Cette 'Tour de France' était un mariage réussi, 'marriage' pour rester dans l'ambiance, entre le répertoire classique français de chanson pur sang et la chanson. Paris est LA ville de l'amour, ce sentiment était le fil rouge tout au long du concert.
Les deux sopranes Lissa Meyvis et Lisa Willems ont composé un programme personnel. L'énergie artistique coule à flots. Elles n'ont pas opté exclusivement pour le répertoire largement connu, mais ouvrent également des œuvres moins connues avec nombre de petits joyaux. Dans les textes amers-doux, l'amour pour une personne ou la nature résonne. Le pianiste classique Lester Van Loock s'inscrit dans le rôle de serviteur accompagnateur qui, par une remarque sèche entre deux, apporte la note joyeuse. À deux reprises, il apporte également avec transparence, bravoure et maîtrise un solo de piano. Ce trio guide le public dans un monde plein de musique merveilleuse et enchanteresse.
Lisa Willems ouvre avec une chanson languissante de la belle époque d'Erik Satie 'Je te veux'. Ensuite Lissa Meyvis avec 'La diva de l'empire'. Elle provient de la période du café-concert d'Erik Satie, où il était pianiste au cabaret Le Chat noir. Il l'a écrite pour Paulette Darty. C'est simple mais efficace de style et non exempt de quelques frivolités. Lissa Meyvis chante avec tout son corps. Un langage corporel expressif et une mimique qui en dit long. Des yeux qui peuvent séduire et tout aussi bien cracher du feu. Elle projette son art de la séduction sur quelques messieurs plus âgés. Délicieux ! Elle sait par la couleur du charme et de la fantaisie d'une diva s'emparer complètement du public. Lisa Willems continue avec 'Hymne à l'amour' d'Edith Piaf basé sur une composition de Schumann. Il y a quelques rares interprètes avec une grande personnalité que vous pouvez difficilement égaler. Le timbre sombre et vécu de la voix de Piaf était unique. Interpréter cette ballade en tant que soprano est un risque et je n'ai pas trouvé cela très réussi. Alors que Lissa Meyvis choisit 'La vie en rose' l'une des chansons les plus célèbres de la Môme Piaf. Meyvis comprend l'art d'attirer une chanson à soi, de se l'approprier de manière naturelle et transparente et d'en extraire l'essence. Cela crée un beau moment de silence. Elle fait aussi cela avec 'La mer' de Charles Trenet. Il a écrit le texte à l'âge de 16 ans et a composé plus tard une composition autour. Avec 'La vie en rose' d'Edith Piaf, ce sont les chansons françaises les plus vendues de tous les temps.
Après tout ce travail vocal, place à Lester Van Loock. Il a choisi 'Arabesque n° 1' de Claude Debussy. Le nom fait référence à la légèreté et à l'ornementation. Avec bravoure quant à l'immersion et au jeu, il révèle la force narrative de Debussy.
Lisa Willems continue avec 'Prose lyrique – De Rêve' également de Claude Debussy. Il a écrit à la fois le texte et la musique et il s'agit du bruissement des feuilles. Une chanson vocalement/techniquement exigeante. Puisque le programme porte le nom de 'Tour de France', une chanson sur une bicyclette ne devait pas manquer. L'œuvre de Francis Poulenc n'est pas toujours très accessible mais dans 'Fêtes galantes – Bicyclette' il montre quand même un côté différent et plus piquant de son talent. En termes d'articulation, c'est du feu pur. Lisa Willems apporte deux fois une interprétation impressionnante.
Lissa Meyvis mobilise à nouveau tout son talent de comédienne pour 'La Coccinelle' de George Bizet. Un homme veut embrasser une fille mais est distrait par une coccinelle. Elle l'interprète comme une ingénue, malicieuse et attachante. Lisa Willems a choisi l'aria 'Habanera' de l'opéra Carmen de Georges Bizet, composée pour mezzo mais en tant que soprano elle s'en tire aussi magnifiquement. Carmen impose l'amour. Les notes aiguës sont impressionnantes. L'impact est tellement fort que j'en laisse tomber une larme. Lissa Meyvis choisit des chansons provocantes et bascule sans effort entre les humeurs. Aussi dans 'Les filles de Cadix' de Léo Delibes. Avec l'accompagnement du piano et des castagnettes, l'atmosphère espagnole est tout à fait juste. La première partie se termine par le magnifique 'Duo des fleurs de l'opéra Lakmé' de Léo Delibes. Leurs voix s'assimilent parfaitement.
La deuxième partie n'est pas purement française. C'est plutôt un réseau d'artistes qui se sont échoués un jour en France et y ont séjourné pour une période plus ou moins longue. En commençant par Kurt Weill. Lisa et Lissa interprètent 'Youkali'. Après que Weill ait échappé à l'Allemagne nazie, il a essayé pendant ses deux ans de séjour à Paris d'écrire des chansons à succès. Lisa interprète aussi le robuste 'Je ne t'aime pas' de Weill, ainsi que le succès mondial de Nana Mouskouri 'Coucouroucoucou'. Lissa Meyvis a choisi quant à elle un numéro du chanteur arménien qui a trouvé en France sa deuxième maison : 'Par gourmandise' de Charles Aznavour. Ce mélange aboutit à des moments captivants, amusants, émouvants et pleins d'atmosphère.
Lester Van Loock expose à nouveau sa maîtrise dans la 'Deuxième Rhapsodie hongroise' d'une série de dix-neuf Rhapsodies hongroises de Franz Liszt. Époustouflant et captivant à regarder et à écouter. Lisa Willems se lance dans le 'Vilja Lied' de Franz Léhar de son opérette "Die Lustige Witwe". Un autre numéro de l'opérette 'Lippen Schweigen' est joué d'une manière subtile pour exprimer l'attirance sexuelle entre les deux femmes.
Lissa Meyvis interprète un air de l'opéra tragique Orpheus en Eurydice de Christoph Willuck Gluck 'J'ai perdu mon Eurydice' autrefois traduit en français. Suivi de Lisa Willems avec une chanson qui s'inscrit parfaitement dans cette période de l'année 'Les feuilles mortes' écrite en 1946 par Jacques Prévert, musique de Joseph Kosma. Yves Montand en a fait un classique. Lissa Meyvis se risque à la chanson fétiche de l'icône noire Josephine Baker 'J'ai deux amours'. Lisa enchaîne avec 'A Chloris' de Reynaldo Hahn, un compositeur français, chef d'orchestre et critique musical. Il a déménagé du Venezuela vers la France à l'âge de trois ans.
En dernier lieu, Lissa Meyvis brille avec le joyeux air 'Air des bisous' de Jacques Offenbach. Et en tant que finale, encore un duo entre Lisa & Lissa également d'Offenbach 'Barcarolle – Belle Nuit' tiré des Contes d'Hoffmann.
Encore une matinée réussie où la promesse d'une expérience musicale passionnante et bénéfique a été tenue à cent pour cent. Chacun est rentré chez lui avec une dose d'ocytocine et de dopamine.
- PRODUCTION : Bellissama
- CHANT : sopranes Lissa Meyvis et Lisa Willems
- PIANO : Lester Van Loock
- OÙ & QUAND : Fakkeltheater Antwerpen, 12.11.2023