La collaboration entre Kopergietery et Opera Ballet Vlaanderen n'est pas seulement une belle initiative, le résultat est tout simplement « terriblement convaincant ». Le compositeur Frederik Neyrinck et l'auteur Johan De Smet créent un « opéra familial dans lequel les droits de l'enfant constituent le point de départ d'un voyage musical ». (avant-propos du programme de Johan De Smet). Pas facile – me semble-t-il - de concilier une idéologie claire avec le jeu et le théâtre !
Deux figures pivots et un magnifique chœur
Le spectacle se compose d'une douzaine de scènes qui se concentrent chacune sur un aspect lié au monde dans lequel les enfants (doivent) vivre. Il commence par une belle vidéo d'une mer agitée, dans laquelle un petit point de vie devient de plus en plus grand. Un enfant qui s'échoue en tant que réfugié ? Dans ce contexte, apparaît Rosa, qui est l'actrice principale qui lie les scènes ensemble et qui a un partenaire chantant en Clio. Les deux forment le fil rouge à travers les épisodes. Rosa est proche des enfants, pose des questions, les chérit, leur donne du courage, les console. Un magnifique personnage. Marjan De Schutter est à la fois simple et surtout charismatique. Johan De Smet lui met en bouche des textes clairs et compréhensibles, même s'il s'agit de sujets douloureux comme la peur de l'avenir et ne pas savoir où aller. Dommage seulement que sa prononciation soit parfois négligente (genre « ziededa » et jamais de diphtongues à « ij ») – mais c'est probablement accepté si la tendance actuelle de « langage convivial » est acceptée. Comparée à sa performance générale, cette critique s'efface comme un détail, bien que la correction aurait pu être aussi bonne. Elle déclame tout le spectacle et surprend ensuite à la fin avec une belle chanson finale chantée, qui couronne magnifiquement son rôle dévoué auprès du chœur d'enfants. Laurence Servaes est son « alter ego » chantant et commente avec une voix de soprano aiguë pure ce qui se passe, comme contrepoids lyrique au récit.
Le chœur d'enfants est simplement stupéfiant. C'est comme s'ils abordaient sans effort les plus grands problèmes des droits de l'enfant. Sans pathos ni théorisation, il interprète des déclarations sur ce qui va mal dans le monde et sur l'avenir possible. Le texte est tantôt enflammé, tantôt poétique, tendre. Il utilise des symboles comme « enfant de personne » ou « pas ici ». Le ton est souvent activiste, accusateur, mais jamais comme un pamphlet. Les enfants sont conscients de leur tâche sociale : « jamais trop petits pour faire la différence ». Ils tourbillonnent sur la scène et chantent comme si leur vie en dépendait littéralement. Ils font preuve de résilience et d'agilité, qu'il s'agisse d'exploitation, de famine, de guerre, de maltraitance, d'incertitude quant à la destination ou à ce que l'avenir apporte. Ils surmontent la peur et chérissent l'espoir, le cynisme leur est étranger. Il semble parfois qu'ils improvisent, tellement naturel et spontané est leur jeu, mais cela doit être incroyablement bien répété ! Bravo à Hendrik Derolez, depuis de nombreuses années chef du chœur d'enfants d'Opera Ballet Vlaanderen.
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© Opera Ballet Vlaanderen[/caption]
Unité entre la scène et la musique
La musique de Frederik Neyrinck est si diversifiée qu'elle peut à peine être classée dans un genre. Il y a une forte dynamique dans la musique, appropriée au contenu engagé. Le Youth Orchestra Flanders réunit des étudiants de différents conservatoires belges, qui sont coachés par des musiciens d'orchestre professionnels. En plus de la partition symphonique, il y a des passages de Compact Disk Dummies, qui fournissent des sons punk et funk des balcons latéraux. La musique s'adapte comme un gant au texte et au spectacle théâtral. Elle accentue l'incertitude, la menace, la peur, mais à un moment d'espoir aussi la tendresse et la lyrisme. L'un des passages les plus forts est celui où les enfants doivent traverser une région montagneuse effrayante : une menace totale aussi bien dans la musique que dans l'image de scène sombre. Cela donne des frissons. Elle exprime fortement la solidarité et la cohésion entre les enfants, l'un des aspects plein d'espoir qui mène à une belle apothéose finale du spectacle. En plus des belles images vidéo, l'image de scène se compose d'une construction complexe qui affiche un kaléidoscope d'images de jeux et d'applications, le monde de la jeunesse. Et – en référence à nouveau à la forte harmonie entre l'image et la musique – un « réservoir de musique » « armé » de violon, d'accordéon et de clarinette/saxophone. Une invention scénique originale.
Kruistocht est un beau spectacle, intègre et mémorable. Un manifeste qui apparaît tantôt comme un cauchemar, tantôt comme un conte de fées. Dur mais pas déprimant. Les bravos du public étaient donc bien mérités.
Cette production est nominée pour les Young Audiences Music Awards. L'un des prix les plus importants qui récompense les exceptionnelles productions musicales vivantes qui peuvent jeter un pont vers un jeune public. Cette co-production avec Kopergietery dans une mise en scène de Johan De Smet doit rivaliser avec les productions du Staatsoper de Vienne, de la English Touring Company et de leurs collègues belges du Theater De Spiegel. Le public peut voter sur le site www.yamawards.org. Le 9 novembre, le gagnant sera annoncé à Tatui, la capitale brésilienne de la musique.
Je ne peux pas comparer avec les autres nominés, mais selon mon humble avis, cette production a à peu près tous les atouts pour pouvoir gagner ! J'espère que les lecteurs de Klassiek Centraal qui ont assisté à cette représentation au printemps à Gent ou maintenant à Anvers vont voter. Opera Ballet Vlaanderen, Kopergietery et tous ceux qui se soucient des droits de l'enfant vous en seront reconnaissants !
QUOI : Kruistocht
QUI : Frederik Neyrinck, compositeur, Johan De Smet, livret et mise en scène, Hendrik Derolez, direction de chœur, Michiel Delanghe, chef d'orchestre
Avec : Marjan De Schutter, Laurence Servaes, Youth Orchestra Flanders, Symfonisch Orkest Opera Ballet Vlaanderen, Kinderen Theaterateliers Kopergietery, Kinderkoor Opera Ballet Vlaanderen, Compact Disk Dummies, Money Monks, Alice Van Leuven, violon, Pablo Aranda, clarinette, Sara Salverius, accordéon
QUAND : vendredi 27-10-2023
OÙ : Opera Ballet Vlaanderen, Antwerpen