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Critiques

Martijn Padding Greatest Hits (So Far!)

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· 10 min de lecture
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Martijn Padding Greatest Hits (So Far!)
© Attaca

Cet album a reçu un titre très amusant : Martijn Padding Greatest Hits (So Far!). Le label néerlandais Attacca, dirigé avec une énergie encore plus grande par Sieuwert Verster après la fin de sa carrière en tant que cofondateur et directeur de l'Orkest van de Achttiende Eeuw, a non seulement proposé un programme captivant, mais aussi fourni un excellent commentaire du compositeur lui-même. C'est ce que nous connaissons d'Attacca : la présentation générale respire une classe constante.

'Bricoleur'
Martijn Padding (Amsterdam, 1956) a étudié la composition chez Louis Andriessen au conservatoire de La Haye, le piano chez Fania Chapiro et la musicologie à l'université d'Utrecht. Il a résumé ce qui le meut musicalement :

'Quand j'avais dix-sept ans, j'ai suivi des cours avec la pianiste extraordinaire Fania Chapiro. Je devais étudier une pièce du Mikrokosmos de Bartók, avec quatre bémols à la main gauche et quatre dièses à la main droite, ou l'inverse. Je n'ai même pas fait attention aux armures de la clé dans la partition et j'ai étudié la pièce complètement mal. J'ai trouvé que cela sonnait si beau et il m'a finalement fallu beaucoup d'efforts pour l'étudier à nouveau dans sa forme originale et correcte. J'ai compris la musique, mais cela a mené à quelque chose de tout à fait nouveau.'

Un 'bricoleur' de notes, c'est ainsi qu'il se voit lui-même. Il en a fait sa propre figure de style : 'améliorer' la musique des autres, et en particulier celle de collègues très respectés du passé, mais aussi reprendre son propre travail à nouveau, même plusieurs fois. Composer sans frein autant que possible, tel est son message. Non pas d'une manière 'économe', mais sans retenue, car la vie n'est finalement pas une répétition générale pour une représentation dans l'au-delà. Simplement composer, de manière systématique ou non, au piano ; et pensez aux progressions d'accords. Double barre de mesure, pièce suivante.

Copier ? Pourquoi pas ! Tomber dans la répétition ? Très bien aussi ! Nos cerveaux ont la merveilleuse propriété de faire des erreurs. Mais Padding ne peut pas copier ou répéter son propre travail. Quelque part dans le processus, quelque chose tourne mal. La plume suit son propre chemin, les notes glissent facilement sur le papier, mais elles peuvent et vont prendre une tournure tout à fait inattendue. Alors Padding se retrouve dans des situations inattendues. Selon lui, ce genre d'aliénation ne s'arrête pas, car c'est la meilleure chose qui puisse arriver à la musique. La véritable innovation en art naît du hasard, non du simple calcul. Elle s'est glissée imperceptiblement et ce n'est que plus tard qu'on se rend compte qu'elle a été responsable du résultat. Les erreurs ne sont donc pas seulement humaines, mais pour la musique, elles sont même souhaitables. Plus encore, elles sont absolument essentielles !

La quête de clarté
Vétusté stylisée, c'est ainsi que Padding a un jour intitulé son travail. Dans ses compositions, il aspire volontairement à une sorte de maladresse qui produit des effets bizarres mais en même temps désarmants. Autres qualifications : ludique, ingénieux, clair, burlesque ; mais toujours avec cette dimension spirituelle qui réclame immédiatement l'attention. La clarté dans la musique de Padding établit, selon lui, un parallèle avec Scarlatti. Padding : 'Cela semble très fin, mais c'est tellement bien construit.' C'est ce qui manque souvent à la musique contemporaine : la transparence. 'Je veux faire mouche, au lieu de creuser un trou profond.' Ou comme l'a écrit un jour Hendrik Andriessen : la profondeur de la musique réside souvent à la surface.

Faim créative
Il semble naturel d'étiqueter Padding comme un authentique postmoderniste, puisqu'il a utilisé tant de styles musicaux du passé ? Il s'avère que c'est trop simple. La manière de composer de Padding a tout à voir avec sa faim créative du nouveau, de l'inéprouvé. Cela signifie littéralement recommencer à zéro après la double barre de mesure, sans rien exclure. C'est cette pulsion expérimentale véritablement débridée qui le rapproche de Karlheinz Stockhausen. Pas surprenant que la musique de Stockhausen soit l'une des principales sources d'inspiration de Padding. Quant à l'originalité, on ne peut pas bien en discuter : elle existe ou elle n'existe pas.

