'Klassiek Centraal envoie ses fils, comme le dit le proverbe, et ils dépassent les frontières de notre petit pays en superficie, mais culturellement appartenant aux grands. Il y a très beaucoup à faire dans notre propre pays où nous ne pouvons pas être présents, pourquoi alors suivre des concerts à l'étranger ?
C'est le résultat des invitations de presse d'organisations qui ont appris à connaître notre site web et qui veulent absolument nous avoir une fois. Si quelqu'un peut alors – ce n'est pas toujours le cas – nous sommes heureux de répondre à une telle demande. C'est ainsi que j'ai assisté au congrès mondial des carillonneurs à Mafra, au Portugal et immédiatement après dans la petite ville historique suisse frontalière du Rhin, Rheinfelden.
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Monastère Olsberg lors du festival Solsberg[/caption]
Solsberg ne figure pas sur la carte, Olsberg avec un peu de chance. C'est en fait un ancien monastère, situé assez haut pour ne jamais être inondé si le Rhin a des caprices. Dans la région vit et travaille la célèbre violoncelliste Sol Gabetta. Elle a créé un festival de musique de chambre et il a reçu comme nom la contraction de Sol et Olsberg en Solsberg. Le Rheinfelden suisse est petit et particulièrement charmant avec beaucoup d'histoire. Le pont sur le Rhin n'est pas seulement un pont frontière entre deux pays, c'est aussi la limite du fleuve navigable. Le Rheinfelden allemand est une ville plus jeune des 19e/20e siècles qui, grâce à l'industrie qui s'y est implantée, est devenue plus grande que sa voisine, mais ne possède pas autant de coins et recoins pittoresques et certainement pas de bâtiments historiques. La frontière est culturelle, et oui, aussi en partie linguistique. L'allemand suisse et le souabe (l'allemand de la Forêt-Noire à l'ouest de la Bavière disons-le pour simplifier) diffèrent par la formation sonore, le vocabulaire, les expressions et le souabe en lui-même est déjà remarquablement différent de l'allemand standard scolaire que j'ai appris. Voilà notre introduction linguistique et touristique.
Le festival Solsberg est un coup de maître
Nous pouvons vous recommander vivement, si l'occasion se présente, de visiter et découvrir à la fois le Rheinfelden suisse et ses environs et de combiner cela avec l'assistance à tout ou partie du festival Solsberg. Cela en vaut vraiment la peine à tous égards. De la belle musique jouée au mieux dans un environnement inspiré par l'histoire et la nature, apaisant et reposant, où vous pouvez aussi chouchouter votre moi intérieur, n'est-ce pas idéal ?
Vsevolod Zavidov : un phénomène
Le premier soir de mon séjour, le jeune pianiste russe de 20 ans jusque-là inconnu pour moi Vsevolod Zavidov a donné un récital dans l'église du monastère d'Olsberg. Zavidov est une figure peu ordinaire et remarquable avec l'attitude d'un pianiste chevronné d'âge moyen. Ses doigts sont extrêmement rapides et très forts, il ne fait pratiquement pas d'erreurs ou à peine une très petite, toutes les notes sont détachées, un jeu lié ne faut pas s'y attendre. C'est plutôt sensationnel et curieux que purement musical de l'entendre à l'œuvre.
De Rachmaninov (1873-1943) il a joué une transcription de la partita n° 3 pour violon BWV 1006 de Bach. Impétueux, accablant, stupéfiant et tantôt extrêmement silencieux, à peine audible, du très rapide au fortement ralenti selon mon sentiment. Je l'ai trouvé méconnaissable chez Schubert (1797-1828), les quatre impromptus opus 90 (D 899). À cette exécution, je me suis senti perdu, ne sachant pas trop quoi en penser et comment le décrire. Théâtral n'est pas le mot juste bien que ce fût vraiment cela. Ce n'était pas romantique et pourtant... C'était maitrisé et extraordinairement brillant le travail dont je n'ai jamais aimé auparavant et maintenant certainement : les Trois Mouvements de Pétrouchka de Stravinsky (1882-1970). Comme Zavidov l'a interprété ici, vous ne l'entendrez pas une deuxième fois. Cela valait une enregistrement. Ainsi le récital a été clôturé par un pianiste qui me rappelle Volondat…
Premier concert de clôture de l'académie Solsberg
Le festival offre plus que de simples concerts où le violoncelle est au centre. De jeunes musiciens, tous des adolescents débordant de talent, ont eu l'occasion de suivre une masterclass avec Ivan Monighetti. Parmi les six qui ont joué en concert, nous en retenons certainement trois qui ont musicalisé à un très haut niveau. Deux autres pourront certainement faire une carrière saine et un soulève des points d'interrogation. Passons en revue rapidement ces six jeunes musiciens entre 12 et 19 ans.
