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Isil Bengi guide Hoegaarden à travers les eaux courantes

J
· 3 min de lecture
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Isil Bengi guide Hoegaarden à travers les eaux courantes

Le concert d'Isil Bengi dimanche 18 janvier a laissé une impression profonde et durable. L'après-midi s'est déroulé à la Sint-Rochuskapel, située à Mariadal à Hoegaarden, et a été organisé par Klassiek in de Kapel. Dans cet espace intime et acoustiquement chaleureux, s'est déployé un voyage musical soigneusement construit, où l'eau servait d'image de liaison : flux et immobilité, force et vulnérabilité.

Dès les premières notes, il était clair qu'il ne s'agissait pas d'un simple récital décousu, mais d'un programme ayant une forte cohérence intérieure. Dans des œuvres telles que la Chanson de la folle au bord de la mer d'Alkan et l'Eau dormante de Massenet, l'eau résonnait comme une métaphore du mouvement intérieur et de l'immobilité. Cette atmosphère s'est approfondie dans l'univers sonore discret des Intermezzis de Brahms et de l'Une larme de Moussorgski. Le silence dans la chapelle était palpable et portait l'écoute, chaque nuance se détachant nettement dans l'espace.

Au début du concert, Isil Bengi elle-même a fourni une brève explication du programme. Elle a notamment fait référence à la figure tragique de Julian Scriabine, dont la vie s'est interrompue brutalement quand son corps a été retrouvé dans le Dniepr à l'âge de onze ans. En hommage à ce compositeur prometteur mais décédé trop tôt, elle avait délibérément inclus l'une de ses œuvres au programme. Ce contexte a donné à l'écoute qui a suivi une couche supplémentaire, dans laquelle la fragilité et l'intensité allaient de pair.

Ce qui a suivi a été un concert porté par la concentration, la nuance et une forte tension intérieure. La Kara Toprak de Fazıl Say, qu'Isil avait délibérément placée plus tôt dans le programme, a eu un effet immédiat et profond. La présence physique de la musique, combinée à sa maîtrise technique énorme, a captivé complètement le public dès les premières mesures. C'était une musique qui ne sonnait pas seulement, mais devenait palpable, et où la tension et l'énergie continuaient à bouillonner sous la surface.

Même dans le répertoire moins connu, comme les miniatures d'Ulvi Cemal Erkin et les courtes pièces de Komitas, Isil Bengi a su dessiner un parcours musical clair. Son jeu est resté toujours ciblé et au service de la musique, avec un contrôle naturel du son, du timing et de la dynamique. Le public a suivi cette ligne attentivement et visiblement captivé.

À mesure que le concert avançait, il devint de plus en plus clair à quel point Isil Bengi maîtrisait l'instrument, non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen de construire et de faire respirer un monde sonore. Dans la dernière pièce, The Tides of Manaunaun d'Henry Cowell, tout s'est réuni. Les champs sonores massifs et les mouvements ondulants ont été mis en place avec une assurance impressionnante, et à nouveau le public a été fasciné par la combinaison de la force physique et du contrôle absolu. Pourtant, c'était surtout sa concentration et son implication intense qui sont restées : un jeu qui emportait complètement l'auditeur dans le souffle et le mouvement de la musique.

Le silence après la dernière note en disait long, avant même d'être rompu par un applaudissement prolongé qui s'est transformé en une ovation debout. Dans l'espace discret de la Sint-Rochuskapel, à Mariadal à Hoegaarden, ce moment est devenu un accord final partagé. Il était clair que ce concert avait été pour beaucoup plus qu'un événement musical : une expérience qui s'était lentement construite et qui, une fois terminée, a continué à résonner longtemps.

Tags concert
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