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Entretiens

« Je ne veux pas un label, mais un souvenir sonore »

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· 8 min de lecture
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« Je ne veux pas un label, mais un souvenir sonore »
© privé

Qu'est-ce que la compositrice Zhang Ying veut que le public retienne après un concert ? Pas un label, mais un timbre qui continue à résonner. À l'occasion de la première allemande de son Akademische Festouvertüre lors du festival Young Euro Classic mercredi 5 août, Werner De Smet s'est entretenu avec elle pour Klassiek Centraal.

Pour Zhang Ying, cette première n'est pas une carte de visite culturelle, mais une rencontre entre différentes traditions musicales. Dans l'entretien, elle a parlé de son dialogue avec Brahms, du rôle de la tradition chinoise dans sa musique, et de sa conviction que le timbre est finalement plus important que l'origine.

La musique comme dialogue, pas comme spectacle

La musique de Zhang Ying est souvent décrite comme ancrée dans la tradition chinoise, mais elle résonne maintenant pour un public de festival européen. Pour elle, ce contexte international n'est nullement une forme d'exportation musicale. « Pour moi, il ne s'agit pas simplement d'« apporter » la musique dans le monde – c'est plutôt un processus naturel de « dialogue » », dit-elle. Selon elle, la culture chinoise traditionnelle forme certes « le sol et les racines » de son travail créatif, mais la musique elle-même est « une langue fluide qui transcende les frontières géographiques ». Lorsqu'elle se produit devant des auditeurs européens, elle ne veut pas étaler de l'« exotisme » : « Je partage plutôt une façon dont j'expérience le monde. » De plus, selon elle, les auditeurs européens possèdent une sensibilité particulière au timbre et au silence spatial, ce qui correspond à certains développements dans la musique occidentale contemporaine. Le résultat est, selon ses propres termes, non pas un sentiment de distance, mais « une profonde résonance ».

De Brahms à sa propre « fête académique »

L'œuvre qui résonne à Berlin, Akademische Festouvertüre, connaît là sa première allemande – pas sa première mondiale. Après des représentations d'essai antérieures en Chine, Zhang Ying considère la version qui sera entendue à Berlin comme la forme définitive et plus développée de l'œuvre. Le titre évoque inévitablement le souvenir de la fameuse homonyme de Brahms. Zhang Ying elle-même ne décrit pas sa composition comme une réponse à ou un défi lancé à cette œuvre. « L'œuvre de Brahms du même titre est sans doute un pic majestueux. Mon intention n'était pas de le « défier », mais de redéfinir par ma propre perspective le timbre d'une « fête académique ».

Alors que Brahms, selon elle, incarne la dignité et la tradition académique du monde universitaire allemand du dix-neuvième siècle, elle veut montrer l'énergie vibrante d'un conservatoire chinois contemporain, où les traditions musicales séculaires et la vitalité moderne coexistent. La structure de l'œuvre reflète également cette vision personnelle : selon Zhang Ying, la composition se déploie non pas comme une histoire linéaire, mais comme cinq espaces sonores se fondant les uns dans les autres. Des timbres évoquant le métal et la pierre font progressivement place à des cordes en quête, puis des éléments de la musique folklorique du Zhejiang et du style de chant de l'opéra de Yue sont déconstruits en un nouveau tissu sonore. Finalement, tout débouche sur ce qu'elle décrit elle-même comme des « piliers de lumière ascendants », qui se dissolvent dans un écho ouvert.

Son œuvre figure au programme aux côtés de Er Huang de Chen Qigang et de la Deuxième Symphonie de Bruckner. Zhang Ying appelle cette programmation « un choix extrêmement brillant ». Selon elle, Chen Qigang distille « les éléments de l'opéra de Pékin en une pure philosophie sonore introspective », tandis qu'elle voit sa propre œuvre plutôt comme « extravertie » et « festive ». Ainsi, selon elle, son ouverture forme le début idéal d'un programme qui se développe de l'énergie festive via l'introspection apaisée à l'architecture monumentale de Bruckner.

Un conservatoire comme foyer musical

La collaboration avec l'orchestre du Zhejiang Conservatory of Music découle selon Zhang Ying du soutien de longue date que le conservatoire accorde aux nouvelles compositions de ses propres professeurs et anciens élèves. En tant que l'une des premières professeurs nommées après la fondation du conservatoire, elle se sent honorée de pouvoir composer une nouvelle œuvre précisément l'année du dixième anniversaire. « Ma carrière professionnelle a commencé ici, et j'ai suivi le développement du Zhejiang Conservatory ces dix dernières années. Dans cette pièce, j'ai exprimé tous mes sentiments et mes meilleurs vœux pour l'établissement. » Cet attachement explique pourquoi la représentation à Berlin est pour elle bien plus qu'une première à l'étranger.

