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Winterreise réinterprétée de manière enrichissante

L
· 4 min de lecture
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Winterreise réinterprétée de manière enrichissante

***** Cette nouvelle enregistrement de Julian Prégardien offre une interprétation peu banale de la Winterreise de Schubert, cette œuvre maîtresse absolue de la littérature de lied. Reconnaissable, mais en même temps déconcertante. Et surtout fascinante et mordante. Fascinante et en même temps mordante, je veux dire. La Deutsche Radio Philharmonie sous la direction de Robert Reimer est le partenaire idéal du crime.

Hans Zender (°1936) est sans doute l'un des compositeurs contemporains importants. Il écrit dans divers genres (piano, musique de chambre, orchestre, lied, l'opéra Stephen Climax, etc.) et se laisse parfois inspirer par les œuvres de ses prédécesseurs (Haydn, Schumann). Son « interprétation composée » de la Winterreise de Schubert date de 1993. Il était donc grand temps qu'un chanteur talentueux s'y attaque pour un enregistrement, et qu'il s'entoure d'un excellent ensemble de chambre.

Le début du disque crée déjà une tension immédiate. La musique commence si extrêmement doucement qu'il faut attendre longtemps avant d'entendre quoi que ce soit. Puis suit un rythme de marche sec, dans des cordes pincées. Le « Wandern » nous plonge immédiatement dans une atmosphère sèche et dure. Le ton du voyage rude à travers le paysage hivernal est donné. Après environ quatre minutes, le son « reconnaissable » de la Winterreise de Schubert arrive, la base sur laquelle le chanteur entre : Gute Nacht, avec la phrase significative « Fremd bin ich eingezogen, fremd zieh ich wieder aus. » Puis la dureté et la colère dominent la voix, accompagnées de l'orchestration, qui participe à l'hystérie avec des glissandi dans les cordes et des effets brutaux de la percussion. L'amertume de ce premier lied imprègne toute l'« interprétation » du cycle de lieder. Même le début plein d'espoir de Die Post se tord en amertume dans l'écho.

L'intensité de Schubert dans une nouvelle forme

Les textes du livret du disque aident à comprendre cette « réinterprétation ». Zender tente dans cette « komponierte Interpretation » une identification telle avec le compositeur Schubert que sa propre force créative suit le même souffle. Il vit l'œuvre de Schubert avec la même intensité, mais d'une manière entièrement nouvelle. Sa composition est une tentative de saisir la solitude avec la même intensité, mais articulée de manière moderne, exprimant les maux de notre époque. Il compose des sons magiques, non pas directement comme la voix de Schubert, mais comme l'expression d'une conscience profonde de notre existence humaine. La voix de l'« interprète composant » est une réaction spontanée aux moyens stylistiques de Schubert. La musique reflète comment le compositeur Zender ressent la Winterreise de Schubert.

La version de Zender ne change pas du tout le caractère de la musique originale et n'est pas non plus une variation sur des ornements. Elle prend ses distances avec la période passée par un mode d'expression du temps actuel. L'original ne doit pas être endommagé ou falsifié. Zender réussit donc parfaitement à rendre visible ce dont il s'agit dans le cycle de Schubert : la solitude et la dureté de l'existence. L'accompagnement au piano est transféré à un ensemble instrumental qui, dans les divers instruments, exprime les émotions. Il y a des effets durs (Der stürmische Morgen) à côté de belles sonorités de cordes et de doux bois au début de Auf dem Flusse, où à la fin l'image est littéralement déchirée par des cuivres éclatants. Tout au long de la composition, nous obtenons des sonorités qui rendent l'histoire visible. Avec une fin qui sonne crûment de douleur.

Julian Prégardien possède une voix de ténor idéale et flexible pour cette interprétation. Il s'adapte entièrement au ton nouveau, avec respect pour la portée substantielle de Schubert et Zender. Son affirmation « Ich fühle und singe » est très convaincante. Elle semble être l'essence de son approche.

Zender transforme son « komponierte Interpretation » de la Winterreise de Schubert en un voyage vagabond captivant, qui ne peut qu'approfondir la compréhension de ce cycle éternellement significatif. Avec des interprètes comme Julian Prégardien et la Deutsche Radio Philharmonie, le voyage est à recommander et une découverte pour tout amateur de lied. Du moins pour celui qui est prêt à accepter le caractère déconcertant des sonorités, même si cela demande un certain effort.


  • QUOI : Winterreise de Schubert, une interprétation composée pour ténor et petit orchestre par Hans Zender
  • QUI : Julian Prégardien (ténor) – Deutsche Radio Philharmonie dir. Robert Reimer
  • ÉDITION : Alpha Classics 425
  • COPYRIGHT PHOTO : © Marco Borggreve
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