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Lets Radiokoor laisse tonner les nuages sonores et murmurer les silences

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· 4 min de lecture
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Lets Radiokoor laisse tonner les nuages sonores et murmurer les silences

La musique chorale d'Europe de l'Est captive l'imagination grâce à un mélange savant de religiosité, de langues slaves, d'une polyphonie généreuse, de voix graves profondes, d'une touche de grégorien et d'une pointe d'avant-gardisme. Festival 20.21 a présenté lundi soir le programme Eeuwig Licht du collectif vocal Lets Radiokoor dans lequel des compositeurs baltes, russes et hongrois étaient à l'honneur.

De la Grandes Vigiles nocturnes de Sergej Rachmaninov, neuf des quinze parties ont été chantées, toutes extraites des vêpres et matines de l'office divin. L'œuvre est construite sur une variation dynamique entre des parties à quatre et onze voix (dans Gloire à Dieu au plus haut des cieux) et des basses qui descendent jusqu'aux profondeurs de leur registre. La dévotion et le nationalisme russe se renforcent mutuellement par l'utilisation du slavon d'église. La composition est un exemple d'écriture symphonique, où les voix et les groupes de voix sont considérés comme des instruments dans un orchestre symphonique. Cela s'est exprimé de manière convaincante dans la septième partie, où onze groupes de voix ont émis des fortissimo comme un dernier jugement violent, sans perdre de vue la nuance et l'équilibre.

Tandis que Rachmaninov s'efforce de limiter le nombre de notes, Eriks Esenvalds (°1977) n'en a jamais assez de notes. Son Drop in the Ocean (2006) est une combinaison de quatre textes de prière dédiés à Mère Thérèse. Elle considérait son œuvre comme « une goutte dans l'océan ». Esenvalds fait chuchoter le chœur, souffler, réciter de manière monotone et siffler. Parfois, des fragments résonnent qui font penser à des chants de gueux, mais alors le chœur se replie en contemplation avec un solo rafinement pour soprano. La musique, la foi et l'identité sont les caractéristiques essentielles d'Esenvalds. Finalement, le chœur s'éloigne en chuchotant et en sifflant doucement dans le mystère de l'indéfini.

Le compositeur écossais James MacMillan (°1959), un catholique pieux, s'est clairement immergé lors de la composition de son Miserere dans le classique du même nom qu'a écrit Gregorio Allegri en 1638. Mais la version de l'Écossais est d'un tout autre ordre. MacMillan opte pour de grands éclats d'expression, qui contrastent avec des moments de silence profond. Le Miserere de MacMillan est une version bétonnée de la fidélité biblique, il habite les textes, ce qui conduit à une interprétation personnelle. Le résultat est une œuvre fluide et accessible, enrichie de citations d'Allegri, qui sont très reconnaissables, modulées ou non, et qui donnent de la structure.

Pas moins de seize parties de chœur sont au programme dans le célèbre Lux Aeterna du compositeur hongrois György Ligeti (1923 – 2006), champion du monde non couronné des nuages sonores. Lux Aeterna (1966) est un exemple de ce qu'on appelle la micropolyphonie, dans laquelle les décalages entre les différentes voix ne peuvent plus être entendus car il y a trop de voix. Les couches se mélangent en une partie nuageuse. La partition fait presque un mètre de haut pour accueillir tous les groupes de voix, afin que la coordination verticale puisse être mise en place correctement. Le Lets Radiokoor, sous la direction du chef d'orchestre Sigvards Kļava aux gestes bienveillants, s'est notamment distingué dans la construction des couches de voix à l'ouverture. C'était un lever de soleil languide, se développant d'une exploration fragile à un début prometteur d'une chaude journée d'été, étirée couche après couche.

Nunc Dimittis (2001) du compositeur estonien Arvo Pärt (°1935) sont les paroles des bénédictions du vieux Siméon avant sa mort, qui voit le petit Jésus comme le Messie, comme l'Esprit Saint le lui avait dit. Le Nunc Dimittis de Pärt est, comme beaucoup de ses autres compositions de la fin des années quatre-vingt-dix et du début des années 2000, composé dans une technique tintinnabuli libre. C'est une technique compositionnelle caractéristique d'Arvo Pärt, dans laquelle une ligne mélodique est accompagnée note après note par des notes de l'accord fondamental de la tonalité dans laquelle la mélodie sonne. Différentes textures musicales s'alternent selon les paragraphes du texte. Ce texte n'est certainement pas dramatique, et la technique compositionnelle de Pärt montre peu de couleur et de panache à première vue. Mais dans l'interprétation du Lets Radiokoor, Pärt continue de fasciner parce que les chanteurs donnent l'occasion de voir ce qui se cache derrière les notes. Par un placement précis des notes, où l'attention à l'espace entre les sons prend de l'importance, le chœur a su donner de la force à la simplicité.

Un contemporain de Pärt, le compositeur letton Pëteris Vasks (°1946) a fermé le concert avec Le Message de la Mésange bleue (2004) pour chœur à huit voix. Vasks a apposé sa marque sur les textures homophoniques mais y ajoute de la joie de vivre par le biais de glissandi vocaux (parfois vibrants), de gémissements des basses et de clusters sonores étranges. Avec des rythmes de la tradition flamenco et un éclat de rire çà et là, ce fut une conclusion appropriée et expressive.


QUI : Lets Radiokoor

QUOI : Eeuwig Licht

OÙ : Kerk Abdij Keizersberg, Leuven

VU : 16 octobre 2023

ORGANISATION : Festival 20.21

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