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deSingel: première mondiale « Madrigals » de Benjamin Abel Meirhaeghe

V
· 5 min de lecture
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deSingel: première mondiale « Madrigals » de Benjamin Abel Meirhaeghe

Benjamin Abel Meirhaeghe, un selfmade man à plusieurs niveaux : contre-ténor autodidacte, metteur en scène d'opéra et performeur (seul ce dernier possède un diplôme). Un gars au profil unique qui colore bien plus en dehors qu'à l'intérieur des lignes du genre. Qui plus est, il aime bien tout mettre sens dessus dessous. Il veut que la musique classique sonne un brin moins classique et traite le répertoire à sa façon propre et non-orthodoxe. Son intention sous-jacente est de toucher un plus large public. Qu'il y réussisse est une question ouverte.

Madrigal

Un madrigal (Lat. matricalis) est un court lied polyphonique profane. C'était un genre apprécié qui était populaire à la fin du Moyen Âge, à la Renaissance et au début du Baroque. Le madrigal a connu son apogée au cours du 16e siècle. Caractéristique de ce genre est que la musique exprime le texte (généralement un poème) de manière illustrative (par des iconismes textuels). Les madrigaux tardifs ont reçu un accompagnement instrumental et moins de voix vocales.

Meirhaeghe s'est aventuré dans les « Madrigali guerrieri ed amorosi » pleins de joie de vivre de Claudio Monteverdi. Il a réuni autour de lui un groupe de chanteurs et de danseurs professionnels, renverse leur univers et les tire de leur zone de confort. Les chanteurs doivent remplir la partie dansée et les danseurs sont promus au rang de chanteurs. Meirhaeghe lui-même ne sait pas lire les notes mais se laisse guider par son instinct, son intuition et son imagination. Le résultat de ces « Madrigals » est une représentation peu enthousiasmante ni inspirée.

Dans le programme, on peut lire : « Meirhaeghe pétrit ces œuvres vocales bouillonnantes sur la guerre et la paix en un cri de liberté alimenté par la combativité et la passion. Pensant aux anciens Grecs, il crée une orgie contemporaine sans retenue. » Promesse crée une dette. Pour réaliser cela, les personnages devraient devoir descendre profondément en eux-mêmes. Un espace de jeu est l'endroit où les choses peuvent naître. Une ligne de feu où les idées explosent. Ce qui se passe sur scène reste extrêmement superficiel et ne touche ni ne captive. Il n'y a pas de structure linéaire dans la composition. Le surclitre projeté et la mise en scène sont souvent en contradiction directe. Une représentation pleine de paradoxes.

Les musiciens portent des vêtements. Les chanteurs et danseurs se tiennent entièrement nus sur scène. Doit-ce être le cas, me demandé-je ? Lea Daan, l'éminence grise du monde de la danse flamand, a parlé des paroles sages ; « voilant révélant » a plus d'impact, parle davantage à l'imagination. Les performers se tiennent en costume d'Adam et d'Ève sur scène mais portent une bande noire à laquelle l'équipement d'amplification est attaché. Contradictoire ! L'un porte la bande sur la poitrine comme un cardio-fréquencemètre, d'autres aux reins et quelqu'un d'autre presque comme une ceinture de chasteté.

Mise en scène


Une fente, une cavité est éclairée. Un bruit assourdissant remplit l'espace. Est-ce l'ébullition du noyau de Mère Terre ou simplement du bruit électronique ? De la fente, de l'entrée de la grotte, entre une femme nue. Elle reste un moment sur place à bouger. Se retire dans la spelonque. Le bruit s'apaise et cède la place à une mélodie harmonieuse. La nouvelle musique que Jesse Kanda a composée aux côtés des Madrigales de Claudio Monteverdi avec quelques compositions originales de Monteverdi maintient debout la représentation y compris l'exécution musicale en direct dont Madoka Nakamaru, Pieter Theuns, Rebecca Huber et Wouter Deltour sont responsables.

Le « génie » qui est attribué à Meirhaeghe me laisse bien sur ma faim. L'aspect chorégraphique de la représentation est extrêmement maigre. Les performeurs courent ou rampent un peu sur scène. Ils se rassemblent, se penchent en avant puis en arrière, comme un bouton de fleur qui s'ouvre. Peu inspiré !

Faire chanter un madrigal par une voix inexpérimentée c'est demander des problèmes. C'est parfois une agression sur les tympans ! Meirhaeghe crée une sorte d'Arcadie plutôt qu'une mise en scène guerrière et passionnée. Un petit feu de camp est allumé sur scène où tout le monde se serre les uns contre les autres et se renifle un peu. Il arrive même qu'un homme avec une guitare se présente, çà et là des lueurs d'un camp de jeunesse ou d'un sentiment d'oncle Bob. Le feu éteint est aspergé d'eau, la source de chaleur d'un sauna. La ligne d'un centre de bien-être est poursuivie quand une dame commence à agiter une serviette pour disperser la vapeur bienfaisante. Ils se rassemblent sous une douche et une lampe infrarouge. Soupir ! Puis suit encore une ronde brave. Ennuyeux. Deux dames doivent fournir de l'érotisme en se frottant les nez l'un contre l'autre, en laissant leurs langues se fondre. Est-ce orgasmique ?

Rideau de fumée


Beaucoup de travail est investi dans les éléments de décor, la fumée, les rayons laser… Un court fragment de film sans rapport reçoit également le public en cadeau. Une représentation décousu. À deux moments vous pensez « agréable et beau » quand les voix dans un madrigal résonnent ensemble quelque part au milieu de la représentation et tout à la fin. L'attente élevée n'a pas été satisfaite. « Madrigals » de Meirhaeghe : « beaucoup de bruit pour rien ». Un démaskage d'un saut trop haut visé. Il n'y a eu que des applaudissements polis maigres. Les commentaires qui m'ont parvenu à gauche et à droite après la représentation : déception.

Informations :

  • Production : Muziektheater Transparant
  • Concept et mise en scène : Benjamin Abel Meirhaeghe
  • Musique : Doon Kanda, Claudio Monteverdi
  • Direction musicale : Wouter Deltour
  • Film : Charles Dhondt
QUAND : dimanche 23 janvier à 15:00OÙ : Rode zaal, deSingel © Benjamin Abel Meirhaeghe


© Charles Dhondt

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