Typiquement de La Haye...
Il se peut que Padding, lors de ses études chez Louis Andriessen, ait été intensément immergé dans le style anguleux et bruyant de l'« Ecole de La Haye », mais il estime qu'il a très tôt admis la chaleur du romantisme et de la lyrique dans sa musique. Son Nicht Eilen, Nicht Schleppen de 1993 a, selon Padding, cet attaque typiquement de La Haye, mais c'est écrit beaucoup plus indulgent. Cependant, la légèreté dans la composition de Padding est une évolution de ces dernières années. Une légèreté qui s'accompagne de déplacements au sein du système tonal : 'Chez Haydn, quand une composition est en Do majeur, tu entends l'accord de Do majeur quatre-vingts pour cent du temps, vingt pour cent d'autres accords. Si tu commences à te déplacer avec cela, tu obtiens une version entièrement nouvelle et imprévisible de la tonalité.' Peut-être qu'Albinoni aurait été un exemple plus approprié ici, mais le message de Padding est clair.

Un métier sérieux
Si le titre de l'album est certes teinté d'une bonne dose d'ironie, Padding considère bel et bien la composition comme un métier sérieux. C'est d'ailleurs le titre de mon interview avec lui (cliquez ici), datant de bien longtemps déjà, du printemps 2011. Y ont été abordés son rôle de professeur et de coordinateur de composition au Koninklijk Conservatorium in Den Haag (il y est désormais depuis trente ans). Malgré les réductions budgétaires substantielles qui avaient eu lieu à cette époque, il trouvait que c'était un travail fantastique et honorable, travaillant en étroite collaboration avec des compositeurs de premier plan des Pays-Bas, dont Guus Janssen, Diderik Wagenaar, Cornelis de Bondt et Calliope Tsoupaki. Notre ancien collègue Louis Andriessen y vient encore régulièrement donner des conférences.

Il était convaincu : celui qui ne savait pas se détacher de son environnement, qui ne savait pas se libérer, n'irait pas loin. Celui qui en était capable était assuré des nombreuses possibilités qu'offrait le Koninklijk Conservatorium, un véritable vivier, tandis que dans la plupart des autres instituts, le département de composition ne faisait que traîner en arrière-plan. On n'y fait que du travail de routine, avec les compositeurs, ces « fous », quelque part au sous-sol.

Art of Sound
L'idée des trois pièces sur ce disque provient du directeur du Koninklijk Conservatorium à l'époque, Henk van der Meulen. Elles ont été principalement interprétées par les meilleurs étudiants de la section classique et enregistrées par les étudiants de la section KC Art of Sound (issue de l'ancienne section « Muziekregistratie ») sous la direction de Daan van Aalst. Padding : « Avant les enregistrements, il y a eu un long processus de répétition au cours duquel les musiciens se sont approprié la musique et y ont aussi apporté leur propre interprétation sous la direction des chefs Gregory Charette et Andreas Hansson. »

Un mélange fascinant
L'Ensemble Academy of the Royal Conservatoire The Hague, qui a signé ces interprétations, est composé d'étudiants en master de la section classique qui se spécialisent dans la musique contemporaine sous tous ses aspects. Van Aalst : « En réunissant ces trois ingrédients (la section composition de Padding, l'ensemble et Art of Sound, AvdW), il s'est créé un mélange de travail, d'écoute et d'apprentissage très intenses pour tous les participants. C'est exactement l'interface entre l'apprentissage/l'étude et un parcours professionnel où les concerts et les enregistrements se sont déroulés avec une grande efficacité et une bonne préparation. »

[caption id="attachment_39036" align="alignleft" width="360"] Martijn Padding[/caption]

Forme dialogale
Dans le livret du disque, Padding, le compositeur de l'expérience, montre sa prédilection pour la composition de concertos. C'est surtout la forme dialogale qui l'attire, comme une communication mutuelle mais à travers la musique, le soliste qui prend les devants, ou l'inverse. Cela ouvre à Padding la voie vers d'innombrables possibilités, avec ou sans obstacles et pièges. Il faut ajouter qu'il aime écrire pour des instruments « marginalisés », comme le mandoline, l'harmonium, la contrebasse, la flûte basse et le clavicorde. Cela lui a valu le titre cocasse de « Chef des instruments malheureux ».

