Aller au contenu
Traduit automatiquement · original
Critiques

Lent mais sûr

T
· 4 min de lecture
Partager cet article
Lent mais sûr
© KTC1752

La hâte et la précipitation sont rarement bonnes, même en musique. Demandez-le au Taurus Quartet. Leur dernier cd s'écoute comme un vibrant hymne à cet adage trop souvent oublié.

En 2022, le Concertgebouw Brugge a organisé la troisième édition de son festival artistique SLOW(36H), un hymne à la lenteur dont la devise était : plus l'expérience est lente, plus intense est le souvenir. Dans le cadre de ce festival, comme nous le lisons dans le livret de ce nouvel album, le Taurus Quartet a reçu la demande de créer lui-même un programme, librement inspiré par un enregistrement de 2015 du Keller Quartett, Cantante e tranquillo. La graine plantée alors a depuis germé pour devenir un projet d'enregistrement composé exclusivement de mouvements lents. Rien de très original donc, mais une tentative persistante de s'arrêter un moment, autant que possible.

Dans ce train de la lenteur prennent place des compositeurs d'horizons divers. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) et György Kurtág (°1926) sont considérés comme les principaux points d'ancrage, mais les polyphonistes Guillaume de Machaut (ca. 1300-1377) et Pierre de la Rue (ca. 1450-1518) figurent également à l'appel, ainsi que les compositeurs du XXe siècle Anton Webern (1883-1945) et Giacinto Scelsi (1905-1988). Leur musique est extraite de son habitat naturel et de ce fait placée sous une lumière nouvelle. C'est un procédé où on gagne et on perd à la fois. On perd bien sûr la structure originale du quatuor à cordes ou de la composition, mais cela ne pèse pas face à l'intéressante recontextualisation qui se produit. Ainsi découvrez-vous par exemple que l'Arioso interrotto de l'Officium breve in memoriam Andrae Szervánsky (opus 28) de Kurtág, dans toute sa retenue, a finalement plus à voir avec la Misa de Notre Dame de Machaut qu'on ne le penserait. Et cela malgré les nombreux siècles qui séparent les deux compositions.

Respect et tendresse

La lenteur se manifeste donc sous de nombreuses formes sur cet album, mais peut-être nulle part aussi convaincante que dans les mouvements lents de Beethoven. Ceux-ci proviennent des derniers quatuors à cordes – en Si bémol majeur (opus 130) et Fa majeur (opus 135) – et du deuxième quatuor Razumovsky (opus 59 n° 2). Pour le Taurus Quartet, ce n'est pas un terrain inconnu : le quatuor a à son actif plusieurs intégrales de ces quatuors à cordes. Et cela s'entend aussi. Jouer doucement et néanmoins articuler clairement et précisément est un art, comme nous l'entendons par exemple dans le Lento assai, cantante e tranquillo de l'opus 135. L'album commence d'ailleurs et se termine par ce mouvement contenu. Et ce qui frappe sans même l'écouter, c'est qu'un tel voyage terriblement lent à travers le paysage musical fait aussi ralentir les musiciens. Le résultat ? Une interprétation qui dure pas moins de quarante secondes de plus que celle que nous avons entendue initialement. La poignante Cavatina de l'opus 130 est, contrairement au Molto adagio émouvant du deuxième quatuor Razumovsky, moins longuement développée que nous ne l'avons l'habitude chez la plupart des quatuors. La phraséologie légèrement plus incisive du Taurus Quartet fait de ce célèbre mouvement moins un morceau qui tire les larmes et plus un message d'espoir, et celui-ci se rapproche peut-être davantage de l'essence de ce que Beethoven voulait exprimer avec cette musique extraordinaire.

Avec SLOW, le Taurus Quartet montre qu'il maîtrise plusieurs idiomes. Mais il montre aussi que la distance entre ces différents langages est moins grande qu'on ne le croit souvent. La fragilité chuchotante des Microludes de Kurtág – à peine audible même – n'est guère éloignée des derniers quatuors de Beethoven, qui étaient à leur époque bien en avance sur leur temps. Mais aussi les points de contact inattendus entre les compositions modernes de Scelsi et les 5 Sätze pour quatuor à cordes (opus 5) d'Anton Webern valent la peine d'être découverts. Ce sont tous deux des œuvres pleines de tension et, dans le cas de Scelsi, avec une dynamique particulièrement captivante. Ajoutez-y encore la transparence qui émane des compositions polyphoniques de Machaut et Pierre de la Rue et nous obtenons un enregistrement qui, malgré l'unicité de la thématique et de la conception, reste captivant du début à la fin. Dans une société qui recherche consciemment la vitesse et l'admire même, SLOW peut offrir une contre-voix bienvenue. Tout comme sur ce cd, il s'agit de bien utiliser la lenteur. Ou comme l'a exprimé le sociologue, anthropologue et philosophe français Pierre Sansot (Du bon usage de la lenteur) : « La lenteur, c'était, à mes yeux, la tendresse, le respect, la grâce dont les hommes et les éléments sont parfois capables. »

Partager cet article

Commentaires

Aucun commentaire pour l’instant. Soyez le premier à réagir.

Laisser un commentaire

Les commentaires sont relus avant leur publication.

FR