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Les Voyages d'hiver de Schubert analysés en détail

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· 5 min de lecture
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Les Voyages d'hiver de Schubert analysés en détail

C'est par une soirée hivernale appropriée, froide et pluvieuse, que j'ouvre ce livre. La Winterreise à la lumière rasante du Romantisme. On peut l'appeler un livre d'art, et c'en est un. Grand format, belle photo de couverture de l'auteur lui-même. Un portrait de femme. Très granuleux, ce qu'on appellerait flou artistique, si ce terme ne sonnait pas si dénigrant. Titre poétique aussi. L'auteur doit être lui-même poète, et philosophe et musicologue. Et surtout obsédé par Schubert. Mais c'est avec une approche très particulière que Joep à Campo traite ce cycle de lieder extraordinaire.
Le plaisir d'écoute, vous le ressentez de toute façon en tant qu'amateur de musique avec cette œuvre. Mais l'auteur veut nous mener plus loin que ce plaisir pourtant limité. Il veut nous donner un aperçu du contenu et des arrière-plans des textes des lieder. C'est pour lui une condition préalable nécessaire pour en arriver à une appréciation plus juste de la musique. Ce n'est pas pour rien que le titre stipule qu'il s'agit aussi d'« Érotisme, Religion et Esthétique ».

Comment s'y prend-il ? D'abord et avant tout en publiant les 24 textes, avec sa traduction et une explication courte ou plus longue. Il appelle cela « Lecture profonde » et c'est une première condition absolue. Car beaucoup a déjà été écrit sur le compositeur Franz Schubert, trop peu sur le poète Wilhelm Müller. Et c'est à cela que l'auteur attache de l'importance, plus de cent pages durant. Que signifie pour la figure du « je » et pour nous ce concept de « wandrer », d'errer, d'être étranger, avec lequel commence la première chanson : « En tant qu'étranger je suis arrivé, en tant qu'étranger je pars à nouveau. » Ce sont parfois des considérations extrêmement intéressantes, parfois assez développées mais elles témoignent toujours d'une grande connaissance et encore plus d'une fine érudition sensible. Chaque strophe, il la retourne de fond en comble et donne des occasions d'approfondir le contenu et la signification, non seulement des vers mais de tout le cycle. Et dans ses considérations, il renvoie à la Bible, à la mythologie germanique, à Ovide, à Tolkien et à bien d'autres.... Tiré par les cheveux ? C'est sa manière de faire une « Lecture profonde ».

Puis vient la « Lecture transversale » : sur la cohérence et les caractéristiques formelles du cycle, sur différentes interprétations de celui-ci pour finalement déboucher sur la « Lecture large », mettre tout cela dans son contexte social et culturel. Et c'est là que nous arrivons au Romantisme. Mais l'auteur veut l'examiner à la lumière rasante, et c'est une lumière très spéciale, à la fois douce comme la soie et éclairant tous les défauts. Et cherchant l'essentiel. Que signifie cette Winterreise pour nous, quel message veulent nous transmettre Müller et Schubert et surtout aussi l'auteur. Ce que condensent et traduisent en son le poète et le compositeur. Vous y lisez une aspiration à la mort, vous parcourez votre voyage intérieur de la vie, descendant ou ascendant. La première contextualisation est personnelle. Suit une biographie très intéressante de Müller, un homme avec un passé refoulé. Pleine de citations de sa poésie, lettres et richement illustrée de dessins d'époque. L'auteur est aussi historien et cela se sent dans la remarquable mise en situation du climat politique du début du 19e siècle.

Quel est son conclusion ? À partir de ses connaissances historiques stupéfiantes, il le fait à nouveau avec de nombreuses déclarations d'auteurs d'hier et d'aujourd'hui. On peut certainement lire Winterreise comme la métaphore d'un hiver politique, mais il laisse ouvert si c'était aussi explicitement leur intention. Et constate à juste titre qu'il y a une distinction entre une intention préalable et une interprétation après coup. Il place aussi le cycle de lieder dans les courants spirituels de l'époque, (et leurs philosophes) et celui de Müller qui était un athée avoué. Ici aussi, il laboure l'œuvre de philosophes et de poètes comme Goethe, Schiller, Hölderlin, Ruckert et d'autres à la recherche de leur image de Dieu. Mais la figure du « je » dans Winterreise doit trouver elle-même son chemin dans un vide délaissé par Dieu, c'est ainsi que Joep à Campo l'interprète. Déraciné, avec Weltschmerz et Sehnsucht comme blessures à guérir. Ce sont des thèmes essentiels, aussi dans la littérature du Romantisme. Mais à Campo lit et entend aussi dans Winterreise une voix anti-romantique, une contre-voix : celle d'un réalisme émergent, d'un sentiment de vie moderne. Il oppose donc le cycle de lieder - en réalité aussi un paysage peint - à l'esthétique courante, à la vision de peintres comme Caspar David Friedrich.

Tout au long du livre, l'auteur nous entraîne dans sa quête de multiples interprétations de cette œuvre, de sa stratification. Il semble inépuisable à cet égard. Sa conclusion est ferme : Winterreise est sans fin. « Le texte se termine par une question (…) et le piano conclut avec une note indéterminée ». Avant de lire cette conclusion, nous découvrons une biographie très personnelle du compositeur. Tout dans ce livre, y compris ce portrait de vie, témoigne d'une vision très originale et singulière, mais aussi des plus érudites de ce magnifique morceau de musique. Une œuvre d'art d'une beauté vertigineuse, est-il écrit quelque part. Joep à Campo est un écrivain qui oriente notre expérience d'écoute de ce beau et triste Winterreise dans tous les sens, un voyage hivernal que Schubert lui-même a vécu sous la devise : « L'obscurité me sera plus chère ».


Informations



  • QUOI : Joep à Campo, Erotiek,religie,esthetiek. De Winterreise in het strijklicht van de Romantiek. ArtScape/ArteVista, Rotterdam, 2021, 300 p. avec photos de l'auteur.
  • Plus d'infos pour commander : cliquez ici

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