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Tectonics in Flagey : écouter comme un déplacement plutôt qu'une expérience

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· 4 min de lecture
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Tectonics in Flagey : écouter comme un déplacement plutôt qu'une expérience
© Brussels Philharmonic

Il existe des festivals qui se lisent comme une histoire : avec une tension dramatique claire, des protagonistes reconnaissables et une conclusion qui termine proprement le tout. Et puis il y a Tectonics. Pas une histoire, mais un état. Pas une ligne, mais un champ où le son, l'espace et l'attention changent continuellement de forme.

Les 19 et 20 juin, le festival s'installe à Flagey, avec le Brussels Philharmonic et Ictus comme moteurs permanents. Ce qui ailleurs serait un festival construit thématiquement, n'est pas ici un parcours fixe, mais une situation de déplacement continu : entre concert, installation, performance et hasard. Les visiteurs se déplacent librement entre les différentes parties, sans ordre préétabli.

Écouter sans filet

Sous l'impulsion d'Ilan Volkov, Tectonics s'est développé en une plateforme internationale où écouter n'est pas une posture confortable, mais un choix actif. Ce qui est demandé ici, ce n'est pas la reconnaissance, mais la disponibilité : la volonté de se rapporter à l'inconnu sans cadre immédiat.

Cela rend le festival à la fois fascinant et exigeant. Celui qui vient avec l'attente d'œuvres achevées et de hiérarchies claires sera gentiment mais fermement tiré de cette position.

Flagey comme instrument

L'une des lignes les plus fortes du programme est la façon dont le lieu lui-même participe à l'écriture. L'œuvre Symphony for Kunstnernes Hus d'Øyvind Torvund n'est pas simplement exécutée à Flagey, mais dispersée dans les couloirs, les salles et les espaces intermédiaires. Le bâtiment devient partition, l'auditeur devient marcheur.

Cette logique spatiale revient de plusieurs façons. Les installations de David Dubois et Fabio Machiavelli s'installent à la périphérie du festival, tandis que les instruments expérimentaux de Baudouin Oosterlynck posent la question de savoir où le son commence réellement.

Le résultat n'est pas un parcours à suivre, mais un champ qui se laisse réassembler à chaque fois.

Le répertoire comme matériau, non comme monument

Dans le domaine orchestral et vocal, la musique n'apparaît pas comme patrimoine, mais comme matériau. Les œuvres d'Iannis Xenakis, Giacinto Scelsi et Frederic Rzewski ne sont pas présentées comme des chefs-d'œuvre achevés, mais comme des processus qui continuent à agir dans le présent.

Dans le programme Xenakis avec le Chœur de Radiodiffusion Flamand, ce principe devient particulièrement concret. Des œuvres comme Nuits et Serment traitent la voix humaine non pas comme porteuse de texte ou d'expression, mais comme masse sonore brute : respiration, cri, friction.

Associés aux mondes vocaux de Scelsi, il en résulte une sorte de « sculpture sonore vivante », dans laquelle les voix se comportent comme des champs sonores mouvants plutôt que comme des lignes individuelles. Le chœur fonctionne alors moins comme une collection de solistes que comme un seul instrument respirant, où le langage se dissout complètement en son.

Nouvelles voix : mémoire et structure

Face à ce matériau historique se dressent des créations nouvelles qui repensent chacune à leur manière l'idée de composition. Maya Verlaak part souvent de questions sociales et structurelles : comment sonne la vie ensemble, comment un groupe devient-il audible sans s'anéantir dans l'uniformité ?

Cassandra Miller, elle, travaille à partir d'un autre registre : celui de la mémoire et de la déformation. Une musique qui ne se développe pas au sens classique, mais qui semble s'écouter elle-même, légèrement décalée à chaque fois.

Avec le Brussels Philharmonic, il en résulte une pratique orchestrale qui tourne moins sur la représentation que sur l'interrogation.

Les bords du festival

Pour comprendre Tectonics, il faut non seulement regarder vers le centre, mais surtout vers les bords. Là où l'improvisation, le bruit et la performance se croisent sans identité fixe.

Farida Amadou y travaille avec la basse comme résistance physique : le son comme pression, comme tension plutôt que ligne. Jennifer Torrence explore le corps performatif, dans lequel le mouvement devient aussi important que le son lui-même.

L'ensemble Ictus, pendant ce temps, agit comme une charnière : non pas entre ancien et nouveau, mais entre différentes manières d'écouter.

Deux jours sans ligne droite

Le festival est construit comme un champ de situations parallèles. Les concerts se chevauchent, les installations continuent, les choix excluent d'autres possibilités. Ce que vous entendez n'est toujours qu'une fraction de ce qui se passe.

Cette fragmentation n'est pas une lacune, mais un point de départ. Tectonics n'organise pas une vue d'ensemble, mais une expérience d'incomplétude. Tout n'est pas entendu, et c'est précisément cela qui devient significatif.

Pratique

Tectonics se déroule les 19 et 20 juin à Flagey. Le festival est conçu comme un tout continu avec des concerts, des installations et des œuvres performatives qui se déroulent partiellement en parallèle. Les visiteurs choisissent eux-mêmes leur parcours et deviennent ainsi co-architectes de leur expérience. Les billets donnent accès à l'ensemble, non à des moments individuels.

Épilogue

Tectonics n'est pas un festival qui se laisse résumer. Il n'offre pas de pensée conclusive, pas de ligne cohérente, pas de conclusion rassurante. Ce qui reste est quelque chose de plus subtil : un déplacement dans l'attention.

Et peut-être que c'est précisément cela qui reste : non pas que tout ait été compris, mais qu'écouter a changé de statut en cours de route.

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