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« Mondnacht » : une dramaturgie nocturne de la parole et du son à la Nikolaisaal, Potsdam

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· 4 min de lecture
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« Mondnacht » : une dramaturgie nocturne de la parole et du son à la Nikolaisaal, Potsdam
© Karel Kuehne, Nikolaj Lund

Il existe des concerts qui ne s'imposent pas, mais se déploient lentement comme un paysage intérieur. « Mondnacht », le programme de Martina Gedeck – chez nous connue comme actrice notamment dans Das Leben der Anderen – et Xavier de Maistre, un harpiste de renommée mondiale, appartenait à cette catégorie rare : une soirée littérario-musicale pour le connaisseur, dans laquelle la parole et le son fusionnaient dans une dramaturgie soigneusement équilibrée. Malgré l'ampleur de la salle quasi complète, la mise en scène a su créer une intimité remarquable – un espace d'écoute concentré où chaque détail prenait sens.

Cette concentration commençait déjà dans la scénographie : une disposition sobre avec table, chaise et harpe, combinée à un éclairage épuré qui, par des changements de couleurs subtils – du blanc froid au rouge chaud, du bleu profond à une lune suggestive – soulignait les contours émotionnels du programme. Un compliment aux techniciens. L'apparition aussi des deux interprètes, en noir discret, contribuait à cette concentration : toute l'attention allait à la parole prononcée et à la ligne musicale, qui trouvaient leur plein épanouissement dans l'acoustique claire de la salle.

La construction dramaturgique du programme témoignait d'une grande cohérence. L'ouverture avec la Erste Elegie des Duineser Elegien de Rainer Maria Rilke (1875–1926) a été apportée par Gedeck avec retenue et sans drame appuyé, comme si le texte se formait sur place. Cette approche trouvait un contrepoint naturel dans Arabesque nr. 1 de Claude Debussy (1862–1918), dans une transcription pour harpe de De Maistre, dans laquelle la musique se déployait en phrasés fluides, presque sans poids. On comprit immédiatement que cette soirée ne tournait pas autour de l'illustration, mais de la résonance : la parole et le son comme des voies parallèles dans un même espace émotionnel.

Avec Phantasie d'Else Lasker-Schüler (1869–1945) et le récit Die Nachtigall und die Rose d'Oscar Wilde (1854–1900), le programme prit une dimension narrative plus affirmée. Gedeck donna à ces textes une intensité chaleureuse et profondément ressentie, sans jamais sombrer dans une professionnalisme théâtral appuyé. De Maistre y ajouta Le Rossignol de Franz Liszt (1811–1886), dans la version raffinée de Henriette Renié (1875–1956), dans laquelle la harpe développa une expressivité presque vocale.

La partie centrale, avec une sélection du Buch der Lieder d'Heinrich Heine (1797–1856) – dont Ich hab' im Traum geweinet et Allnächtlich im Traume seh' ich dich – apporta un apaisement qui devint presque palpable. Gedeck réduisit sa diction à une ligne fragile et introspective, tandis que De Maistre avec Recuerdos de la Alhambra de Francisco Tárrega (1852–1909), dans sa propre transcription, évoqua une intemporalité hypnotique par le biais de trémolo délicats.

Après l'intermède, la tension dramatique fut quelque peu perturbée par une toux persistante dans la salle, ce qui rendit la concentration auditive moins évidente. Dommage, car dans la première partie on aurait pu entendre une épingle tomber. Néanmoins, les interprètes réussirent à reprendre le fil. Avec Licht und Schatten d'Albert Camus (1913–1960), la perspective se déplaça vers une réflexion plus existentielle, tandis que Granada de la Suite española d'Isaac Albéniz (1860–1909) révélait une palette sonore chaleureuse et richement nuancée, dans laquelle la harpe développa une sensualité presque tangible.

Mondnacht de Joseph von Eichendorff (1788–1857) apporta l'apaisement et la synthèse et forma ainsi le centre de gravité poétique de la soirée, apporté par Gedeck de manière sobre et sans pathos. Dans Clair de Lune de Claude Debussy (1862–1918), De Maistre atteignit une intensité impressionnante : le son était ample, mais restait en même temps transparent et respirant.

Dans la combinaison conclusive de Die Elfen de Charles-Marie Leconte de Lisle (1818–1894) – qui rappelait le Erlkönig de Goethe – et Légende sur les Elfes de Henriette Renié (1875–1956), le programme prit une dimension plus mythique. De Maistre accompagna d'abord le texte subtilement avec des fragments thématiques, pour ensuite – comme une apothéose naturelle – déboucher sur une interprétation impressionnante de la pièce proprement dite de Renié. C'était un plaisir de voir ses mains se mouvoir sur les cordes et d'entendre émerger une si riche palette de couleurs et d'atmosphères.

Ce qui rendait cette soirée particulière, ce n'était pas seulement le haut niveau d'exécution, mais surtout la cohérence de l'ensemble. Le texte et la musique se complétaient merveilleusement. Gedeck et De Maistre ne créaient pas des moments isolés, mais une tension continue dans laquelle chaque détail – de la lumière au silence, de la parole au son – était utilisé de manière fonctionnelle.

« Mondnacht » devint ainsi une soirée dans laquelle la frontière entre écouter et vivre s'estompa – un dialogue raffiné de parole et de harpe, qui s'imprima discrètement mais intensément dans l'imagination.

Tags concert
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