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Du souffle à la pleine sonorité – Brussels Philharmonic explore les extrêmes à Flagey

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· 5 min de lecture
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Du souffle à la pleine sonorité – Brussels Philharmonic explore les extrêmes à Flagey
© Felix Broede, Wouter Van Vaerenbergh

Parfois, un concert déploie sa propre dramaturgie avant que la première note ne retentisse. Ainsi le samedi 21 mars à Flagey : un parcours allant de l'apaisement à l'expression exubérante, de la pensée sonore japonaise de Toru Takemitsu (1930-1996) et Toshio Hosokawa (°1955) au monde romantique de Sergei Rachmaninov (1873-1943). Brussels Philharmonic a présenté un programme qui était clairement cher au cœur du chef de chœur Kazushi Ono. Sous sa direction, l'orchestre a montré sa polyvalence : avec la même évidence, il a donné vie au raffinement contemporain et à l'expansion romantique. Ce qui s'est déployé ici n'était pas simplement une opposition programmatique, mais une courbe de tension soigneusement construite allant de l'intérieur vers l'extérieur.

Le silence comme origine

Avec A Flock Descends into the Pentagonal Garden, la soirée s'est ouverte comme un paysage sonore se déployant lentement, dans lequel le temps semble circulaire plutôt que linéaire. Toru Takemitsu part du principe du « ma » : le vide chargé entre les sons. La partition se compose de champs sonores qui apparaissent et disparaissent comme des phénomènes naturels. Les fragments dans les bois, les cordes et la percussion ne forment pas un développement thématique classique, mais un jeu de couleur et de résonance. Takemitsu invite à une écoute quasi méditative.

Ono a donné à ce matériel apparemment libre une structure claire. En reliant les phrases et en guidant soigneusement les transitions, une courbe de tension nette a émergé. La transparence est restée intacte : sous l'apaisement, le mouvement restait perceptible. Les cordes ont laissé leur son se dissoudre dans l'espace, les registres graves ont ajouté une résonance douce. Ce qui a frappé, c'est la manière dont les gestes sonores individuels – souvent brefs et fragiles – ont néanmoins suggéré une continuité souterraine. Pas un brouillard, mais un espace sonore concentré où chaque son a trouvé sa place.

Un son qui grandit et disparaît

Dans Genesis de Toshio Hosokawa, ce principe a reçu une dimension dramatique prononcée. L'œuvre se déploie comme un processus de création et de transformation : le violon ne s'oppose pas à l'orchestre, mais en émerge et y retourne finalement.

Au centre se trouvait la violoniste Veronika Eberle, soliste très demandée internationalement. Cette œuvre a été écrite pour elle il y a quelques années, ce qui a donné à l'interprétation une charge personnelle. Son jeu partait d'une production sonore presque sans poids, où le son ne s'imposait pas mais se déployait graduellement. Elle a maintenu cette ligne avec constance, avec une phrasé retenue et respirante et des lignes longues qui croissaient organiquement.

Hosokawa construit des courbes de tension qui sont plutôt énergétiques que thématiques : la construction s'effectue via la densité, le registre et la couleur. Dans les passages concentrés, Eberle a laissé son son se réduire à un fil fragile, tandis que dans les moments plus intenses, elle a laissé le son se densifier sans durcir. L'orchestre a suivi ce mouvement avec précision. Sous la direction d'Ono, des couches sonores ont émergé qui se chevauchent et se dissolvent à nouveau, créant un champ sonore continuellement transformateur. Les bois ont fonctionné comme des points de lumière, les cordes comme une masse respirante, la percussion comme une articulation subtile du temps. Par moments, le violon solo semblait littéralement s'illuminer du tissu orchestral et y disparaître à nouveau.

Ainsi, l'œuvre a reçu toute sa signification : non pas une histoire, mais un processus – une musique qui continue à se réinventer dans le moment. Après la représentation, le public a réagi avec des applaudissements chaleureux et exubérants, signe de l'impact fort que la composition contemporaine a eu sur le public.

En bis, Eberle a joué de manière profondément belle la deuxième partie de la sonate pour solo de Sergei Prokofiev.

L'art du dosage

Après l'entracte a retenti la Deuxième Symphonie de Sergei Rachmaninov – un univers différent, où la mélodie et l'harmonie constituent le matériau. Tandis que Takemitsu et Hosokawa partent du silence, chez Rachmaninov cet espace grandit pour devenir un monde de lyrisme et de mouvement. Le contraste ne pouvait guère être plus grand : l'esthétique japonaise face à une romantique luxuriante. Pourtant, l'ensemble s'est senti comme une seule courbe de tension – une illustration frappante de « les extrêmes se touchent ».

La symphonie est construite cycliquement : les motifs reviennent, se transforment et unissent les quatre mouvements en un tout organique. Ono a mis l'accent sur les longues courbes de tension, ce qui a rendu l'architecture clairement évidente sans se perdre dans les détails. Ce qui a frappé, c'est la manière dont le public s'est laissé emporter : après le premier et le troisième mouvement, des applaudissements spontanés ont retenti – une réaction directe à la construction de tension convaincante.

L'introduction lente du premier mouvement a tout de suite donné le ton : de couleur sombre, avec une construction progressive où le matériel thématique se développait sous la surface. Dans l'Allegro, un large mouvement symphonique s'est déployé dans lequel le lyrisme et l'impulsion étaient en équilibre. Ono a maintenu la ligne ferme, avec des tempi relativement fluides et un rubato contrôlé, ce qui a fait croître la tension organiquement. Le scherzo a apporté du contraste, mais est resté solidement ancré dans le même univers thématique. La netteté rythmique et le dynamisme ont eu leur place sans que la transparence ne soit perdue. Même dans les passages plus poussés, l'orchestre a conservé sa beauté sonore.

Dans l'Adagio, le lyrisme de Rachmaninov a pleinement fleuri. La mélodie de clarinette a fonctionné comme un moment d'apaisement et comme un point d'ancrage structurel. Les cordes ont tissé autour un champ harmonique chaud et continuellement en mouvement, ce qui a laissé la mélodie respirer. Le sens de l'équilibre d'Ono s'est clairement manifesté ici : chaque phrase a été soutenue sans être filée.

La finale apporta la libération, mais resta fermement ancrée dans la logique thématique et rythmique de l'œuvre. Ono maintint la texture claire, de sorte que la richesse des voix ne s'estompa jamais dans la massivité. La dynamique se développa en larges vagues, avec une construction allant de soi vers le climax final. Son interprétation privilégiait la beauté sonore et la tension intérieure : intense sans exagération, pénétrante sans recherche d'effet. L'orchestre suivit cette approche avec un évident plaisir de jouer.

De l'intérieur vers l'extérieur

Ce qui rendait cette soirée particulière, c'était le mouvement sous-jacent qui reliait les trois œuvres ensemble. Takemitsu partait du silence, Hosokawa en laissait émerger le son, et Rachmaninov remplissait cet espace de richesse mélodique et harmonique.

Le résultat était un trajet de la suggestion vers l'expression. Brussels Philharmonic suivit Kazushi Ono, qui prenait visiblement du plaisir, dans cette évolution avec une grande cohérence, où tant le détail que la forme trouvaient pleinement leur place. Ce qui avait commencé comme une exploration du silence se termina dans un monde sonore plein et soutenu. Ainsi le concert se transforma-t-il en bien plus qu'une exécution : une ligne qui respire et se déploie comme une expérience dans le temps – la musique comme processus, mouvement et forme.

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