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Avec Tzigane, le duo Levy-Saiki fait ses débuts en force

J
· 5 min de lecture
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Avec Tzigane, le duo Levy-Saiki fait ses débuts en force
© Bernard Tubiermont

Avec leur première collaboration, Maya Levi et Marina Saiki ne laissent aucun doute : ce duo n'est pas le fruit du hasard. Tzigane de Maurice Ravel est une œuvre qui soumet impitoyablement ses interprètes à l'épreuve, tant techniquement que musicalement. Elle demande une maîtrise naturelle de l'instrument, une oreille affûtée pour la couleur sonore et surtout un jeu d'ensemble intense où il n'y a place pour aucune approximation. C'est précisément là que réside la force de cet enregistrement : dès les premières mesures, on entend un duo qui se comprend, se met en question et se soutient.

Maya Levi s'y affirme comme une violoniste possédant une combinaison impressionnante d'autorité technique et de liberté expressive. Le long solo d'ouverture, où le violon porte seul l'intégralité du discours musical, exige non seulement de la virtuosité, mais aussi du courage et de l'imagination. Levi construit cette tension avec une conviction naturelle, son jeu restant à la fois fiévreux, lyrique et contrôlé. Sa virtuosité est indéniable, mais ne devient jamais une fin en soi ; elle est entièrement au service de l'univers sonore de Ravel.

Marina Saiki est dans cette œuvre bien plus qu'une accompagnatrice. La partie de piano de Tzigane est exceptionnellement exigeante et requiert une pianiste capable de basculer sans effort entre la puissance, la précision et les nuances de couleur raffinées. Saiki maîtrise ce spectre avec une naturel remarquable. Son jeu est clair et rhythmiquement aiguisé quand nécessaire, mais peut être tout aussi transparent et presque lyrique. Ensemble avec le violon, elle crée une trame sonore qui donne parfois l'impression d'un bien plus grand ensemble, sans jamais perdre sa clarté.

Ravel a composé Tzigane en 1924, à une époque où il explorait pleinement sa fascination pour la virtuosité, le timbre et l'expérimentation sonore. L'œuvre a été originellement écrite pour violon et piano avec luthéal, un instrument rare qui élargit la palette sonore du piano et lui confère une résonance quasi exotique. Ravel n'a pas cherché une illustration folklorique, mais une fantaisie sonore extrêmement concentrée dans laquelle violon et piano créent ensemble un monde propre et visionnaire. Cette intention ressort particulièrement clairement dans cet enregistrement.

Visuellement aussi, ce monde est soutenu de manière convaincante. Le matériel visuel accompagnant le single respire l'atmosphère des années vingt du siècle dernier : élégant, légèrement mystérieux et imprégné de raffinement artistique. La musique et l'image forment ensemble un tout cohérent et renforcent l'impression que cette parution est plus qu'un simple enregistrement, mais le début d'une trajectoire réfléchie et ambitieuse.

En conversation avec deux brillantes artistes

À l'occasion de la parution de ce premier single, nous avons parlé avec Maya Levi et Marina Saiki de leur choix de Tzigane, de leur collaboration et de leurs projets futurs.

Pour Maya, Tzigane n'a pas longtemps été une évidence à enregistrer. Cela a changé au moment où il lui a été proposé de jouer cette pièce dans le cadre d'une tournée avec l'instrument original pour lequel Ravel l'avait écrite : le luthéal. Cette occasion exceptionnelle l'a immédiatement marquée. La conscience qu'elle pouvait accéder au monde sonore original de Ravel avec cet instrument rare l'a décidée à préserver cette expérience et à en créer un témoignage durable.

Marina souligne combien il était extraordinaire de pouvoir réellement travailler avec le luthéal, grâce au Festival de Wallonie. Cet instrument, conservé aujourd'hui dans seulement quelques exemplaires, ouvre un univers sonore qui correspond parfaitement à la quête obsessionnelle de Ravel du timbre et de la couleur. Pour elle, le choix de Tzigane était donc évident, précisément parce que cette œuvre est inséparable de cet idéal sonore spécifique.

Ce qui les inspire artistiquement dans cette œuvre touche, selon Maya, au cœur du génie de Ravel. Il ne recherchait pas simplement la virtuosité ou l'effet, mais voulait que violon et piano forment ensemble un paysage sonore unique, presque orchestre dans sa conception, où chaque nuance a une signification. Marina voit ce single comme le premier chapitre d'une histoire plus vaste. En 2026, un enregistrement complet pour cd est prévu avec de la musique provenant de différentes parties du monde, où ce regard ouvert et cette quête de sonorité seront poursuivis.

Sur l'avenir, Maya s'exprime en images. Elle fait référence à un programme mystique autour des grands fleuves du monde, où l'eau occupe une place centrale, mais aussi la roche qui donne son lit à l'eau. Cette symbolique prendra forme tant dans les concerts que sur cd.

Concernant leur collaboration, il y a une remarquable unanimité et une évidence, tant musicale qu'humaine. Cette impression est confirmée par notre propre expérience : il y a quelques mois, nous avons entendu et vu Maya Levi et Marina Saiki travailler ensemble au BOZAR, où leur jeu ensemble témoignait d'une rare intensité et d'une synergie palpable, presque organique. Deux fortes personnalités qui ne s'éclipsent pas, mais se renforcent mutuellement.

Un single puissant comme promesse de bien plus

Ce premier single marque donc un départ solide et prometteur. La virtuosité de Maya Levi et Marina Saiki ne fait aucun doute, mais c'est surtout la manière dont cette virtuosité est mise au service du son, de l'expression et de l'imagination qui impressionne. Tzigane fonctionne ici comme un point de départ convaincant pour une trajectoire commune qui va clairement bien au-delà d'un seul enregistrement.

Le single est disponible via les plateformes de streaming habituelles et peut notamment être écouté via ce lien : https://aparte.lnk.to/RavelTzigane-MayaLevy-MarinaSaiki

Le fait que ce soit seulement le premier titre d'une série de concerts et de cd à venir fait attendre avec impatience ce qui suivra encore.

Tags cd
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