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De la pseudo-religiosité profonde à la sottise cabalistique

L
· 4 min de lecture
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De la pseudo-religiosité profonde à la sottise cabalistique

Satie s'amuse: Une journée entière de concerts avec Erik Satie comme compositeur central, c'est une expérience particulière. Il n'a certainement pas manqué de variété et de diversité.

Cela a commencé par Sacré Satie, un titre qui sonne déjà aussi ambigu que la musique qu'on pouvait entendre. Satie a-t-il composé avec son œuvre bizarre Uspud de la musique sacrée ou maudite ? Du commentaire dans le livret du programme, nous apprenons qu'il a composé l'œuvre à une époque où il suivait une sorte de vocation religieuse et a même fondé sa propre société, dont il est resté le seul membre… Le personnage Uspud autour duquel tourne l'œuvre de 1892 est d'une part religieusement extatique mais d'autre part possédé par des démons, ce qui donne à l'œuvre un caractère apocalyptique. La pièce est divisée en trois actes et a un caractère très fragmentaire. Ce sont comme des délires bizarres qui dominent l'esprit de Satie et auxquels il donne expression en sons. Il n'y a pas de vraies lignes mélodiques, la musique sonne très fragmentaire, sans véritable cohérence ou évolution. Si elle exige du spectateur une bonne dose de concentration, c'est pour Jan Michiels rien de moins qu'un tour de passe-passe de faire de cette œuvre une pièce de musique pour piano acceptable. Il le fait dans son style mesuré et calme qui lui est propre et maintient de cette façon (et aidé par un éclairage bien conçu) l'auditeur sous le charme. Voici aussi déjà un mot d'éloge pour Lise Bruyneel, qui fournit un arrière-plan simple et fluide, nulle part importun, sur lequel apparaissent régulièrement des passages de texte qui clarifient ce qui préoccupe Satie.

La combinaison avec le Via Crucis de Franz Liszt, créé environ quinze ans plus tôt, s'adaptait merveilleusement bien, non seulement en raison de la connotation religieuse mais aussi en raison du style sobre et du ton ascétique – presque atypiques pour Liszt. La désignation vidéo de chaque station du chemin de croix a également aidé dans ce cas à comprendre la musique.

[caption id="attachment_51334" align="aligncenter" width="1024"] © Malou Van den Heuvel[/caption]

Salon Satie

Le premier concert de l'après-midi a été – pour moi en tout cas - le point culminant de la journée. Nous avons déjà entendu Inge Spinette et Lore Binon travailler ensemble auparavant lors de récitals de lieder et elles ont sorti ensemble plusieurs cd très appréciés. Lore Binon a d'ailleurs reçu en 2018 le Golden Label de Klassiek Centraal pour l'enregistrement de Poètes Maudits. Le programme choisi ici était simplement un coffre à bonbons pour ceux qui aiment la mélodie française du tournant du siècle. Des chansons sur l'amour fragile, la tristesse rêveuse et la flânerie mélancolique, avec un bref aperçu de la joie de vivre : Lore Binon et Inge Spinette trouvent le ton juste. Avec des fils d'une finesse extrême de son timbre doux, Lore Binon vous entraîne dans la poésie magique. Elle chante les mélodies subtiles de manière délicate et d'une finesse vertigineuse, avec fluidité et sensualité sans perdre en expression. Au contraire, sa voix semble gagner en puissance expressif au fil des années, sa présence en pouvoir de persuasion. Avec son bis Mon homme de Mistinguette, l'atmosphère a été doublement confirmée ! Inge Spinette connaît très bien la voix. C'est une pianiste particulièrement sensible et consciente du texte et elle accompagne la chanteuse avec des doigts de velours et une attention incessante. Ses quelques pièces solo de Satie – parfaitement intégrées dans le récital – ont fourni la touche ludique. Un plus était que les textes étaient également projetés ici d'une manière non gênante.

[caption id="attachment_51335" align="aligncenter" width="2560"] © Malou Van den Heuvel[/caption]

Satire Satie

Le dernier concert portait sur des pièces plus amusantes de Satie flanquées de musique de chambre de Poulenc et Stravinsky. Pour l'exécution, les musiciens de I Solisti ont rempli la scène. Outre les instruments à vent et les cuivres obligatoires et le percussionniste, il y avait aussi un clin d'œil aux aspects dada qui ont émergé au début du vingtième siècle, avec des machines à écrire, des crécelles et des serpillières mouillées. L'ensemble est devenu une sorte de cabaret instrumental tourbillonnant, avec comme pièce centrale Parade d'Erik Satie jouée dans un arrangement ingénieux de Tim Mulleman, qui a transformé les divers styles et ragtimes en un ensemble atmosphérique. Ici aussi, Lise Bruyneel a fourni tantôt un arrière-plan carnavalesque comme décor, ou a laissé des figures clownesques inspirées des chinoiseries du début du vingtième siècle tournoyer sur les musiciens. Tout au long de la journée, elle s'est révélée être une artiste visuelle ayant une juste compréhension et surtout du respect pour ce qui se passe dans la musique. Un équilibre unique, comme je ne l'ai jamais rencontré lors de concerts.

Festival 20·21 peut d'ores et déjà regarder en arrière avec satisfaction et complaisance la journée thématique de cette édition, une production que le directeur artistique Pieter Bergé a soutenue en particulier. Le Festival continue à Leuven jusqu'au 29 octobre 2023.


QUOI : Satie s'amuse, Festival 20·21 QUI : Jan Michiels [piano], Inge Spinette [piano], Lore Binon [soprano], I Solisti, Lise Bruyneel (vidéo) : Leuven, Stadsschouwburg QUAND : dimanche 8-10-2023
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