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Critiques

Nouvel opéra : Barzakh, une œuvre captivante et magistrale

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· 6 min de lecture
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Nouvel opéra : Barzakh, une œuvre captivante et magistrale
© Opera Ballet Vlaanderen / Laura Van Severen

Chère Opera Ballet Vlaanderen, permettez-moi d'aller droit au but : reprogrammez cette œuvre s.v.p. et donnez au compositeur et au scénariste la mission d'écrire au moins une et si possible plusieurs nouvelles opéras. Car ce « procédé » est exceptionnel. C'est une nouvelle forme d'opéra, fortement liée à la richesse de la musicalité des opéras tonaux historiques.

L'histoire « Barzakh » (arabe pour la phase de l'islam entre la mort et la résurrection au Jour du Jugement, quelque chose comme le purgatoire dans le christianisme) : captivante, émouvante du début à la fin, profondément honnête, tirée de la vie réelle, aucune invention, aucun artifice d'aucune sorte, aucune exagération, aucune minimisation, aucune romantisation. Pur, purement humain, dramatique jusqu'au bout car oui, il s'agit du système pénitentiaire de ce pays. C'est l'actualité même, il ne se passe presque pas un jour sans que l'on en parle dans la presse. Surpopulation, prisonniers qui dorment sur 1,2 m² par terre, manque de personnel, grèves, budget insuffisant… C'est véritablement grave. C'est tellement grave que cela a inspiré des gens à écrire un opéra à ce sujet, en étroite collaboration avec des détenus ou ex-détenus.

Y a-t-il donc pas de critique ? Bien sûr, quelques remarques qui constituent aussitôt des conseils pour le scénariste. La prochaine fois, limitez les dialogues et faites attention à l'intelligibilité des textes parlés qui ne sont pas toujours faciles à suivre. Disons que l'on pouvait sentir que des professionnels du théâtre ne venant pas du large milieu de la musique classique étaient à l'œuvre. D'un autre côté, cette prouesse en est d'autant plus remarquable, notamment sur le plan du contenu, impeccable musicalement, reconstituant scéniquement la grisaille sans fin de la vie carcérale.

Texte et composition convaincants du début à la fin


Le système pénitentiaire de notre pays n'a pas bonne réputation depuis longtemps. L'État belge a enchaîné les condamnations internationales comme un collier de perles mal réussi. Le metteur en scène Thomas Bellinck, lors de ses années d'études, en tant que créateur théâtral, a eu des contacts avec des prisonniers pour un projet et les impressions qu'il en a reçues ne l'ont jamais vraiment quitté. La commande d'OBV pour écrire un opéra l'a immédiatement plongé dans le monde du crime. Les opéras rassemblés dans l'histoire musicale sont en effet une longue histoire de trahison, jalousie, meurtre, tromperie et ainsi de suite et cela semble sembler « normal » à tout le monde. Bien sûr, ce ne sont pas des histoires vraies, mais toutes ces situations existent dans la vie réelle. Là, ce n'est pas un opéra, c'est une réalité dure. Coupable et innocent, condamné à juste titre et à tort : vous trouvez tout cela dans les prisons ainsi que des prisonniers qui attendent (trop) longtemps leur procès tout en étant en détention provisoire. Tout cela a amené Bellinck à développer une histoire sur la vie carcérale. Il voulait impliquer les prisonniers eux-mêmes et il a merveilleusement réussi. Le texte n'est pas seulement de sa main, mais aussi de détenus restés délibérément anonymes, dont certains sont entre-temps d'anciens détenus.

Pour la musique, il a trouvé le bon homme au bon endroit : l'autodidacte irakien résidant à Gent et musicien polyvalent qui n'avait jamais entendu d'opéra auparavant : Osama Abdulrasol. Un génie musical, une merveille musicale. Quelle composition puissante, tonale, harmonique, très liée au texte qui est soutenu tantôt très intensément, tantôt de manière particulièrement subtile. Rien n'est recherché, étudié à maintes reprises jusqu'au moindre détail, c'est au contraire une musique surgie spontanément, parfois très entraînante et émouvante avec des mélodies qui restent en mémoire. Comment a-t-il pu réussir ? Recevoir des textes à lire qui ne sont pas immédiatement d'une nature agréable, être impliqué dans le système pénitentiaire pour le comprendre tant bien que mal et le restituer musicalement en mettant l'accent dessus. Cela demande vraiment plus, soyons à l'affût de son prochain opéra ou spectacle musical entraînant que l'avenir doit nous donner.

Tout cela est présenté dans un décor simple, qui fait référence au décor historique du Fidelio de Beethoven qui est abordé à quelques reprises. Les quatre saisons se succèdent et c'est tout. Rien de plus, rien de moins. Elles ne offrent que du soulagement lors de la promenade, du moins s'il n'y a pas de grève car alors il n'y a pas de promenade, pas de visite.

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Acteurs : parfois peau de poule


La représentation en elle-même m'a plutôt plu. Marjan De Schutter qui sait se s'identifier de manière inimaginable à la femme dont la situation est représentée. On pourrait pleurer sur la façon dont elle représente le rôle de la mère emprisonnée. Une autre interprétation forte était celle d'Atta Nasser qui est plutôt le simple criminel qui ne sait peut-être pas mieux ou ne comprend ou ne réalise pas vraiment ce qui se passe, pourquoi il y a autant de violence entre les murs, une organisation tortueuse et ainsi de suite.

Parfois un peu plus difficiles à comprendre, selon la langue (les acteurs jouent leur rôle alternativement dans quatre langues – néerlandais, français, allemand et anglais), Edith Saidanha et Jeroen Van der Ven, bien qu'ils sachent vivre leur rôle avec une vérité très naturelle. Personnellement, j'aurais choisi uniquement le néerlandais, mais étant donné la composition internationale des détenus et la compréhension mutuelle parfois mauvaise ou erronée, la diction un peu difficile vous donnait un jeu encore plus fidèle à la réalité.

Le chant « en prison »…


Quatre acteurs et quatre chanteurs. Quelles voix ! On dirait que, s'ils n'avaient pas existé, ils auraient été créés spécialement pour cet opéra. Ce furent quatre découvertes pour moi – si vous ne critiquez pas d'opéra pendant quelques années, vous découvrez de nouvelles personnes – qui m'ont fortement convaincue par leur interprétation en elle-même, leur musicalité, leur engagement textuel et leur souffrance individuelle et collective, leur confusion, leur incertitude, leur ignorance du quoi et du quand et du où. Les noms énumérés : la soprano consciente Katharina Dain, le basse-baryton insistant Maurel Endong, le ténor triste Nattha Thammathi et la mezzo-soprano touchante Lotte Verstaen. Tout cela dirigé de main de maître par un Orchestre Symphonique Opera Ballet Vlaanderen d'une musicalité parfaite, avec à sa tête la chef d'orchestre Zoe Zeniodi.

Cet opéra appartient, à mon avis, d'ores et déjà au répertoire majeur. Comme tous les opéras qui restent éternels, il doit en être de même pour cet opéra intemporel, tout comme Fidelio auquel on se réfère à juste titre parce que le lien existe, n'existe pas et existe pourtant… Pour conclure : espérons que la politique en tirera les leçons et que le courage et la détermination grandiront pour redresser les situations injustes du système pénitentiaire belge selon les normes et valeurs de 2025 et non plus selon celles d'il y a près de deux siècles.

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