Le printemps, la nature explose dans des nuances de couleurs vertes, jaunes et blanches. Cette édition de 'belcanto en bella musica' est également riche en élan et en couleur. Pour les nombreux abonnés fidèles, c'est devenu un rituel presque mensuel le deuxième dimanche du mois. Un moment de repos et de respiration dans ce monde devenu fou.
Sous le mécénat de Herman Van Hove, toutes les forces sont mobilisées ici pour laisser briller la beauté du monde et offrir une plateforme au jeune talent. Richement rempli à partir de divers styles. L'hôtesse Lissa Meyvis a dû s'absenter cette fois-ci. Sa compagne, la soprano Lisa Willems, prend les rênes. Au piano, le claveciniste Lester Van Loock et une invitée spéciale est promise.
La première chanson, interprétée par la soprano Lisa Willems, 'Both Sides - Tears and fears', un classique de Joni Mitchell, ne sonne pas tout à fait convaincante. Peut-être que sa voix n'était pas encore complètement échauffée à cette heure matinale ou souffrait-elle d'un trac parce qu'elle devait également prendre en charge la présentation. En tout cas, le texte est magnifique et parle du cycle de l'amour : des premiers papillons dans le ventre aux premiers doutes.
Le deuxième numéro vient du compositeur américain expérimental George Crumb. On a choisi l'une des 'Three Early Songs' composée en 1947 sur des textes de Robert Southley et Sara Tessdale. Dans ce numéro, ce n'est pas l'expérimentation qui domine mais l'accompagnement au piano sonne encore assez ordinaire, léger comme une plume et scintillant, et le chant est parfait.
Le compositeur, pianiste et chef d'orchestre anglais Benjamin Britten a adapté beaucoup de chansons folkloriques irlandaises pour piano et voix. Lisa interprète la mélancolique 'The Last Rose of Summer' sur un poème du poète irlandais Thomas Moore. Une combinaison du doux et de l'amer, dans la tonalité des caractéristiques classiques subtiles.
Ensuite, la grande surprise est présentée : le jeune violoncelliste João Pedro Gonçalves d'origine portugaise (né en 2000). Il a étudié notamment au conservatoire de Bruxelles. Actuellement en résidence à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth. Pas n'importe qui. Il a eu la chance de pouvoir travailler avec certains des plus grands chefs d'orchestre du monde tels que Lorenzo Viotti, Gustavo Dudamel et Giancarlo Guerrero. João a déjà pu ajouter une série de premiers prix à son palmarès. Il régale le public avec la 1ère Suite pour Violoncelle de Bach. Une œuvre exigeante. Elle demande aux interprètes une virtuosité exceptionnelle.
Bach a écrit ces Suites à la période où il a perdu sa première épouse. Des variations à différents tempi avec une atmosphère différente que chacun rencontre dans son parcours de vie. Une sorte de cycle. Musique d'une beauté écrasante, pure et brute. Une veine d'or. Le public a regardé et écouté, hypnotisé par sa prestation impressionnante. Les notes sont les mêmes à chaque interprétation, mais chaque performance sonne différente grâce à l'interaction avec le public.
Il y a des interprètes extravertis et introvertis. João Pedro Gonçalves sait saisir l'âme de la composition, maîtrise la partition et joue magistralement de son instrument, un violoncelle construit par Tanguy Fraval. Prêté par le Strings For Talent Fund de la Fondation Roi Baudouin. Dans son interprétation maîtrisée, il sait donner de la profondeur émotionnelle et malgré son jeune âge, une intensité mature. Il joue avec confiance. L'instrument se livre à son corps, à son toucher. Chaque variation, chacune des transformations thématiques de Bach provoque un mouvement différent. Des passages du mineur au majeur, de la joie à la tristesse. Les sons sonores libèrent immédiatement quelque chose. S'installent dans votre cœur.
Lisa Willems, accompagnée par Lester Van Loock, apporte encore la magnifique chanson de Henry Purcell 'When I am laid in the Earth' et parle de l'amour tragique de la reine Dido de Carthage pour le héros troyen Aeneas.
La deuxième partie du concert s'ouvre avec Lisa et Lester chantant 'Send in the Clowns', une chanson écrite par S. Sondheim pour la comédie musicale 'A Little Night Music' de 1973. C'est l'une de ses compositions les plus célèbres et elle a atteint les sommets des palmarès. La mélodie est et reste une ritournelle.
Avec une capacité associative, ces trois interprètes ont recherché des compositions pour que tout le monde participe autant que possible. C'est une immersion dans le répertoire du violoncelle. João et Lester sont admirables dans 'Silent Woods' de Dvorak pour piano et violoncelle. Cette œuvre de 1875 a connu de nombreuses adaptations. Elle avait été composée à l'origine pour violoncelle et orchestre. C'est un travail lyrique et évocateur. La tranquillité de la forêt en contraste avec la tempête qui la traverse. Deux interprètes sensibles explorent le plus profond. Les deux instruments suivent leur propre chemin mais conversent aussi et donnent ainsi à la musique une épopée rafraîchissante.
Le chemin de Liza Willems a croisé pour la première fois celui du violoncelliste João Pedro Gonçalves lors d'un récital de mélodies russes. Elle présente un numéro de Tchaikovsky 'None but the lonely heart'. Thème : un désir impossible à satisfaire et donc parfois douloureux d'un idéal.
Lester et João se font face dans deux numéros liés à la nature de Grieg 'Zur Rosenzeit' et 'Ein Traum'.
Suit alors une adaptation classique de 'Somewhere over the rainbow'. Piano, violoncelle et la voix veloutée de Liza Willems aboutissent à une version particulièrement belle.
Liza Willems démontre ensuite ce qu'elle a dans son répertoire avec une magnifique et difficile aria de 'La Traviata' de Verdi. L'opéra est basé sur le livre 'La dame aux camélias' d'Alexander Dumas. Il raconte l'amour impossible entre Alfredo, un jeune homme de noble lignée, et la légère Violette qui souffre de tuberculose. Autrefois un rôle prestigieux pour la diva d'opéra Maria Callas. Liza aurait en réalité besoin d'un ténor en tant que partenaire, mais ce rôle est confié au violoncelle. Elle ouvre stylistiquement plusieurs tiroirs. Avec une virtuosité vocale et une transition sans effort du grave à l'aigu, elle captive le public. Sa voix touche, libère quelque chose. Les notes hautes et fragiles font même couler les larmes.
Une séance captivante. Les interprètes partagent l'amour de la musique. Simple à lire ou au contraire très compliqué. En résumé : compétent, raffiné, convaincant. Le public ne rentre jamais déçu à la maison, mais rempli non pas d'une, mais de toutes les hormones du bonheur. En guise d'apothéose, le public enthousiaste a encore reçu un supplément : 'Élégie' de Jules Massenet.