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Il y a exactement deux ans, j'ai examiné du même label Fastes de la Grande Écurie, par le même ensemble : Syntagma Amici, alors complété par Giourdina (cliquez ici). Cet album était consacré à la musique du Grand Siècle, la période au cours de laquelle deux Louis ont régné : XIII et XIV. Musique aussi qui s'accompagnait de beaucoup de spectacle. Il y avait alors à la cour de Versailles et autour de celle-ci de nombreuses fêtes fastueuses, mais aussi beaucoup de défilés, pour lesquels il fallait naturellement une musique appropriée. Cet encadrement musical était assuré par les différents départements de la Grande Écurie, l'« arsenal musical » de la cour, avec des tambours, timbales, trompettes, cornets, sackbuts, trombones, cors, hautbois, bassons, fifres, etc.
En 1651, une cinquième division s'ajouta : contenant la « cromorne » (un instrument à vent en bois typiquement français d'origine inconnue appartenant à la famille des hautbois et sans lien avec la Krummhorn allemande) et la « trompette marine », un instrument à cordes à une seule corde (monocorde) dont le son ressemblait quelque peu à celui de la trompette (d'où le nom). L'origine de « marine » est d'ailleurs incertaine.
Sur cet album nouveau, le titre le dit : Les Hautbois à la Chambre du Roi, les instruments à vent en bois sont au centre, des instruments qui jouaient un rôle dans pratiquement toutes les activités musicales de cour, avec un rôle important pour les hautbois et les bassons, des instruments qui, en raison de leur son puissant et pénétrant, étaient difficiles à mélanger avec d'autres instruments. S'ajoutait à cela qu'ils étaient accordés beaucoup plus haut que l'accordage standard utilisé par l'« Académie », la « Chapelle » ou la « Chambre ». Ceci est décrit dans le Mémoire de M. de La Barre sur les musettes et hautbois de 1735, dont voici un fragment :
'La musique retomba dans le barbare, et elle y est restée à très peu près, jusques au tams de Louis quatorse, sous le célèbre raygne ou tous les arts on esté portez a leur perfection, la musique a brillé infiniment. Le Camus, Boisset, Dembris et Lambert ont estez les premiers à faire des airs qui exprimassent les parolles, mais surtout le celebre Luly; on peut dire que on devroit l'apeller l'apollon de la France, mais son elevation fit la chute totalle de tous les entiens instrumens, a l'exception du haubois, grâce aux Filidor et Hautteterre [Philidor et Hotteterre, AvdW], lesquels ont tant gâté de bois et soutenus de la musique, qu'ils sont enfin parvenus a le rendre propre pour les concerts.'
Philidor et Hotteterre n'étaient pas seulement des fabricants d'instruments connus, mais aussi des instrumentistes réputés qui, grâce à leur premier métier, étaient en mesure d'adapter les instruments au timbre des cordes (violons, violes de gambe) et en outre de réduire l'accordage de presque un quart. C'était un tournant décisif. De plus, ils ont fait tout leur possible pour rendre leurs instruments plus longs et plus fins. Cela était destiné à affiner le son et à améliorer la chromatique. À mesure que le développement avançait et que les différentes pièces pouvaient être facilement démontées, il devint aussi plus simple d'adapter l'alésage.
De cette manière, une véritable transformation de proportions presque révolutionnaires s'opéra, non seulement pour le hautbois et le basson, mais aussi pour la flûte à bec, le flageolet et la musette. À partir de cette perspective historique fascinante est né Les Hautbois à la Chambre du Roi.
L'ensemble français Syntagma Amici, fondé par Jérémie Papasergio, utilise — cela va presque de soi — des instruments « authentiques » (bien que la plupart du temps des répliques, car le temps progresse et jouer des instruments extrêmement anciens n'est pas une sinécure malgré les restaurations). Je vous donne les instruments utilisés pour cet album dans leurs noms français d'origine : hautbois, taille de hautbois, flûte à bec, basson, basse de cromorne, flageolet d'oiseau, violon, taille de violon, basse de viole, basse-taille, dessus de viole, petite basse de violon, théorbe, guitare, chapeau chinois, clavecin, orgue.
C'est une musique attachante et le plus souvent épicée dans des exécutions finement stylisées et dans un encadrement technique d'enregistrement approprié qui donne à l'instrumentarium une lueur à la fois chaleureuse et frappante. Ainsi, c'est un reflet extrêmement coloré de la musique et de l'instrumentarium correspondant tel qu'il était utilisé à ces temps révolus. Recommandé sans réserve !