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« Là où il y a de la musique, il ne peut y avoir rien de mauvais »

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· 6 min de lecture
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« Là où il y a de la musique, il ne peut y avoir rien de mauvais »

Cela pendait cette période de fin d'année à un fil de soie, ou plutôt à une corde de boyau sans détour : la première d'une toute nouvelle série de concerts au Musée des Instruments de Musique de Bruxelles. Heureusement, il y avait le Conseil d'État, grâce auquel Le musée en concert a pu démarrer sur une note positive plutôt que fausse.

Caroline Veyt, maîtresse de cérémonie, s'en est avérée visiblement enthousiasmée. Et le public masqué avec elle – presque ! Au demeurant, l'hémicycle bien rempli du 8e étage du MIM attendait un programme à la fois attractif, palpitant et stylistiquement varié. Il y avait un diptyque de Schumann, un morceau tout à fait au goût de Madame Clara : à la fois rafraîchissant et passionné. Ensuite, le chant du cygne de Debussy suivrait, immédiatement aussi sa seule sonate pour violon. La finale de cette œuvre est comme un serpent se mordant la queue, selon le compositeur lui-même, non dénuée d'une certaine symbolique. En tous les cas, la musique fantastique de Claude possède toujours la vie éternelle. Une chose qui peut aussi s'écrire du phénomène Mozart bien sûr. Celui-ci est arrivé sur papier en dernier. Avec un trio pour piano entrain avec lequel on traverse tout le week-end en fredonnant, comme on nous l'avait promis. Grâce à toute cette beauté, il n'y avait peut-être plus personne qui regrettait encore le programme original. Vu les circonstances exceptionnellement incertaines, les musiciens ont finalement renoncé au deuxième trio pour piano de Schubert tout aussi exigeant que grandiose (D 929). C'est compréhensible : qui se donne du mal pour un marathon veut aussi pouvoir en récolter les fruits. Et là-dessus, n'en parlons plus !

Pour le tout premier concert d'après-midi de Le musée en concert, MGConcerts et le CPE festival, les forces réunies derrière cette initiative toute nouvelle, ont recruté une combinaison belgo-russe. En tant que l'une des douze lauréates du Concours Reine Élisabeth 2019, et gagnante des deux prix du public, nous n'avons bien sûr pas oublié 'notre' Sylvia Huang – malgré tous les variants du virus ! La petite sœur, deux ans plus jeune, de la violoniste, en revanche, progresse désormais laborieusement dans la vie et se forge sa propre réputation. Qui sait si Stéphanie ne suivra pas ses traces au printemps de cette nouvelle année lors du concours de violoncelle, selon ce qu'on a pu apprendre lors d'une séance de questions et réponses avec les trois musiciens annoncée comme épilogue. Une vraie primeur en effet, qui a spontanément déclenché les applaudissements de la salle. Mais aussi un lapsus linguae quelque peu aventuré : ce n'est qu'après la mi-mars que nous saurons si la candidature de Huang a effectivement survécu à la présélection. Et donc si Kusnezow pourra de nouveau l'accompagner après aujourd'hui. La chance est de toute façon considérable que nous reverrons le natif de Moscou en mai sur la scène de Flagey. Si Kusnezow, dans son pays d'adoption l'Allemagne, était déjà associé à plusieurs Wettbewerbe internationaux, c'est en 2019 qu'on l'a aussi engagé pour la première fois à Bruxelles. Il accompagnait alors, mais oui, Sylvia Huang vers le fil d'arrivée.

Trop de plaisir de jeu ?

