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Critiques

Deux violonistes de haut niveau et la Deuxième de Sibelius

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· 6 min de lecture
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Deux violonistes de haut niveau et la Deuxième de Sibelius
© Christ Coquyt, Marco Borggreve

Marc Bouchkov à la Bijloke le 12 octobre et Vilde Frang au Concertgebouw Brugge le 19 octobre.

Concours Elisabeth

Depuis sa participation au Concours Elisabeth en 2012, le violoniste Marc Bouchkov mène une grande carrière internationale. Le 12 octobre, il a joué le concerto pour violon de Brahms à la Bijloke gantoise avec l'Orchestre Symphonique de Flandre. Quel violoniste, quel élan et quelle dynamique ! Un son de violon doré, un vibrato raffiné qui pénètre jusqu'au fond de la salle de concert de la Bijloke. Même quand il ne joue pas, il rayonne l'enthousiasme et hoche la tête en se balançant avec l'orchestre.

Le violoniste Bouchkov entretient une relation particulière avec le Concours Elisabeth. Non seulement Marc en 2012, mais aussi son père Evgueni a remporté le troisième prix en cette grande année 1989, quand nous avons découvert le phénomène Vadim Repin. Père Evgueni et fils Marc, mais ce n'est pas tout. En 1963, sa grand-mère Zarious Schihkmoursaieva était aussi lauréate du concours. Trois générations ! Marc Bouchkov est né dans le français Montpellier de père russe et de mère ukrainienne, conciliant ainsi les deux pays en lui.

Accablant

Si je suis venu au concert comme beaucoup en premier lieu pour écouter le violoniste de premier plan Marc Bouchkov, après l'entracte, quelque chose d'autre attend : la cheffe d'orchestre Kristiina Poska adresse quelques paroles au public sur la deuxième symphonie de Sibelius. Dans cette symphonie, non seulement les sons sombres du Nord mystérieux, il y a aussi des sons clairs et chauds, car il l'a composée en Italie. « Do not understand but feel this music », nous conseille Poska.

Une fois la dernière note jouée, je ne sais pas bien ce qui m'est arrivé. Je n'ai jamais entendu Sibelius de manière aussi accablante. Un appel du Nord sombre, où la mélancolie de ceux qui ont trop peu de lumière du soleil perce de temps en temps les aurores boréales.

Mammouth

Le son chaud des cordes, alternant avec le hennissement des cuivres, le fouettement des cors, quel orchestre de premier plan est devenu cet Orchestre Symphonique de Flandre sous la direction de Poska. Quand je ferme les yeux, je vois un mammouth qui se lève du permafrost fondu par le changement climatique. L'orchestre joue comme un animal accablant qui tient le public sous son emprise jusqu'à la dernière note. « This is our music », m'insiste Poska quand je parle un peu avec elle après le concert. Poska vient d'Estonie, qui est culturellement et linguistiquement très étroitement liée à la Finlande.

Kristiina Poska a aussi signé le dernier CD de l'Orchestre Symphonique de Flandre, avec les deuxième et troisième symphonies de Beethoven. J'y entends une fois de plus le niveau auquel cet orchestre est monté ces dernières années. Un don divin pour le Flamand que je suis, avec l'Orchestre Symphonique de Flandre comme orchestre maison à la salle de concert de la Bijloke. Un violoniste qui réconcilie la Russie et l'Ukraine en lui, un orchestre qui joue divinement… Ce n'est pas mal pour conclure cette Grande Journée de la Réconciliation samedi 12 octobre.

Touché

Une semaine plus tard, un géant du violon se tient à nouveau sur scène, cette fois à la salle de concert de Bruges. La Norvégienne Vilde Frang est depuis plus de dix ans au sommet absolu du firmament du violon. Elle a été prise en charge à un jeune âge par Anne-Sophie Mutter et a joué avec les plus grands orchestres et chefs d'orchestre. Le concerto pour violon d'Elgar est soigneusement introduit au préalable par le musicologue Francis Maes. Il nous insiste pour écouter le son de violon intime et fragile de Frang à travers la puissance orchestrale.

[caption id="attachment_38166" align="alignleft" width="200"] Marco Borggreve[/caption]

Pendant l'introduction de l'orchestre, Vilde Frang se tient effectivement sur scène avec un regard un peu perdu, son violon et archet à la main droite. Mais une fois qu'elle commence à jouer, Vilde Frang joue le long et complexe concerto ici et là de manière réservée, dans d'autres passages sauvage et franc. Un faible jeu de mots, mais aussi ici j'ai été étourdi et surtout touché dans les passages lyriques et réservés.

À 38 ans, elle est une contemporaine du légèrement plus jeune Marc Bouchkov.

Sans remporter de grands concours, elle est un produit du soi-disant système des stars. Dans la musique classique, il n'y a pas de place pour cent super-talents au violon, bien qu'il y en ait bien sûr des centaines dans le monde entier.

Je n'étais pas une fan d'elle, je trouvais qu'elle était parfois un peu éthérée ou même maniériste dans le répertoire baroque et classique de Bach à Beethoven. Mais ce soir, elle m'a conquis. Ces œuvres de la fin du Romantisme sont son habitat, tout comme elle brille aussi dans les concertos de Korngold ou Benjamin Britten.

Deuxième fois deuxième de Sibelius

Après l'entracte, la deuxième de Sibelius est à nouveau au menu, je peux ainsi comparer le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin sous la direction du chef d'orchestre britannique Robin Ticciati avec l'Orchestre Symphonique de Flandre de samedi dernier. La première chose qui frappe, c'est que c'est ici à Bruges une vraie salle de concert, contrairement à l'ancienne salle d'hôpital transformée de la Bijloke.

Pendant la deuxième symphonie de Sibelius, je comprends ce que Poska voulait dire quand elle a dit que c'était sa musique. Peut-être jouent-ils trop positivement ou trop idéalistement, quelque chose manque. On l'entend par exemple au début de la deuxième partie, au pizzicato des contrebasses et des violoncelles. Avec cet orchestre à Bruges, il y avait dans ces passages et d'autres une dynamique différente, avec laquelle on peut bien interpréter Beethoven ou Brahms, mais à laquelle manquent la retenue et l'obscurité.

Ailes et becs

Cette grande salle du Concertgebouw Brugge, qui accueille depuis plus de vingt ans les plus grands orchestres, ensembles et solistes, n'est pas seulement un plaisir pour les oreilles. Les éléments verticaux derrière la scène offrent une vue colorée. Sur le dos des chaises sont inscrits des vers de poèmes. Sur les deux chaises devant moi figure « Certaines personnes regardent le ciel et voient des femmes avec des ailes et des hommes avec des becs ». Exactement ce que j'ai vécu lors de ces deux soirées de concert. Les nuits à venir, je rêverai des ailes de Vilde Frang et du bec de Marc Bouchkov.

Après la deuxième symphonie de Sibelius, le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin joue en bis la célèbre variation Nimrod d'Elgar. Après les applaudissements et l'ovation debout, les musiciens de l'orchestre font quelque chose que seuls les musiciens allemands font, me semble-t-il. Ils s'embrassent comme si la paix mondiale était arrivée. Alle Menschen werden Brüder…

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