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Critiques

Julius Asal - Scriabin Scarlatti

A
· 3 min de lecture
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Julius Asal - Scriabin Scarlatti
© Deutsche Grammophon

Il semble à première vue une composition étrangement disparate, avec les œuvres pour piano de Domenico Scarlatti et d'Aleksandr Skrjabin entrelacées, mais bien sûr, le pianiste allemand Julius Asal (*1997) y a bien réfléchi pour son album de débuts. Il a - c'est éclatant de clarté - d'une manière inventive et unique réuni ces deux mondes totalement différents l'un de l'autre de façon insurpassable. Ce qui découle à la fois de la construction raffinée et judicieusement choisie et de - à en juger par le son - deux pianos de concert d'un son assez différent l'un de l'autre, le choix dépendant de ce que le pianiste a entre les mains ici : Skrjabin (plus sombre, avec une plus grande sonorité) ou Scarlatti (plus léger, plus transparent dans le ton). Dans les notes de présentation, je n'ai cependant pu y lire rien à ce sujet, chose étrange.

Le fragment d'ouverture et de conclusion de ce disque n'est pas, comme je l'ai lu dans une critique ailleurs, le quatrième mouvement de la Sonate pour piano en fa de Skrjabin, op. 6, mais seulement le court « Quasi niente » qui en est tiré, ici dans le double rôle de prologue (légèrement reformulé par Asal par rapport à l'original reproduit ci-dessous) et d'épilogue (selon la partition imprimée).

Ce « quasi néant » doit être joué aussi doucement que possible : pppp. Il revient ensuite, mais cette fois sans intervention d'Asal, dans la section intermédiaire de ce récital, faisant partie de la section finale de la sonate intégralement exécutée (1. Allegro con fuoco ; 2. [Adagio] ; 3. Presto ; 4. Funèbre).

Un élément de liaison et de logique est fourni par les tonalités, et là où la transition entre les pièces aurait conduit à un fossé considérable et indésirable de style ou d'émotion, les « transitions » conçues par le pianiste lui-même.

Asal a voulu « modeler » le programme dans son ensemble de façon fluide. Cela explique également que les caractéristiques variées de ces pièces non seulement fournissent le contraste nécessaire, mais aussi qu'elles sont à la fois intégrées de manière naturelle et bénéficient d'un développement aventureux : alternativement contemplatif, furieux, chaleureusement lyrique, dansant, rythmiquement marqué, voire mystique. Bref, c'est une performance de grande envergure de la part de ce jeune pianiste.

Cette manière de programmer (ou plutôt : d'entrelacer) signifie que les pièces prises individuellement savent continuellement se renforcer mutuellement, avec les exquises transitions conçues par Asal comme intermezzi de liaison. À cela s'ajoute également le jeu pianistique tout aussi extraordinaire : Asal se révèle non seulement un grand virtuose, mais aussi un interprète remarquable qui semble s'être approprié le rôle de conteur musical extrêmement musicien avec aisance et pleine conviction. L'enregistrement est également magnifique.

Un récital très particulier qui mérite d'être imité, ne serait-ce que parce qu'il rompt avec les conventions si fortement établies dans la programmation des concerts et des supports musicaux. Bien sûr, il doit être composé d'une manière tout aussi ingénieuse !

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