Aux côtés de la plus jeune Huang, Kusnezow a confirmé ses qualités de partenaire de duo tantôt subtil tantôt décidé. La violoncelliste y a d'abord opposé un beau son doux et chantant, avant de puiser ensuite, comme un coup de tonnerre, dans un tout autre registre, nettement plus énergique. Ils s'étaient approprié le discours tonal caractéristique et scindé de l'Adagio et du suivant Allegro de Schumann de 1849, un opus initialement conçu pour le cor français. Pourtant, il y avait une différence essentielle entre les deux interprètes, qui s'est rapidement manifestée déjà dans la première partie plus douce. Les phrasés aux touches sonaient beaucoup plus hardis que le jeu des cordes : une différence d'approche et de tempérament qui rendait curieusement leur histoire commune encore plus captivante. Si la richesse sonore inspirante de la sonate pour violon et piano de Debussy est naturellement divertissante (1917), c'étaient le contrôle louable et la précision de 'la plus ancienne Huang' qui en faisaient une très bonne interprétation. Il était clair qu'elle maîtrise cette partition extrêmement bien. Pourtant, un peu plus de volume et une impulsion supplémentaire d'enthousiasme dans les sections externes auraient rendu l'ensemble tragique plus ressenti et ainsi encore plus convaincant. Kusnezow était aussi à nouveau au rendez-vous d'ailleurs, comme en témoignait par exemple son toucher attentif tant dans l'entr'acte mouvementé (Fantasque et léger) que dans le finale affairé (Très animé). Ou comment notre triarchie musicale avec Schumann et Debussy a puisé la confiance nécessaire, en elle-même et l'une dans l'autre, pour le Mozart qui s'annonçait.

Mozart, Haydn ou même Hummel par exemple demandent une autre approche et un style de jeu différent de celui que nous avons déjà entendu dans la première moitié de ce concert. Cela semble évident, m'entends-je peut-être penser, mais ce n'est absolument pas le cas. Trop souvent, c'est l'inverse qui est vrai, et le public reçoit ses Mozart viennois bien-aimés avec une sauce romantique par-dessus. Le trio occasionnel a également choisi cet après-midi un Mozart habillé de façon plus moderne. Comme si l'on avait oublié de tourner le bouton pour son avant-dernier trio avec piano (1788). Non, ce n'était pas en vibrato sur chaque note. Et le clavier était également plutôt économe avec sa pédale de sostenuto. Mais les accents parfois artificiels ont bien freiné une articulation élégante et fluide. D'ailleurs, la partie d'ouverture a filé (Allegro), sans même faire la moindre pause respiratoire. Malheureusement, cela n'a pas aidé la force d'expression, malgré quelques ornementations savoureuses de Kusnezow et l'amusement visible chez les sœurs Huang. Il ne manquait donc pas de joie de jouer, quelque chose qu'on ne pourrait généralement qu'applaudir. Pourtant, la frontière entre un sourire naturel et un rire remarquablement inopportun s'est soudainement amenuisée. Un moyen de se débarrasser du problème d'image de la musique classique sérieuse ou de présenter Mozart – tout comme Peter Shaffer – comme l'Amadeus joyeux ? Inconsciemment, cela a en tout cas penché vers la désinvolture, une attitude que ne mérite absolument pas un compositeur de ce calibre. De plus, avec l'imposant Andante cantabile, ce trio avec piano a aussi un côté réfléchi, moins léger, et les modulations schubertiennes dans l'Allegro final font soudain entendre un Mozart plus dramatique. Il restait du travail à faire pour rendre ces messages plus crédibles, même si cela devrait certainement être possible ensemble. Ou pour le dire avec la devise de la famille Gruuthuse du Moyen Âge tardif : Plus est en vous !

Cela s'est également avéré immédiatement vrai dans le bis du trio. L'Andante con moto tranquillo du premier trio avec piano (Opus 49) de Mendelssohn a étayé les paroles sages de Cervantes avec une série de notes sublimes. « Donde música hubiere, cosa mala no existiere. » Où il y a de la musique, comme l'a déjà enseigné l'ingénieux Don Quichotte, il ne peut vraiment y avoir rien de mauvais. À vous de le découvrir dans les mois à venir lors du Le musée en concert, en commençant dimanche 23 janvier avec les sons uniques du violon et du luthéal : une invention de bout en bout belge pour un instrument à clavier très particulier de la propre collection du MIM.


  • QUI : Sylvia Huang (violon), Stéphanie Huang (violoncelle), Boris Kusnezow (piano)
  • QUOI : Robert Schumann (1810-1856) – Adagio & Allegro en La bémol (Opus 70) | Claude Debussy (1862-1918) – Sonate pour violon et piano en sol (L 148) | Wolfgang Amadeus Mozart – Trio avec piano en Do (KV 548)
  • : salle de concert, Musée des Instruments de Musique (MIM), Bruxelles
  • QUAND : samedi 8 janvier 2022
  • PHOTOS : © MGConcerts
  • ORGANISATION : Le musée en concertMGConcerts en collaboration avec le CPE festival


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