Certains concerts commencent avant même que la première note ne retentisse — ils respirent l'attente et la concentration. Ce fut le cas vendredi 24 octobre à Flagey, où le Brussels Philharmonic s'est rassemblé sous la direction du jeune Felix Mildenberger. L'air vibrait de promesses : Sibelius et Elgar, deux compositeurs qui ne fuient pas le dialogue avec eux-mêmes et le monde, chacun en quête d'une forme où l'émotion et le son se rencontrent.
Deux mondes, une tonalité humaine
Au programme figuraient deux jalons du répertoire romantique tardif, chacun profondément enraciné dans le paysage et la personnalité de son créateur. Jean Sibelius (1865-1957) a écrit son Concerto pour violon en ré mineur, Op. 47 en 1904, au moment où il devait abandonner son rêve de devenir violoniste. L'œuvre respire le désir et l'auto-examen : la virtuosité comme autoportrait, la musique comme miroir d'une âme finlandaise. Edward Elgar (1857-1934) a composé ses Enigma Variations, Op. 36, quelques années plus tôt, en 1899 : quatorze portraits caractéristiques d'amis et de connaissances, mais aussi un thème mystérieux jamais révélé. Là où Sibelius restait introspectif, Elgar ouvrait la porte à l'autre, l'amitié comme forme musicale.
L'aurore boréale de Sibelius
Le concerto de Sibelius est une musique qui brûle de l'intérieur. Elle demande de la tension, de la direction et du souffle — et c'est justement là que cette exécution est restée quelque peu prudente. Liza Ferschtman a opté pour une lecture maîtrisée, soigneusement construite. Son ton était bien focalisé, parfois touchant dans sa douceur, mais l'histoire ne se déployait pas toujours naturellement. Le premier mouvement manquait de direction et de dynamique dramatique. L'agitation souterraine de Sibelius n'a émergé que par fragments. Dans l'Adagio di molto, la musique a trouvé un meilleur ancrage : ici, Ferschtman a eu plus d'espace pour résonner, et le ton a pris de la chaleur. La finale était vivante et techniquement soignée, mais manquait du feu démoniaque qui rend ce concerto inévitable.
Mildenberger a accompagné d'une main légère, laissant l'orchestre sonner de façon transparente, avec de belles couleurs équilibrées dans les bois et les cordes. Le son orchestral était raffiné, clair, jamais lourd — mais de temps à autre, une trace d'incertitude s'est glissée, comme si la soliste et l'orchestre ne suivaient pas toujours le même souffle. Ce fut donc une exécution qui commanda le respect, mais ne captiva pas complètement l'auditeur. Le public a réagi avec des applaudissements sincères reconnaissant la qualité de la prestation, bien que la libération émotionnelle soit restée réservée pour ce qui devait suivre.
Elgar et l'énigme de l'amitié
Après l'intermède, le tableau s'est complètement renversé. Les Enigma Variations d'Elgar se sont déployées comme une tapisserie de richesse, de couleur et d'humanité. Ici, l'orchestre sonnait libéré. Mildenberger dirigeait ses musiciens avec un sourire et sculptait avec ses mains le son qu'il voulait entendre. Son enthousiasme était contagieux : il ne dirigeait pas comme une autorité, mais comme un co-joueur. Cela a produit un son orchestral riche et stratifié, sans jamais devenir lourd. La dynamique restait exemplaire sur les quatorze variations : chaque fois, la musique trouvait son équilibre entre lyrisme et énergie. Le chef dosait soigneusement l'élément émotionnel — pas d'assaut, mais une émotion croissante. En particulier, « Nimrod » s'est développé organiquement, avec une dignité qui touchait le cœur sans sentimentalité et suscitait un frisson émotionnel.
Le Brussels Philharmonic a montré ici sa force : un son de cordes chaud et homogène, des bois caractéristiques, des cuivres brillants. Les couches musicales restaient audibles dans leur individualité et leur unité. Mildenberger, visiblement ravi, montrait du potentiel : un jeune chef avec l'oreille du détail et du souffle. Pas chaque geste n'était infaillible, mais son intention était claire et son implication sincère. C'est bien que l'orchestre offre à de jeunes chefs cette opportunité — une école pour tous deux, clairement une expérience fructueuse audible.
Le public a réagi avec enthousiasme, avec des applaudissements prolongés et plusieurs rappels du chef. Ici, la reconnaissance chaleureuse qui ne naît que lorsque les musiciens et les auditeurs se rencontrent vraiment.
L'esprit dans la musique
Ce qui a marqué cette soirée, c'était le contraste entre le contrôle et l'abandon. Sibelius a reçu une lecture soignée, quelque peu distante ; Elgar, en revanche, s'est épanoui en une symphonie humaine. Le son orchestral est resté fin et léger toute la soirée, mais c'est seulement chez Elgar qu'il a trouvé son éclat naturel. C'était comme si la musique ne pouvait véritablement respirer que là.
Le Brussels Philharmonic a encore une fois prouvé sa maturité : raffiné, équilibré, professionnel — mais avec un cœur audible. Et Mildenberger a montré que diriger ne se résume pas à battre la mesure, mais à écouter avec tout le corps.
Qui a quitté Flagey n'a pas emporté l'exécution parfaite, mais quelque chose de plus précieux : la conscience que la musique vit dans la recherche et la croissance. Parfois, elle ne convainc pas complètement, mais elle continue de se mouvoir — et c'est là que réside sa vraie beauté.