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Critiques

'Amor Fati' compagnie Isabelle Beernaert

V
· 5 min de lecture
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'Amor Fati' compagnie Isabelle Beernaert
© Elke Smit

'Amor Fati' est un concept à double sens. Le mot 'Amor' signifie amour, et 'Fati' le destin. L'amour peut être à la fois apaisant et déstabilisant. Offrir de la sécurité ou sembler terrifiant.

La danseuse/chorégraphe Isabelle Beernaert a examiné sa propre vie et l'a confrontée à la philosophie de Nietzsche et aux huit types d'amour selon la philosophie grecque : Eros (amour passionnel), Philia (amour amical), Agape (amour désintéressé), Storge (amour familial), Mania (amour obsessionnel), Ludus (amour ludique), Pragma (amour pragmatique) et Philautia (amour de soi). Pendant la période de répétition, elle a également permis à ses danseurs d'exprimer leurs expériences dans des improvisations. Tout cela s'est cristallisé en chansons/tableaux successifs où les différents aspects de l'amour sont abordés.

Image scénique

On joue avec un rideau ouvert. Le fond montre une palette de couleurs chaudes avec du sable, de la terre et des teintes orange/rouges. Les sons apaisants d'une basse électrique et d'un hautbois remplissent l'espace. On a l'impression de flotter dans le ventre maternel, le ventre de la mère terre. Un texte projeté invite à la réflexion et à l'apaisement : "Here you will calm your soul. Here we are at home and will find the comfort you seek. Here you will be healed again". Un quart d'heure avant le début du spectacle, tandis que la salle se remplit progressivement du public, les danseurs se présentent calmement un par un. Ils marchent tranquillement jusqu'au milieu de la scène, s'assoient quelques minutes, face au public, puis disparaissent.

Source de force musicale

La magnifique musique dans une large palette comprenant notamment des compositions de G.F. Händel, J.S. Bach, Jeff Neve, Pietro Mascagni, Nina Simone, Roberta Flack, Chi Coltrane et autres, instrumentale et chantée, vous touche jusqu'au plus profond comme une caisse de résonance de l'âme humaine. C'était une expérience révélatrice. C'est un mystère comment les courants émotionnels et musicaux pénètrent le public. Isabelle Beernaert a personnellement sélectionné les chansons mais a confié les arrangements à Kristiaan Deruytter (nom d'artiste Kristo) et Nicolas Thys. Kristo est multi-instrumentiste, mais joue ici principalement de la guitare électrique et du piano. Il possède en outre une voix puissante et belle qu'il utilise avec autant d'emplâtre et de souplesse que ses instruments. Sa maturité musicale témoigne de pureté et de dosage. Un univers unique. La spiritualité dans la musique parle aussi. La musique a de la structure, mais ne s'impose pas. Elle est riche en nuances fines. Elle s'accumule, mais de manière tranquille et porte en elle des impulsions méditative. Avec un savoir-faire extraordinaire, il réinterprète les chansons à sa manière dans une harmonie merveilleuse. Les compositions sont riches de détails, d'atmosphère et de force vibrante. Une musique inspirée qui te rend complètement zen. Il est assisté par le contrebassiste et bassiste Nicolas Thijs et le percussionniste taiko Bert Gits. Avec leur jeu en direct, ils forment le cœur battant du spectacle et accompagnent la chorégraphie vers une profondeur et une intensité émotionnelle plus grandes.

Kaléidoscope

Sur le plan scénographique et visuel, on a recherché un équilibre entre la musique et la danse. Les instrumentistes font partie de l'ensemble, apparaissent et disparaissent à nouveau. Le grand mur de fond s'écarte également dès le départ et devient modulaire pour chaque chanson ou pièce musicale, placé dans une position différente. Les couleurs chaudes du début se transforment en teintes grises et blanc cassé mais s'animent à nouveau vers la fin. Cinq danseurs et trois danseuses font de leur mieux. Chaque danseur a l'occasion de danser en solo. En outre, il y a de nombreux duos d'attraction et de répulsion, ainsi que de beaux ensembles synchronisés.

Sur la composition séculaire 'Air' de J.S. Bach, tout l'ensemble danse avec fraîcheur et légèreté. L'intermezzo avec le percussionniste taiko Bert Gits assisté par Kristo et Nicolas Thijs est impressionnant, où les danseurs exécutent une danse physique exubérante, presque rituelle. Ils s'effondrent ensuite, épuisés. De la fumée est produite. Leurs corps semblent fumer d'effort. Disparaissent ensuite dans les volutes de brume. Beau et impressionnant à la fois. Cela nous rappelle notre mortalité. L'une des scènes est également remarquable : trois murs sont poussés l'un vers l'autre. Qui ne connaît pas l'expression « les murs me rapprochent ! » et un homme perd émotionnellement ses pédales. Il est approché doucement et tactile par un autre homme. Le fait qu'il ne soit pas seul, qu'il y ait des épaules sur lesquelles s'appuyer, le redresse progressivement. La tendresse, l'amour désintéressé se voient attribuer un visage ici. La séduction est abordée dans un raffiné morceau de tango.

Isabelle Beernaert démontre dans ce spectacle une polyvalence stylistique et a pointu le potentiel expressif. D'un point de vue technique, les danseurs montrent toute une palette de tendresse à l'acrobatie folle. L'intensité de la musique fait quelque chose avec vous. Elle enroule une couverture chaude autour du monde.

Cependant, une petite critique. À la fin, les danseurs se présentent un par un et reçoivent des applaudissements bien mérités. Mais non, le spectacle n'est pas encore terminé. Sur une scène sombre, le piano à queue est roulé entouré de petites lumières. Kristo joue et chante une dernière chanson 'Help me through the night' de Gladys Knight tandis que les danseurs prennent un par un une petite lumière et disparaissent dans la salle. C'est beau en soi, mais trop d'une bonne chose !

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