disque n'entend pas seulement un jeune Medtner parlant déjà sa propre langue de manière surprenamment complète, mais aussi un pianiste qui donne une voix à cette langue si naturellement qu'elle ne sonne plus guère comme une curiosité historique, mais comme de la musique vivante qui a toujours quelque chose d'essentiel à nous dire aujourd'hui.

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