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L'orgue Jean-Baptiste Le Picard de Vlierbeek fête son anniversaire sur disque

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· 7 min de lecture
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L'orgue Jean-Baptiste Le Picard de Vlierbeek fête son anniversaire sur disque
© Jan Crab, KIK-IRPA

À l'occasion du 900e anniversaire de l'Abbaye de Vlierbeek en 2025, un cd particulier a vu le jour qui met en lumière l'orgue Jean-Baptiste Le Picard sous tous ses aspects. L'organiste titulaire Paul Van Hooff fait parler l'instrument. L'enregistrement est en outre soutenu par les voix de l'ensemble Currende sous la direction d'Erik Van Nevel et enrichi par les contributions d'Odette Meyers (flûte à bec), Ludo Joly (contrebasse) et François Fernandez (violon).

L'Abbaye de Vlierbeek : neuf siècles de spiritualité, d'art et de nature

L'Abbaye de Vlierbeek, fondée en 1125, se trouve juste à l'extérieur de Louvain dans un cadre rural et fait partie des plus anciennes abbayes bénédictines des Flandres. Au fil des siècles, elle a été non seulement un centre religieux, mais aussi un carrefour culturel. Les guerres, les bouleversements politiques et la sécularisation ont laissé leurs traces, mais l'abbaye est restée un lieu de prière, d'étude et d'art.

Musicalement aussi, cette tradition perdure : pendant des siècles, la liturgie y a été portée par la musique chorale et l'orgue. L'orgue Le Picard en est le symbole sonore.

Un joyau de l'école liégeoise

L'orgue a été construit vers 1737 par Jean-Baptiste Le Picard (1706–1779), membre d'une famille de facteurs d'orgues du nord de la France qui s'est établie à Liège. Le Picard a perfectionné la tradition liégeoise de l'orgue et a étendu avec succès son domaine d'activité au Brabant. L'instrument de Vlierbeek compte 869 tuyaux, dont 855 parlants et 14 tuyaux de décoration dans les tours latérales, incluant le Rossignol caractéristique. En 1739, suit l'inspection officielle ; en 2008, l'orgue a été entièrement restauré.

Caractéristiques de ce style liégeois sont les jeux de fond chauds et porteurs, les jeux d'anche raffinés – jamais agressifs – et un mélange tonal élégant qui unit la finesse française à la profondeur du sud des Pays-Bas. Le résultat est un instrument qui excelle à la fois en tant que soliste et en ensemble, et qui est extrêmement approprié pour l'alternance entre la musique vocale et la musique instrumentale.

Paul Van Hooff – inspirateur, interprète et gardien de l'instrument

Au cœur de ce projet se trouve Paul Van Hooff (°1955), organiste titulaire de l'Abbaye de Vlierbeek et l'un des plus importants défenseurs du patrimoine d'orgues belges historiques. Son jeu sur l'orgue Jean-Baptiste Le Picard témoigne d'une connaissance approfondie à la fois de la construction et des possibilités de l'instrument et de l'idiome stylistique dans lequel cette musique a été créée. Van Hooff n'aborde pas l'orgue uniquement comme source de sons, mais comme un organisme liturgique et historique.

Sur ce cd, il joue non seulement le rôle d'exécutant, mais aussi de guide à travers trois siècles de tradition musicale et spirituelle. Ses interprétations jettent un pont entre le passé et le présent et font de cet enregistrement bien plus qu'un document : c'est un dialogue vivant entre l'instrument, l'espace et la communauté.

Un cd comme voyage à travers trois siècles – et une expérience d'écoute surprenante

Avec les cd d'orgue, il existe souvent la crainte qu'ils sonnent trop lourds ou massifs dans le salon, mais ce n'est absolument pas le cas avec cet enregistrement. Van Hooff explique dans l'introduction qu'il a consciemment évité le chemin battu de la musique baroque française standard et a choisi de mettre au jour le répertoire oublié des bibliothèques. Aussi, la collaboration avec d'autres musiciens a été consciemment choisie, ce qui fait que l'ensemble ne sonne pas lourd, mais reste au contraire continuellement captivant pour un large public.

Le cd s'ouvre symboliquement lors de la mise en service de l'orgue le 21 février 1739. Les voix féminines cristallines lancent le Salve Regina grégorien (11e siècle), en alternatim alterné avec les versets d'orgue joyeux du Prélude et versets de Joannes Jacobus Robson (1723–1785). Ce choix n'est absolument pas fortuit : l'église abbatiale a toujours été sous la protection de Notre-Dame. Ainsi, l'auditeur est immédiatement éloigné de l'agitation du quotidien, vers un espace intemporel de paix et de contemplation. En même temps, l'œuvre de Robson offre une première approche du riche monde de sonorités et de couleurs de l'instrument, qui résonne ici dans toute sa polyvalence.

