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Le Concert de la Loge apporte « La Resurrezione » à la Bijloke.

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Le Concert de la Loge apporte « La Resurrezione » à la Bijloke.
© Franck Juery (c)

Contrairement à son contemporain Bach, Händel était un véritable citoyen du monde, un homme du peuple. Après avoir passé sa jeunesse à Halle et à Hambourg, il s'est rendu en Italie profane pour se faire un nom avec quelques productions d'opéra étincelantes. Il s'est ensuite établi définitivement en Angleterre et le reste est l'histoire.

À peine 22 ans, le jeune garçon a écrit l'oratorio italien « La Resurrezione ». Il a été exécuté pour la première fois à Pâques, le 8 avril 1708 à Rome sous la direction de nul autre qu'Arcangelo Corelli. Et bien qu'il ne soit pas aussi connu que cet autre oratorio de sa composition, dont on peut de nos jours assister à une production presque chaque semaine, il mérite certainement sa place dans les salles de concert.

Julien Chauvin, violoniste français et directeur musical et fondateur du « Le Concert de la Loge Olympique », l'a bien compris, un ensemble spécialisé dans les interprétations avec des instruments authentiques. Ils ont présenté samedi dernier à la Bijloke une interprétation magnifique de « La Resurrezione ». Cette œuvre maîtresse en deux parties décrit les événements entre - et pendant - le Vendredi Saint et le dimanche de Pâques, l'intrigue étant racontée dans les récitatifs, tandis que l'exploration des personnages se fait dans les arias, les duos et les chœurs de résumé.

Cette œuvre de grande envergure exige parfois l'extrême des instrumentistes dans les passages rapides et cela commence déjà par l'ouverture introductive. Les parties chantées sont aussi très virtuoses, heureusement toujours subordonnées à la musique. On sent que ceci a été écrit par un jeune garçon qui débordait d'ambition et qui pouvait entièrement canaliser son énergie et sa capacité créative déjà mature dans ce ditique parfaitement conçu. Händel n'a pas seulement écrit une musique magnifique pour cette œuvre, mais a créé cinq personnages convaincants, chacun avec leur propre vision et leur propre histoire concernant la résurrection. Il y a Marie-Madeleine (soprano Hasnaa Bennani), Marie de Clopas (mezzo-soprano Eléonore Pancrazi), Jean l'évangéliste (ténor Emiliano Gonzalez-Toro), un Ange (soprano Lila Dufy) et Lucifer (baryton Robert Gleadow). Tous d'excellents chanteurs, bien qu'il faille dire que R. Gleadow a livré une interprétation très charismatique, on aurait cru assister à un opéra, le rôle de Lucifer s'y prête d'ailleurs parfaitement. Atsushi Sakaï a également fait une très forte impression avec son jeu énergique et passionné à la viole de gambe. Mais à chacun son dû, l'ensemble est plus grand que la somme de ses parties, c'est une interprétation du Le Concert de la Loge Olympique. On ne peut que se demander si le petit orchestre a suffisamment projeté le volume dans les rangées arrière de la salle de concert pratiquement complète.

L'oratorio n'a pas plu à tout le monde non plus, car à mi-parcours de la deuxième partie, j'ai dû donner un petit coup de coude à mon voisin après avoir dû écouter ses ronflements pendant une dizaine de minutes. D'ailleurs, il y a eu une juste ovation debout, presque tout le public a trouvé cela magnifique. La curiosité vis-à-vis de ces autres oratoria et premières œuvres de Händel n'en est que plus piquée par des interprétations de ce format.

Si vous n'avez pas pu y assister et que vous souhaitez néanmoins avoir une impression de cette œuvre, écoutez absolument la vidéo ci-dessous avec l'aria entraînante « Ecco il sol ch'esce dal Mare », chantée par le ténor Emiliano Gonzalez-Toro.

(Festival de Saint-Denis 2024)

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