Le violoncelliste espagnol de 19 ans Luis Aracama est le jeune homme avec des points d'interrogation. Il joue très fort, agressivement, avec très beaucoup de forte et fortissimo, très techniquement mais a-musicalement. Ce qui est très gênant, c'est son reniflement incessant et son expiration tout au long de son spectacle. Le jeu était bien différent pour la jeune Keruixi Ma, 12 ans, chinoise. Aussi fragile et petit qu'elle soit, elle joue de manière charmante et romantique, pleine d'amour pour la musique, l'instrument et le public. Il était remarquable qu'elle ait joué de la Fantaise sur deux Airs Russes op. 13 du compositeur flamand Adrien-François Servais (1807+-1866). Beaucoup de sentiment, une grande chaleur et des archet purs dans un jeu amplement lié, avec toute sa force, en chantant et en phrasant. Bravo !
Emilie Richter (Suisse) a interprété la sonate pour violoncelle de Zoltán Kodály (1882-1967) d'une manière trop tranchante avec parfois des attaques grinçantes de l'archet. C'est surtout une œuvre difficile, pleine de trucages pour quand même signifier quelque chose. Difficile de juger quelqu'un sur cette pièce. Ce sur quoi vous pouvez juger quelqu'un, c'est par exemple sur Johannes Brahms (1833-1897).
Rey Gergov, 14 ans, de Vienne, a interprété de Brahms la sonate n° 2 pour violoncelle et piano. L'accompagnateur était le pianiste Alessandro Tardino qui s'est présenté modestement et a joué avec humilité aux côtés des jeunes violoncellistes. La sonate de Brahms demande de l'énergie et Gergov en avait en abondance, jouant avec un nuançage fort et un contrôle total. Cela a été confirmé dans son interprétation de la première partie du concerto pour violoncelle n° 1 de Dmitri Chostakovitch (1906-1975). Je n'exagère pas en disant qu'il jouait au niveau de ce que nous avions entendu un mois et demi plus tôt à la finale de KEW Cello. Si ce garçon ne devient pas un grand violoncelliste, qui alors ?
Yiqi Chen de Chine a joué exactement les mêmes œuvres que Luis Aracama. Je n'ai jamais entendu une telle différence diametralement opposée en musicalité, en interprétation, en compréhension de la partition et du compositeur. Ce violoncelliste de 19 ans est prêt pour les grandes scènes et saura toujours charmer son public avec les plus beaux sons de violoncelle. Les Suites pour violoncelle de Bach – excusez-moi mais ce ne sont vraiment que des exercices pour les doigts sublimés – les a élevées à une beauté d'excellence rarement ainsi exécutée. La deuxième pièce d'Alfredo Carlo Piatti (1822-1901) sonnait maintenant, au lieu d'une composition, trop comme une œuvre fragile et sensible, riche en chant et en nuances comme seule l'époque romantique en produit. Même la sonate pour violoncelle de György Ligeti (1923-2006) devint un dialogue plein de phrasé et Chen sut élever la valeur de l'œuvre à un niveau plus élevé.
Le Luxembourgeois Matis Griso, aussi 19 ans, a bouclé la soirée avec des variations généralement bien exécutées sur un thème rococo de Tchaïkovsky (1840-1893). On aurait pu en jouir davantage, si ce jeune violoncelliste aussi avait bien compris que respirer en renifflant est gênant et ne doit vraiment pas y avoir place.
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Sol Gabetta[/caption]
Sol se déchaîne !
La soirée de clôture proposait un trio violon, violoncelle et piano avec des œuvres de Karol Szymanovski (1882-1937), Chostakovitch et Mieczyslav Weinberg (1919-1996). De ce dernier compositeur, c'était une œuvre pleine de violence douloureuse, un sentiment de solitude et d'incertitude absolue. Pas un morceau plaisant pour terminer, cela pourrait rendre les auditeurs dépressifs. L'interprétation de Sol Gabetta au violoncelle, Bomsori Kim au violon et l'excellente pianiste Yulianna Avdeeva était d'un très haut niveau, bien que cela n'ait pu atténuer l'obscurité de cette pièce. Avant cela, c'était l'écoute d'une sonate pour violon de Szymanovski, une œuvre plutôt intellectuelle où la passion n'a pas été mise en évidence par la violoniste. La pianiste l'a fait et aussi attirante qu'elle ait été, la violoniste ne l'a pas suivie. Alors la sonate pour violoncelle et piano de Chostakovitch était sur tous les plans beaucoup meilleure, disons excellente. Gabetta et Avdeeva jouent très fluidement ensemble, l'équilibre ne peut être meilleur. Une intimité chaleureuse retentit dans un jeu large, captivant, riche en émotions, très délicat, le mystique remplit l'espace de l'église et aussi une certaine énigme. Prier, c'est le mot le plus approprié pour cette œuvre.
Le concert et immédiatement le festival ont été fermés avec, en rappel, la première partie d'un trio avec piano de Mendelssohn. Musique délicieuse, infiniment belle.