Parce que de nombreux organistes du 18e siècle jouaient aussi du clavecin, il est frappant de constater que certaines œuvres pour orgue pourraient tout aussi bien être jouées au clavecin, comme l'aimable Andante de Dieudonné Raick (1703–1764).

Dans les compositions anonymes du 18e siècle du Manuscrit du Carillon de Louvain, c'est surtout l'atmosphère légère et pastorale qui frappe. Pendant ces petites pièces, clairement inspirées par la vie rurale simple, d'autres registres de l'orgue sonnent, la Voix humaine résonnant presque comme une cornemuse. Les transcriptions sont en outre travaillées de sorte qu'elles sont accompagnées par la flûte à bec à côté de l'orgue, ce qui donne un caractère plaisant et charmant à l'ensemble.

Motets et perles pastorales

Les motets de Franciscus Krafft (1729–1795) forment un contraste captivant. Crudelis Herodes, chanté avec raffinement par les voix féminines – Krafft disposait de huit béguines – sonne délicieusement, malgré le contexte biblique violent, une tension intrigante qui invite à la réflexion. Alma Redemptoris Mater est plus ambitieux et expressif, tant vocalement qu'émotionnellement. Les menuets qui s'intercalent sont festifs et de véritables délices pour l'oreille. Le livret du cd montre que Van Hooff est fasciné depuis des années par ce compositeur, qui travaillait au Grand Béguinage de Louvain ; son enthousiasme éveille la curiosité pour le livre qu'il écrira sur Krafft, car son œuvre mérite incontestablement plus d'attention. Le Divertimento Notturno de Krafft est une musique élégante et gracieuse, idéale pour terminer la journée, avec une touche subtile d'humour qui résonne de manière ludique à travers la musique.

Dix-neuvième siècle et présent : foi et couleur sonore

De la Missa Terza de Nicholas Henry Joseph Bodson (1766–1829) émane un Kyrie délicieux avec une belle ligne de chant, et le Pie Jesu est raffiné et chaud. Sa musique a été largement appréciée au XIXe siècle. Bien que Bodson soit connu pour ses hymnes révolutionnaires, ces messes sonnent plutôt conventionnelles. Sur le plan compositif, c'est prévisible, bien que l'orgue, accompagné de la contrebasse, marque parfois des accents clairs, voire légèrement mordants dans le Pie Jesu, tandis que les lignes vocales restent retenues.

Les œuvres du XIXe siècle de Petrus Ruelens (1799–1847) et Felix Ruelens (1833–1908) respirent une sensibilité religieuse prononcée, dans laquelle la foi reprend une place centrale. O sacrum convivium sonne si retenu qu'il pourrait presque passer pour un chant de Noël silencieux. Cette musique marque un glissement de la rhétorique baroque vers une piété plus lyrique et proto-romantique. Le livret du cd explique longuement leur histoire familiale. Nous apprenons que les Ruelens ont surtout composé de la musique pour le culte local, sans intention de diffuser leurs œuvres. Grâce à un don, Van Hooff dispose maintenant de cette précieuse collection de musique simple mais émouvante.

Maîtrise remarquable de l'art de la registration et couleurs sonores contemporaines

Dans le programme complet, l'art de la registration mesuré mais expressif de Van Hooff se distingue : il exploite toutes les teintes et nuances dynamiques de l'orgue sans jamais tomber dans la recherche d'effet, ce qui rend la musique transparente et intime. Les courtes pièces contemporaines que Van Hooff a composées en 2008 pour la bénédiction de l'orgue restauré sont particulièrement convaincantes. Elles montrent comment un idiome musical moderne peut s'harmoniser sans effort avec un instrument historique, dont il met en évidence la polyvalence avec des couleurs sonores raffinées.

Qualité de l'enregistrement et présentation

L'enregistrement restitue parfaitement l'acoustique de l'église abbatiale, sans tomber dans une réverbération excessive. L'équilibre entre chœur, orgue et autres instruments est exemplaire – un éloge certain pour les techniciens d'enregistrement.

Le livret bilingue du cd (néerlandais et anglais) contient des textes informatifs et agréables à lire qui guident l'auditeur à travers l'histoire de l'abbaye, de l'orgue et du répertoire. Seul dommage que les textes chantés eux-mêmes ne soient pas reproduits.

Un trésor musical – et espérons-le un début

Ce cd est plus qu'un enregistrement : c'est un voyage à travers trois siècles de musique, une redécouverte du répertoire oublié et un hommage à un instrument qui n'a guère son égal. L'auditeur est chaleureusement accueilli dans le monde sonore riche de l'Abbaye de Vlierbeek, et il semble aller de soi que d'autres trésors attendent d'être découverts. Le Grand Orgue Jean-Baptiste Le Picard laisse entendre – des siècles après ses origines – dans cet enregistrement comment la musique peut faire respirer la pierre et donner vie à l'histoire.

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