Concernant l'orchestre lui-même, qui est né de la vision du recteur Wang Rui de rapprocher l'enseignement et la pratique de concert, elle dit : « Notre orchestre symphonique est un très jeune ensemble, mais il joue à un niveau remarquablement professionnel et avec un immense enthousiasme pour la nouvelle musique. » Que ce soit précisément cet orchestre qui apporte sa composition à Berlin, elle le considère comme particulièrement significatif personnellement. « Ce n'est pas seulement la première de ma propre composition, mais aussi une carte de visite du niveau artistique et pédagogique du conservatoire. » Pour elle, l'ensemble représente également une nouvelle génération de musiciens chinois qui se font entendre avec une voix musicale propre marquée. « Par leur vitalité, cet orchestre m'a rappelé que la jeunesse elle-même est une voix qui mérite d'être entendue par le monde. »

Le timbre avant la structure

Pour Zhang Ying, la composition ne commence pas par la forme, mais par le timbre. Elle décrit son langage musical actuel comme une « tonalité chromatique perceptible », un concept par lequel elle veut clairement affirmer que ce n'est pas la structure, mais la couleur du timbre qui forme le point de départ de chaque composition. « Le timbre vient toujours en premier », dit-elle. « Je commence par imaginer un espace. » Pour la troisième partie de l'ouverture berlinoise, Lakes and Hills Nourish the Soul, elle s'est imaginée par exemple un sentier brumeux du matin le long du conservatoire, caché contre les collines, où deux gracieux cygnes glissent silencieusement. « Ce n'est que quand cette image sonore intérieure est suffisamment vivante que je cherche la structure qui peut la supporter. La structure sert la couleur, pas l'inverse. »

Cette approche explique également pourquoi Zhang Ying attache peu d'importance à la question de savoir si un public international comprend toutes les références culturelles dans sa musique. Selon elle, la musique est avant tout une expérience physique et émotionnelle directe. « L'essence de la musique est un transfert immédiat de vibration physique et de résonance émotionnelle. » Celui qui est touché par un passage des cordes ou qui expérimente le repos dans une note longue tenue n'a pas nécessairement besoin de connaître le contexte culturel de l'œuvre. « Bien sûr, j'espère que les auditeurs découvriront également les histoires derrière la musique, mais s'ils sont simplement touchés par le timbre seul, c'est déjà un grand succès pour moi. »

Du qin à Lachenmann

Que Zhang Ying devienne compositrice n'était pas une vocation soudaine, mais le résultat d'un processus de croissance graduel. Elle a commencé à jouer du piano enfant et a été admise à douze ans dans un conservatoire professionnel pour étudier la composition. Pourtant, elle souligne un moment comme décisif. À la bibliothèque, elle a entendu par hasard un enregistrement de la qin, l'ancienne cithare chinoise. Cette rencontre s'est avérée être un tournant décisif pour elle. La liberté et la puissance brute des passages sanban au rythme libre lui ont montré « que la musique n'est pas seulement une question de rythme et de mélodie, mais possède aussi un unique « charme de résonance » (yun). » À partir de ce moment, raconte-t-elle, ce n'était plus suffisant de simplement jouer la musique des autres ; elle voulait créer elle-même du timbre. Cette quête du sens du timbre traverse comme un fil rouge son développement artistique.

Lorsqu'elle revient sur ses années de formation, Zhang Ying mentionne deux compositeurs qui ont eu la plus grande influence sur elle. Ravel lui a appris « comment la couleur orchestrale peut être fascinante dans un contexte orchestral », tandis que Helmut Lachenmann lui a fait découvrir « une autre logique du son ». Au-delà de ces influences occidentales, elle souligne avec autant d'insistance l'importance durable des traditions musicales chinoises, notamment la musique qin, la Jiangnan sizhu, le Nanyin, l'opéra chinois et les grands chants du peuple Dong.

Sa pratique quotidienne de la composition se déroule également sans hâte selon elle. « Ma vie de compositrice est plutôt lente. » Elle préfère travailler tôt le matin, le moment où sa concentration est la plus grande. En dehors de la musique, elle cherche l'inspiration surtout dans le monde qui l'entoure. Marcher, observer, visiter des musées et voyager nourrissent son imagination tout autant que les partitions. Elle mentionne à cet égard aussi bien les arts plastiques et la sculpture que les expériences lors de plongées et de randonnées. Pour Zhang Ying, la musique ne naît pas uniquement à la table d'écriture, mais aussi d'une observation attentive, de l'écoute et de la vie.

Perspectives

Pour beaucoup de visiteurs de Young Euro Classic, ce sera peut-être la première rencontre avec la musique de Zhang Ying. Qu'espère-t-elle que les spectateurs emportent lorsque la dernière note se sera évanouie ? Sa réponse s'inscrit parfaitement dans tout ce qu'elle a relaté plus tôt dans cette conversation. Ce n'est pas son origine, mais le son lui-même qui doit rester gravé. « J'espère que lorsqu'ils quitteront la salle de concert, ce qui restera n'est pas l'étiquette d'une « compositrice chinoise », mais un souvenir sonore concret et vivant – peut-être une belle mélodie, ou un fort tutti orchestral plein de vitalité. » Elle espère que ses compositions pourront briser les stéréotypes sur la musique chinoise contemporaine « et montrer qu'en Chine, au-delà des grands récits, il existe aussi des expressions individuelles subtiles et singulières. »

Ses projets futurs s'inscrivent également parfaitement dans cette quête continue de nouveaux mondes sonores. Elle aimerait écrire un opéra, « un qui utilise un langage sonore profondément contemporain, mais qui soit néanmoins profondément émouvant. » De plus, la rencontre entre la musique électronique et les instruments traditionnels chinois la fascine de plus en plus. Elle veut explorer comment la texture subtile et glissante des soi-disant « notes de marche » (zou shou yin) du qin peut trouver sa place dans un monde sonore numérique. « Le chemin qui s'étend devant nous est long, » conclut-elle, « mais j'y regarde avec beaucoup d'attente. »

Celui qui entend Zhang Ying prendre la parole remarque comment une pensée se répète de manière constante tout au long de la conversation : ce n'est pas l'identité, la nationalité ou la représentation culturelle qui sont centrales, mais la force du son lui-même. Sa première berlinoise est dès lors avant tout une invitation à écouter au-delà des étiquettes et des attentes culturelles.

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