Exigeant
Les trois œuvres de ce disque ne sont pas choisies au hasard : elles reflètent le style « concertant » de Padding, car chaque partie est solistique et techniquement exigeante. Non que ce soit en soi quelque chose de particulier, car nous connaissons ce phénomène depuis l'époque baroque, mais le caractère « contemporain » réside dans la composition « en fonction de l'exécutant(e)s », la collaboration étroite entre Padding et les musiciens qu'il a en tête (et en oreilles). Comme Last Words pour violoncelle et ensemble, qui doit se passer de – je cite Padding – les « doubles cordes stéréotypées » dans la partie solo, comme l'avait décidé lors d'une des premières conversations avec Doris Hochscheid. Dans la deuxième partie, Hochscheid s'accompagne elle-même sur une pédale de Charleston… Dans la troisième et dernière partie, on revient à la « Forlana » de l'Ouverture de Bach en do majeur, BWV 1066. Padding : « Je trouve cette œuvre de Bach la plus belle musique en do majeur que je connaisse. »

Musique rêveuse
Un autre exemple éloquent est Slow Landscape ( with thunder) pour flûte basse et ensemble. Padding l'a écrite à l'origine en 2015 pour la flûtiste Marije van den Berg et Orkest de Ereprijs. La deuxième version (2016) – celle enregistrée sur ce disque – était spécifiquement destinée au New European Ensemble et à la flûtiste Felicia van den End lors de la remise du Prix Oeuvre Johan Wagenaar 2016 décerné à Padding.

À nouveau particulier : Padding qui demande à Van den End d'écrire d'abord quelque chose sur elle-même avant de se mettre à composer. Le résultat a été un beau texte aux caractéristiques poétiques, selon le compositeur. Il a « traduit » un certain nombre de phrases et de mots clés de ce texte en rythmes et en hauteurs, pour aboutir à un « parcours cohérent de mélodies et de traductions directes des phrases du texte ». Une musique rêveuse sans grands contrastes ni tempos rapides et – certainement pas selon Padding – sans références à des compositions antérieures ou à d'autres musiques.

Rattrapage
Unique Parts résonne ici dans la version de 2016, exactement dix ans après la création du concerto pour piano homonyme en cinq parties (avec comme interprètes le pianiste Gerard Bouwhuis et l'Asko Ensemble) commandé par ZaterdagMatinee, alors encore dirigée artistiquement par Jan Zekveld. Bouwhuis a exécuté maints ouvrages de Padding, il connaît l'idiome typique de Padding comme personne d'autre. Créé en 2006 pour un ensemble inhabituel et (plutôt) grand, il n'a pratiquement jamais été joué après la première au Concertgebouw d'Amsterdam. En 2016, il y eut en quelque sorte un rattrapage, mais cette fois pour un ensemble considérablement plus petit : des 27 musiciens d'origine à 16 musiciens. Padding a décidé à cette occasion non seulement de réorchestrer, mais aussi de rendre la pièce plus concentrée dans sa forme. Padding : « Le défi était de préserver l'essence de la composition originale sans pour autant composer de nouvelles notes. » L'autocritique ne manquait pas, comme l'attestent ses commentaires : « La forme sinueuse de la première version de 2006 a reçu plus de direction. »

Collaboration
Je le sais de beaucoup de musiciens : la collaboration avec le compositeur encore vivant est toujours un véritable atout, bien que cela soit parfois difficile (je me souviens à ce sujet de mes conversations avec Reinbert de Leeuw sur sa collaboration parfois extrêmement laborieuse avec Galina Oestvolskaja et György Kurtág). Mais cette collaboration apporte une certaine autorité avec elle, comme (espérons-le) elle se reflète dans l'interprétation en question. Cela vaut aussi pour Greatest Hits, dans des interprétations et des enregistrements de haut niveau auxquels beaucoup de temps de préparation a précédé. Mais le résultat peut donc être considéré comme une véritable acquisition dans ce domaine contemporain qui mérite beaucoup plus d'attention (mais ne la reçoit pas vraiment ; pour diverses raisons et circonstances que je préfère laisser non mentionnées ici, car cela exigerait de nombreuses pages supplémentaires…)

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